
Monsieur le Président de l’Union Sociale pour l’Habitat,
Monsieur le Président du Conseil général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir à Toulouse pour ce congrès national de l’Union sociale pour l’Habitat.
Je tiens particulièrement à remercier Thierry Repentin, son président, d’avoir choisi notre ville pour tenir ces rencontres.
Des rencontres plus que jamais nécessaires.
En effet, le logement social, tel qu’il a été imaginé dans les années 50, au sortir de la seconde guerre mondiale, est en panne.
Il est temps de le réinventer, en l’intégrant dans une politique de la ville ambitieuse.
C’est le défi qui nous attend et dont vous allez largement débattre au cours de ces journées.
C’est le défi que nous voulons relever, à Toulouse et dans son agglomération.
La crise globale actuelle a mis à mal les principes qui ont guidé les politiques du logement de ces 50 dernières années.
Cette crise est sociale, elle est économique, elle est urbaine.
Les banlieues vont mal, l’intégration est en panne, le chômage, la précarisation des jeunes, des familles monoparentales, des retraités vont croissant. Toute une frange de la population est en voie d’appauvrissement et oscille entre mal logement et pas de logement.
Cette crise est mondiale.
Elle entraîne des migrations de populations dans les villes, où la demande en logements sociaux est toujours plus forte.
L’offre immobilière sociale est gravement déficitaire, les besoins des demandeurs insatisfaits, particulièrement ceux des plus démunis.
Parallèlement, on s’achemine vers une France de propriétaires : la maison à 100 000 euros, la vente du patrimoine locatif social des organismes HLM, sont autant de dispositifs inventés par l’Etat. L’argent public est réorienté vers l’accession à la propriété, mais il profite à combien ? Avec quel résultat ?
Dans le même temps, les aides au logement ne sont pas réévaluées alors que 4,7 millions de ménages modestes en bénéficient.
Avec la hausse des loyers, la stagnation des revenus, jamais les familles n’ont consacré autant d’efforts financiers pour se loger.
Jamais elles n’ont rencontré autant de difficultés.
Se loger devient de plus en plus cher et se traduit par une ségrégation spatiale. On s’éloigne de plus en plus loin de la ville centre, de son lieu de travail, pour trouver un logement abordable. Ce faisant, on utilise la voiture, on paie et on consomme de l’essence – à cet égard, la taxe carbone ne va pas arranger la situation financière des plus défavorisés – on passe du temps dans les transports et moins dans les loisirs ou la sphère familiale… On désagrège le lien social.
Le logement représente 23 % de l’économie nationale.
Il est temps qu’il redevienne un enjeu du débat politique.
Il est temps de proposer autre chose qu’une politique néolibérale, injuste, mal orientée et finalement inefficace.
Alors oui, Mesdames et Messieurs, il convient d’intervenir pour garantir ce bien de première nécessité qu’est le logement pour tous.
Nous devons inventer de nouvelles manières d’habiter, de vivre ensemble.
C’est ce que nous sommes en train de faire à Toulouse.
Notre agglomération voit arriver chaque année plus de 19 000 habitants, dont plus du tiers sur la seule ville de Toulouse.
Produire plus, produire plus vite, produire mieux, tels sont les grands défis que notre agglomération doit relever en matière de politique du logement.
Il nous faut répondre à l’urgence en construisant davantage de logements sociaux. Ainsi, en 2009, le Grand Toulouse s’est engagé à produire 2200 logements nouveaux, sachant que la moyenne des années précédentes était de 1350. Sur la seule Ville de Toulouse, nous allons produire 4500 logements sociaux sur 3 ans.
Mais produire du logement social signifie maîtriser le foncier.
Nous le faisons à travers les ZAC, sur lesquelles nous imposons la construction de 20 à 25% de logements sociaux.
Nous le faisons en acquérant directement des terrains ou du bâti. Nous avons pu produire ainsi, en 2008 et 2009, 414 logements sociaux sur Toulouse, contre 14 en 2007, sous la précédente municipalité !
Nous avons mis en place ou abondé plusieurs dispositifs d’aide à la remise sur le marché de logements vacants, mais aussi des aides visant à améliorer la qualité des logements déjà en location.
Nous avons déposé notre candidature au programme national de requalification des quartiers anciens dégradés : 480 logements pourraient être concernés.
Parallèlement, nous voulons favoriser l’accès au logement des personnes les plus défavorisées par un certain nombre d’aides.
Le Pass-log, mis en place à la rentrée, est une avance de trésorerie aux étudiants boursiers pour payer leur 1er mois de loyer.
L’aide à l’habitat pour les personnes âgées a été élargie.
Des logements sont mis à disposition des femmes victimes de violences conjugales.
Le Pass Foncier, qui permet d’aider les familles à acquérir leur 1er logement, va être adopté par le Grand Toulouse. Réservé à l’habitat collectif, il sera encadré afin de bénéficier aux personnes à faibles ressources.
Mais produire beaucoup ne suffit pas : les logements produits doivent être accessibles et solidaires, économes et durables. Ils doivent s’intégrer dans une politique globale d’urbanisme, au même titre que l’aménagement de l’espace, l’implantation d’équipements et de services, l’activité économique ou les transports.
Notre objectif est d’offrir un logement pour chacun dans une ville « renouvelée » où se vit la mixité sociale, la mixité des usages et des fonctions. Il faut – et ce n’est même plus un choix aujourd’hui – densifier la ville.
Renouvellement urbain, densité et mixité doivent composer l’axe majeur de notre projet urbain.
Ce projet, nous entendons le mener en plusieurs temps, à l’aide de plusieurs outils.
Le Grand Projet de Ville, que nous avons relancé, nous permettra de mieux répartir les logements sociaux sur l’ensemble du territoire. Nous voulons préserver l’identité des quartiers, tout en améliorant la qualité de vie de leurs habitants. Nous voulons décloisonner la ville.
Nous lançons un nouveau Programme Local de l’Habitat (2010-2015), à l’échelle du Grand Toulouse. Il favorisera un développement concerté, cohérent et diversifié de l’habitat entre les 25 communes de l’agglomération. Il s’organisera autour des principes essentiels que sont la mixité sociale, la diversité de l’offre de logements, le renouvellement urbain, le développement durable, la problématique des transports.
Le PLH s’articulera avec la Fabrique urbaine, qui est, à mon sens, une démarche particulièrement originale et novatrice.
Il s’agit d’un vaste laboratoire destiné à faire émerger le Toulouse de 2030.
L’objectif est faire participer tous les acteurs de la ville, et pas seulement les urbanistes, les promoteurs et les architectes, à la définition d’un grand projet urbain.
Ma volonté, avec la Fabrique Urbaine, est de dépasser la simple consultation et même la réflexion collective, en travaillant avec tous ceux qui le souhaitent sur le chantier de la ville des vingt prochaines années, dans toutes ses composantes.
L’idée est de construire une politique urbaine structurante, spatialisée, une politique qui soit le support de pratiques citadines multiples.
Nous devons engager la transformation urbaine de Toulouse, en anticipant ses évolutions par l’urbanisation des zones disponibles, en restructurant des quartiers, en rétablissant l’équilibre de la ville.
Nous devons privilégier le renouvellement urbain sur l’étalement urbain, qui a un coût en terme d’énergie, de transports, de consommation d’espaces naturels et qui rend plus complexe la question de la proximité des commerces et équipements publics. Tout ceci dans un souci de mixité sociale et fonctionnelle.
Il nous faudra bien sûr aborder la question de la performance énergétique des bâtiments, et notamment des logements sociaux. Ce point est fondamental pour répondre à une crise énergétique imminente qui frappera en priorité les populations les plus démunies.
Nous devons intégrer la dimension sociale de la Ville.
Pour cela, nous devons avoir une vision globale de l’ensemble du territoire : définir les densités, programmer l’habitat, préciser la place de l’automobile, réduire les distances entre le lieu de travail et le domicile, faciliter le lien social et d’une manière générale donner un contenu concret aux quartiers dans une cohérence pensée à l’échelle de l’agglomération.
Nous entendons donc mener un travail transversal avec de nouvelles méthodes : une approche globale et concertée pour une action de reconquête de la qualité de vie en ville, dans tous les quartiers, pour tous.
Une qualité de vie qui passe, bien évidemment et avant tout, par la possibilité pour chacun de se loger décemment.
Je vous souhaite des débats fructueux. |