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Rénovation urbaine : des quartiers Hlm remis en mouvement ?
15 septembre 2009

Salle Ader


Intervenants
La rencontre était présidée par Stéphane Dambrine, président de l'instance de la rénovation urbaine de l'Union sociale pour l'habitat, directeur général de Valophis Habitat
Béatrix Mora, Pierre Peillon, Pierre Frick de l'Union sociale pour l'habitat
Dominique Estrosi Sassone, adjointe au maire de Nice, vice-présidente de la Communauté urbaine de Nice
Guy Malandain, maire de Trappes
Gérard Hamel, président de l’ANRU, maire de Dreux
Jean Moulin, président de l’Office du Havre
Patrick Bridey, directeur du renouvellement urbain du Groupe Immobilière 3F
Pierre Sallenave, directeur général de l’ANRU

Introduction
Stéphane Dambrine indique en introduction que l’année 2008 2009 a très riche et a permis de travailler sur trois thèmes. Ces trois thèmes sont respectivement la mise en œuvre du « plan de relance », qui a permis à la rénovation urbaine de bénéficier de 350 millions d'euros de crédit, la résolution du problème des « dégagements d’office » ainsi que la déconcentration d’un certain nombre de procédures en vigueur au sein de l’Agence nationale. En guise d’introduction, il rappelle que les projets mise en œuvre dans le cadre du programme national de rénovation urbaine sont extrêmement divers les uns des autres. Il est donc difficile d’en tirer des lignes de force. C’est cependant l’objectif de cet atelier. Même si aucune décision n’est prise, il y a tout lieu de penser que le programme national de rénovation urbaine va se prolonger et va donner lieu à un « PNRU 2 ». Il convient donc de réfléchir aux modalités de sa mise en œuvre, au regard du bilan de celui qui va prochainement s’achever (« PNRU 1 »).

Bilan et pistes d’actions pour achever le PNRU et le proroger
Au titre de la diversification résidentielle et fonctionnelle, Pierre Peillon note un souci de déconcentration du parc de LLS. En revanche, la structure de l’habitat reste faiblement modifiée en profondeur. Les premiers éléments de bilan font notamment apparaître 140 000 démolitions. Il note également la faiblesse de la diversification fonctionnelle : il relève le nombre limité des projets incluant des locaux d’activité. Pierre Peillon souligne ensuite la diversification des formes urbaines et architecturales. Le point fort de cette phase de rénovation urbaine est la préparation de la mutabilité urbaine (traitement des éléments pétrifiants de la conception des grands ensemble). Les pistes pour finir le PNRU et poursuivre l’action sont au nombre de trois. Elles visent à atteindre enfin les objectifs de la première phase, à conforter les premières dynamiques et à inscrire les politiques de diversification dans la durée (passant par l’élaboration d’un schéma urbain de référence à long terme. Les quatre enjeux majeurs en fin de PRU sont les suivants :
- risque de déqualification du patrimoine conservé ;
- mise aux normes environnementales ;
- question du peuplement ;
- concilier patrimonialisation et évolution de la vocation HLM des quartiers.
Les pistes d’action sont les suivantes :
- actualiser et territorialiser les PSP ;
- dans les zones à marché détendu, vigilance sur la vacance ;
- mise en œuvre de politiques de resserrement urbain ;
- fixation d’objectifs de peuplement.
Concernant le troisième thème de ce bilan (désenclavement global et intégration urbaine), Pierre Frick rappelle qu’il exige de préparer les quartiers au retour du droit commun de la ville. Il évoque les tentatives de recouturage avec les quartiers périphériques. Les autres pistes d’action concernent la place des TCSP et leur lien avec les équipements. Concernant ensuite la redistribution géographique de la fonction d’accueil social, il en souligne les résultats modestes, notamment en Ile-de-France. Peu de réflexions ont été engagées à une échelle pertinente sur l’enjeu de concentration de certaines populations. S’agissant des pistes d’action, Pierre Frick suggère notamment de renforcer les objectifs de reconstitution hors site sur les PRU en cours ou à venir et de réviser les caractéristiques de la production hors site.
S’agissant enfin de la cohésion sociale dans les quartiers renouvelés, Béatrix Mora souligne que la diffusion massive des actions de requalification dans les quartiers est plus ou moins bien assurée. Il y est notamment constaté une amélioration générale du cadre de vie et une adhésion des habitants aux premières réalisations. Il est un certain nombre de réalisations qui peuvent avoir un effet d’entraînement sur les professionnels et sur les habitants. Béatrix Mora évoque ensuite la capacité de dynamisation des parcours résidentiels pour les ménages relogés. Cette mobilité est une mobilité de proximité puisqu’elle concerne, dans 60°% des cas, le site même. Dans 25°% des cas, elle intervient sur la commune. Elle relève également une normalisation des conditions d’occupation, qui se double d’une insuffisance des réponses aux demandes de mutation. Béatrix Mora évoque, par ailleurs, les résultats préoccupants dans le domaine de la sécurité publique. Il convient enfin de prendre en compte les interrogations des habitants, notamment sur la capacité des villes et des bailleurs à garantir la qualité de logement.
Les pistes d’action sont au nombre de six :
- prise en compte des enjeux spécifiques de l’après PRU dans des projets de gestion de proximité ;
- engagements sur les réponses aux demandes de mobilité résidentielle ;
- renforcement des actions d’insertion par l’emploi ;
- travail de marketing urbain auprès des populations extérieures ;
- suivi des indicateurs sociaux dans les quartiers ;
- mise en œuvre d’un dispositif de gestion urbaine intégrée pour les quartiers en situation critique du point de vue de la sécurité et du repli communautaire.
Béatrix Mora présente enfin les besoins identifiés à l’issue du PNRU 1, parmi lesquels figurent notamment l’accompagnement du resserrement urbain ainsi que la nécessité de prise de relais par les politiques de droit commun et de développement social.
Jean Moulin, Président de l’Office du Havre, rappelle que son Office est le premier à avoir signer une convention. Elle répondait à une vocation politique forte de la ville et concernait 40 000 personnes. L’apport de l’ANRU s’élevait à 76 millions d'euros. Toutes les opérations sont d’ores et déjà engages. Elles seront donc achevées d’ici deux ans. L’avantage de cette convention réside dans le fait que les habitants ont réussi à se l’approprier. Certaines opérations sont assurées par des opérateurs privés. La convention a permis de faire évoluer les relations entre bailleurs. Le problème réside dans le déplacement des difficultés. Il est un certain nombre de territoires à la limite du périmètre de rénovation urbaine où subsistent de réels besoins. Les défis à relever sont au nombre de deux : le premier est l’achèvement du programme de rénovation urbaine. La politique de la rénovation sociale repose sur trois objectifs, à savoir l’élaboration d’un programme de réussite scolaire, l’engagement d’un travail locale en faveur de l’emploi et la mise en œuvre d’une authentique politique de « tranquillité sociale ».
Patrick Bridey, Directeur du renouvellement urbain du Groupe Immobilière 3F, rappelle que sa Société participe à 47 opérations de rénovation urbaine. Ce sont les projets qui ont modifié le plus radicalement les quartiers qui ont le plus réussi. Il cite, à titre d’exemple, le projet visant le quartier « La Muette » de Garges-lès-gonesse. Le renouvellement urbain dont il a fait l’objet a permis aux habitants de se le réapproprier. Patrick Bridey souligne ensuite la qualité des projets auxquels l’Immobilière 3F a participé. En termes d’avancement des opérations de 3F, 60°% de programmes de démolition devrait être achevé l’an prochain. Les axes de progrès sont :
- mieux gérer le « temps long » (rénovation en profondeur) et le « temps court » (rénovation visible des habitants) ;
- trouver les bons ingrédients pour constituer de véritables « quartiers de villes » ;
- simplifier l’instruction des dossiers ;
- assurer une continuité des programmes de rénovation urbaine.
Stéphane Dambrine, Directeur général de VALOPHIS HABITAT, indique avoir retenu trois conditions nécessaires à la réussite du programme et à sa poursuite : la première concerne la diversification des actions entreprises, notamment en matière d’accession sociale ; la seconde concerne l’engagement d’un authentique « projet urbain », condition sine qua non pour prolonger le programme de rénovation urbaine ; la troisième concerne la résolution des problèmes de sécurité publique et de « tranquillité sociale ».

Questionnements de deux projets au regard des objectifs de la rénovation urbaine et débat sur les enjeux à l’issue du « PNRU 1 »
Dominique Estrosi-Sassone, adjointe au maire de Nice, évoque les trois projets de renouvellement urbain que la ville de Nice a engagés, parmi lesquels figure le projet « Ariane », lequel se décline en une série de sous projets, qui sont dénommés « Ariane 1 », « Ariane 2 » et « Ariane 3 ». Le projet « Ariane » poursuit un objectif de relogement et inclue notamment une trentaine de décohabitations. La mission de relogement s’est achevé le 30 juin 2009 : les familles concernées ont bénéficié de logements neufs. L’opération a permis de rapprocher les acteurs institutionnels, la Ville et les habitants. Les habitants voulant quitter leur quartier le pouvaient, mais la plupart d’entre eux ne l’ont pas souhaité. Une bonne partie des populations réside dans ces quartiers ne veut pas en partir. Ce constat s’explique par le fait qu’ils y résident depuis très longtemps et y ont leurs habitudes. Ce ne sont donc pas nécessairement de nouveaux habitants qui investissent les nouveaux logements auxquels donnent lieu les programmes de rénovation urbaine. Bien évidemment, assure Dominique Estrosi-Sassone, le relogement a donné lieu à un accompagnement des populations concernées, accompagnement qui a notamment pris la forme de réunions de sensibilisation aux droits et devoirs des locataires des nouvelles constructions, réunions qui se déroulent dans un climat informel et dans une ambiance festive. Le développement économique de ces quartiers s’est concrétisé à travers l’établissement d’une zone franche qui rencontre un grand succès. Dominique Estrosi-Sassone évoque enfin les enjeux de la gestion urbaine de proximité. Celle-ci ne doit pas être cloisonnée et elle doit bénéficier de véritables méthodes et d’une redéfinition des périmètres d’intervention.
Guy Malandin, Maire de Trappes, rappelle qu’une ville est un ensemble de personnes vivant ensemble. Les habitants doivent vivre pleinement dans la République, laquelle ne saurait tolérer que certains de ses quartiers se transforment en « ghettos ». Les habitants doivent finir par désirer eux-mêmes cette rénovation. Le problème le plus difficile à résoudre est l’association des habitants à cette rénovation, qui passe, le plus souvent, par la destruction des logements actuels et la construction de nouveaux logements. Guy Malandin présente ensuite le quartier des Merisiers, qui regroupe environ 3 000 logements sociaux. Ces logements ont été repris par la Ville de Trappes, suite à la faillite du bailleur. Elle a décidé de lancer un programme de rénovation urbaine très ambitieux qui a permis d’y construire 300°logements en accession sociale à la propriété, des hôtels d’entreprise, une maison de retraite et un centre commercial. Ce projet a posé trois exigences très fortes pour la Ville de Trappes. La première est la mise en œuvre de politiques inter-thématiques (sports, cultures, etc.), conduites sous l’autorité d’un chef de projet. La seconde est la nécessaire association des services locaux de l’Etat. Guy Malandin cite, parmi ces services, l’Education nationale, la protection judiciaire de la jeunesse et la police de proximité. Enfin, la dernière est l’établissement de politiques géographiques prioritaires. A ce propos, il préconise la mise en œuvre de « contrats d’objectifs locaux », à l’échelle de la ville, dans le domaine de la culture ou des sports, par exemple, contrats qui réuniraient tous les acteurs locaux de la rénovation urbaine et les services locaux de l’Etat.
Gérard Hamel, Président de l’ANRU, se félicite que les habitants dont les quartiers ont bénéficié de programmes de renouvellement urbain n’aient désormais plus honte de citer l’endroit où ils résident. Cependant, il souligne l’inquiétude que lui inspire la gestion urbaine de proximité, qui renvoie vers des responsabilités collectives. S’il n’y a pas de politiques solides disposant de moyens réellement suffisants, il y a tout lieu de craindre que les programmes engagés pour « changer la vie » des habitants résidant dans ces quartiers ne finissent par s’essouffler. A ce sujet, il souligne les effets de la crise sur la situation de l’emploi dans ces quartiers. La tranquillité des habitants y résidant doit être garantie, notamment par la présence de médiateurs sociaux, capables d’intervenir tard le soir et par celle de la police de proximité. Gérard Hamel évoque, à ce sujet, les contrats locaux de sécurité qui peinent à se concrétiser sur le terrain. L’enjeu, conclue-t-il, est de permettre aux habitants des quartiers qui ont fait l’objet d’un programme de rénovation urbaine de se considérer comme d’authentiques citoyens et ainsi de se les réapproprier.
Pierre Sallenave, Directeur général de l’ANRU, observe que les personnes souhaitant rester sur place à l’issue d’un programme de rénovation urbaine tend à s’amoindrir avec le temps. Il s’interroge ensuite sur le niveau et la localisation de la reconstitution de l’offre. La bonne échelle de réflexion en ce domaine est celle de l’agglomération. Pierre Sallenave cite, à ce sujet, le concept de « bassin de vie ». Il convient de changer d’échelle géographique et d’échelle de temps (les « ghettos » ne se résorbent pas en cinq ans). Il convient d’aller vers de véritables projets d’aménagement donnant lieu à un bilan. Pendant la conduite du projet et après que celui-ci a été réalisé, il convient de réussir à « sortir » du quartier, car le programme de rénovation urbaine ne concerne, en effet, pas uniquement celui-ci. Il convient de bénéficier d’un projet urbain qui soit plus solidement construit. Il est indispensable de faire revenir de la richesse dans les quartiers ayant fait l’objet d’une rénovation urbaine. Il s’agit peut-être là, estime Pierre Sallenave, d’une faiblesse du PNRU qui n’accorde pas une importance suffisante au développement économique des quartiers qu’il concerne. Il s’agit d’y favoriser la création de richesses et d’emplois. Les projets doivent aussi intégrer une dimension éducative.
Stéphane Dambrine souligne combien le retour des services locaux de l’Etat dans les quartiers qui ont fait l’objet d’une rénovation urbaine constitue une priorité.

Conclusion
Gérard Hamel rappelle qu’il doit prochainement remettre au Premier ministre un rapport relatif à la révision de la politique de ville et à ses aspects géographiques. La clé de la réussite passe par l’engagement d’une politique authentiquement globale. Pour ce faire, il convient de faire évoluer la vision excessivement centralisatrice de la politique de la ville et d’échapper au principe du « zonage ». Il ne s’agit plus de mettre en œuvre des « politiques d’exception », mais de privilégier l’établissement de projets locaux. Gérard Hamel juge même nécessaire de faire évoluer l’expression même de « politique de la ville ». Le titre de son rapport est : « Une conception rénovée de la politique de ville : d’une conception du zonage à une conception de contractualisation ».