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"Vers de nouvelles politiques du logement" Débat animé par Hervé Claude, journaliste
17 septembre 2009

Les débats étaient animés par Hervé Claude, journaliste.
Jean-Luc Berho, vice-président de l’UESL,
Guy Potin, représentant de l’ADCF
Christophe Robert, Fondation Abbé Pierre
Jean-Pierre Roche, vice-président de la Fédération française du bâtiment (FFB)
Annie Guillemot, maire et vice-présidente de l’AMF
Serge Incerti-Formentini, président de la CNL
Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’Habitat
Daniel Thébaud, président du MEDEF Midi-Pyrénées, représente Jérôme Bédier, président de l’UESL


Hervé Claude indique que la crise financière économique a révélé une crise profonde de la société, et en particulier du logement. Les Français ne parviennent plus à se loger, le secteur de la construction est en berne : rien ne va plus. Il est nécessaire de redéfinir la politique du logement, mais encore faut-il trouver comment. Tel sera l’objet du débat de ce jour.

Quels doivent être les objectifs d’une grande politique du logement ?
Annie Guillemot rappelle que le logement n’est pas une marchandise comme une autre. Actuellement, la crise impacte toutes les couches de la société. Ses effets sur l’emploi et le logement sont considérables. Or, souhaite-t-on loger moins et mieux, ou plus et moins bien ? L’offre de HLM est actuellement concentrée dans certaines communes, ce qui génère une logique de ségrégation. En revanche, le taux d’effort est actuellement colossal : de plus en plus de locataires ne parviennent plus à payer leur loyer. Cela pose question.
Guy Potin pense que tous les acteurs du secteur du logement doivent dresser un état des lieux de la situation actuelle de crise, dans le cadre des états généraux. L’ADCF est mécontente de la politique conduite par le Gouvernement en matière de logement. Il convient de définir une véritable politique, avec une gouvernance, des financements et des moyens d’action. Il faut adopter une approche globale (plutôt que séquentielle) de l’habitat.
Serge Incerti-Formentini observe que les besoins des familles en matière de logement sont de plus en plus importants. Celles-ci doivent très souvent effectuer un parcours du combattant pour obtenir un logement social. Les politiques mises en place ces dernières années ne répondent nullement à leurs besoins : elles doivent être revues. L’Etat doit être garant de la solidarité nationale. Il doit reprendre tout son rôle dans le financement du logement, notamment social.
Jean-Luc Berhot indique qu’il s’exprimera au nom des cinq confédérations syndicales françaises, qui ont effectué un diagnostic commun : il manque entre 800 et 900 000 logements économiquement accessibles et abordables en France actuellement. De fait, la production est déconnectée des besoins de la population, ce qui est problématique.
Il faut repenser le 1 % logement, qui représente environ 4 milliards d’euros, en rétablissant le lien entre l’emploi et le logement. Il faut produire du logement économiquement accessible. Il faut également sécuriser la relation entre les bailleurs et les locataires. Il est aussi nécessaire de relancer la rénovation urbaine. Enfin, il faut déterminer comment loger les saisonniers du tourisme et du monde agricole.
Daniel Thébaud explique que le MEDEF a créé un comité logement, qui va réfléchir sur la problématique du logement des salariés. Il est d’ailleurs aussi nécessaire de développer le logement étudiant.
Jean-Pierre Roche ajoute que la Fédération française du Bâtiment a toujours soutenu les politiques du logement menées par tous les acteurs du secteur en France. Actuellement, la politique de construction sociale en France est discontinue. Il faut mettre en place une politique cohérente pour le logement social, l’accession à la propriété et le locatif privé.
Christophe Robert rappelle qu’une bonne politique du logement ne doit laisser personne sur le bord de la route. En moyenne, les ménages gagnent 2 000 euros : les loyers ne devraient donc pas excéder les 500 euros, ce qui n’est pas le cas. La crise du logement rend plus difficile l’accès au logement des plus pauvres. A la fin 2009, il existera un déficit de 900 000 logements. Un effort particulier sera accompli en Ile-de-France pour y remédier, ce qui est positif, mais il faut agir sur l’ensemble du territoire.
Une grande politique du logement doit aussi se saisir de la question de la ségrégation, de la segmentation, car la crise du logement accentue ce phénomène.
Thierry Repentin conclut que l’Union sociale pour l’Habitat a réuni tous les intervenants présents ce jour pour nouer un échange entre les différents acteurs du logement. Il était important de nouer un dialogue ouvert, afin de définir les éléments essentiels d’une politique du logement répondant réellement aux besoins des Français. De fait, le logement est une question économique, mais aussi sociétale.

Quelle gouvernance faut-il mettre en place ? Avec quels moyens ?
Annie Guillemot estime que la politique publique doit réduire les inégalités. Il faut accorder des aides individualisées. Il convient de définir des priorités, de déterminer qui on souhaite aider et comment. Toutes les villes doivent accueillir du logement social, conformément au pacte républicain. Actuellement, 2 000 communes accueillent 80 % des logements HLM. Les inégalités sont très fortes : il faut les combattre, en collaboration avec l’ANRU.
Guy Potin ajoute que l’intervention de l’Etat et la territorialisation du logement sont à la fois nécessaires. Les territoires doivent définir leurs objectifs en matière de logement, avec tous les acteurs du secteur, afin de répondre à tous les besoins. Un système de financement, lisible, pérenne et progressif, doit aussi être mis en place.
Hervé Claude interroge Thierry Repentin sur la position de l’Union sociale pour l’Habitat sur le sujet.
Thierry Repentin répond que l’Etat doit donner l’impulsion, en accordant des dotations budgétaires corrélées aux besoins. L’Etat doit aussi être garant de la solidarité nationale dans le domaine du logement et accepter une déclinaison territoriale de la politique nationale. Les échelons territoriaux doivent conserver la compétence d’intervenir dans le domaine du logement.
Jean-Pierre Roche estime lui aussi que les collectivités territoriales doivent conserver leur capacité d’intervention.
Jean-Luc Berhot remarque que l’Etat se désengage actuellement au niveau budgétaire. Comment faire pour qu’il assume à nouveau ses responsabilités en matière de rénovation urbaine ? Les partenaires sociaux doivent participer à la nouvelle gouvernance qui sera définie, aux côtés de l’Etat et des collectivités territoriales.
Daniel Thébaud déclare que le MEDEF prendra toute sa place dans la nouvelle gouvernance.
Serge Incerti-Formentini estime que la gouvernance doit tenir compte du lien entre logement et pouvoir d’achat. Le rôle de l’Etat, qui consiste à garantir la solidarité nationale, est fondamental. Or actuellement, les collectivités territoriales contribuent bien plus que lui. C’est l’Etat qui doit encadrer la nouvelle politique du logement. Il faut faire respecter la loi, notamment la loi SRU, sur le territoire, afin que les décisions prises au niveau national soient appliquées au niveau local. Il est nécessaire de créer un véritable service public du logement et de l’habitat en France, et de redonner toute son utilité au 1 % logement. Le logement n’est pas qu’une marchandise. Il doit redevenir une priorité au niveau national.
Christophe Robert souhaite que la question de la programmation financière soit tranchée car un certain flou règne actuellement dans ce domaine. Il est nécessaire de revoir à la hausse les financements consacrés au logement, qui constitue un investissement profitable à la société, à l’emploi et aux territoires. Il faut aussi optimiser l’utilisation des deniers publics, dans l’intérêt de la majorité de la population.

Conclusion
Thierry Repentin conclut que toutes les positions exprimées par les intervenants trouveront écho lors des Etats généraux nationaux du logement. Le logement, qui représente 25 % du PIB en France, doit retrouver toute sa place dans le débat public.