14.08.2014

Crise du logement en IDF : diagnostic et solutions

A l'occasion de l’assemblée générale du 24 juin de l'AORIF, la présentation du Livre Blanc a été suivie d’un débat avec des élus, dont le présent article rend compte. Au menu des discussions, diagnostic sur les facteurs aggravants de la crise en Ile-de-France et solutions envisagées.

De gauche à droite : D.Rousset, F. Gilli, E. Cosse, J.M. Delorme, S. Thomassin, S. Beaudet

"Des politiques porteuses mais qui n'ont pas répondu à la gravité de la crise du logement en Ile-de-France"

"Sept ans après la publication par l’Aorif de son premier Livre Blanc appelant une gouvernance des politiques de l’habitat et de l’aménagement, la réforme territoriale modifie profondément la gouvernance francilienne mais la crise du logement est toujours là", a indiqué Stéphane Dambrine, président de l’Aorif, présentant le deuxième livre blanc, lors du débat organisé à l’issue de l’assemblée générale : Relever les défis de la crise du logement en Ile-de-France : préconisations des organismes de logement social franciliens . "Les organismes de logement social, acteurs incontournables des politiques publiques souhaitent apporter leurs contributions aux réflexions qui s’engagent à diverses échelles. Régionale, d’une part avec la mise en place d’un comité régional de l’habitat et de l’hébergement co-présidé par l’Etat et le Conseil régional ; intercommunale, avec la montée en puissance des EPCI ; communale, enfin, puisque les élus locaux sont des acteurs essentiels des politiques de développement, de rénovation et de mixité du parc de logement social. Le bilan dressé dans le Livre blanc est contrasté : "Les diverses politiques ont été porteuses de progrès indéniables mais n’ont pas permis de répondre à la gravité de la crise du logement dans notre région".

"Il faut une autorité organisatrice pour rééquilibrer le territoire"

Le diagnostic largement détaillé dans le Livre blanc – patrimoine inégalement réparti, baisse des ressources de nouveaux entrants, manque de cohérence des politiques de l’habitat - fait l’unanimité parmi les participants au débat qui s’accordent sur le fait qu’il s’agit avant tout d’un problème politique. " C’est essentiellement sur la question du logement que je suis farouchement pour la Métropole, indique Sylvine Thomassin, maire de Bondy (Seine-Saint-Denis). Il faut une autorité organisatrice pour rééquilibrer le territoire, offrir des parcours résidentiels et rompre avec les égoïsmes locaux. A cet égard, la rénovation urbaine s’avère une réussite".

L’adage "maire bâtisseur, maire battu" se vérifie-t-il toujours ? "Pas pour moi", se félicite Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes, réélu avec un programme de mille logements. "Mais on sait qu’il y a un rejet massif des maires sur le PLUI. Par ailleurs, les débats de gouvernance tournent autour de la petite couronne et intègrent peu la grande couronne et encore moins les franges de la région. Or le rôle de la région en matière de transports, de développement économique est essentiel lorsqu’on construit". Rôle confirmé par la vice-présidente du Conseil régional, Emmanuelle Cosse qui est pour le renforcement de la gouvernance mais "qui paiera ? La métropole doit assumer la mixité sociale. Il faut mettre fin aux PLH communaux et s’attaquer aux communes SRU qui ne construisent pas".

Avant tout, les élus présents refusent d’opposer la petite et grande couronne et encore moins de repousser aux franges de l’agglomération, les plus pauvres. La mise en place de la gouvernance prendra du temps mais en attendant comment éviter les trous noirs et continuer à construire? "Les fonciers sont gelés, déplore la vice-présidente de la région. Comment faire redémarrer la construction sociale mais aussi privée" ?  Sylvine Thomassin, se voulant provocatrice, propose de "faire du logement aidé un mode de production ordinaire, sachant qu’en Seine-Saint-Denis, par exemple, 100% de la population est éligible aux Hlm".

Le besoin en logements, une spécificité de la métropole parisienne au regard des autres métropoles internationales

Pour Frédéric Gilli, chercheur à Sciences Po et grand témoin, malgré les effets positifs de la rénovation urbaine, "le tri social est à l’œuvre. Par ailleurs, le dernier baromètre de l’attractivité internationale pointe la question du logement en Île-de-France. A la différence des autres métropoles internationales, plutôt financières, qui peuvent délocaliser leurs emplois, l’Île-de-France industrielle nécessite des back offices proches, donc des logements pour les salariés".

Les questions du peuplement, de la gestion de proximité, des mutations ont été largement abordées sans langue de bois : concentration non maîtrisée de populations en difficultés ; nécessité de restructurer certains patrimoines, de faire baisser le nombre d’organismes présents dans un même quartier avec des modes de gestion et d’implication parfois aux antipodes ; accords avec les réservataires pour satisfaire les demandes de mutation représentant le tiers des demandes ; comment garder des familles structurantes des quartiers, aspirées par le logement neuf, après une rénovation urbaine ? "Il nous faudra travailler autrement dans le PNRU 2 sur les chartes de peuplement et de relogement. Les injonctions de loger des personnes démunies tout en conservant une mixité sont contradictoires, notamment dans une crise très forte", souligne Emmanuelle Cosse.

La collaboration élus-organismes, une nécessité pour la gestion de proximité

"C’est pourquoi le travail entre les élus et les organismes sur la gestion de proximité est indispensable, indique Jean-Martin Delorme, directeur régional et interdépartemental de l’hébergement et du logement d’Ile-de-France (DRIHL). Notre mission consiste à identifier les personnes qui ont la capacité à être logées". Rappelant que 63000 personnes sont hébergées dans des hôtels chaque nuit, ce qui coûte plus cher que le logement social, alors qu’il s’agit de familles pouvant majoritairement accéder au logement".

 

Cet article est extrait du n°994 d’Actualités habitat.

Vous pouvez en consulter le sommaire sur le Centre de ressources et vous abonner.