"De meilleurs logements pour une meilleure Europe"

A l’approche des élections européennes de mai 2014, Sorcha Edwards, secrétaire générale de CECODHAS Housing Europe, comité européen pour le logement social, souligne les enjeux pour les 6 prochaines années.

Sorcha Edwards, secrétaire générale du CECODHAS

En quoi le logement est-il un enjeu pour l'Union européenne ?

La pauvreté liée aux conditions de logement et l’augmentation du nombre de sans-abris sont devenus un des problèmes les plus importants au niveau européen. Chaque pays a ses spécificités mais la crise économique et financière de 2008, dont les effets perdurent encore aujourd’hui, a touché chacun des États Membres.

L’Union européenne entend restaurer la confiance, l’égalité et la stabilité sociale, ainsi que le plein emploi. A cet égard, les politiques de logement peuvent avoir un très grand impact sur le bien-être des citoyens européens.

Le logement public, coopératif et social devrait devenir un des piliers fondamentaux de l’Etat-providence en Europe. En effet, l’existence d’un parc de logement social peut favoriser la création d’emploi dans les secteurs de la construction, de la rénovation, des services aux personnes et des énergies renouvelables. Il peut aussi jouer un rôle décisif pour faire face à des défis sociétaux tels que le changement climatique, l'exclusion sociale et le vieillissement de la population.

Les problèmes communs ont besoin de solutions communes. La solidarité entre les citoyens européens doit éviter l’émergence d’une Europe à plusieurs niveaux. Pour cela, il faut aider les pays qui souffrent le plus pour garantir un avenir meilleur pour tous.

Quelles sont les priorités d'action au niveau européen pour améliorer la situation des citoyens européens en matière de logement ?

Dans notre manifeste publié en vue des élections européennes de 2014, nous avons identifié plusieurs pistes :

  • Augmenter le soutien public au développement d’une offre de logements abordables : tous les pays de l’Union européenne n’ont pas de structures adéquates pour financer la production ou la réhabilitation de logements abordables. Un instrument financier européen dédié au logement permettrait de renforcer l’action de la Banque européenne d'investissement (BEI) dans ce domaine.
  • Débloquer l’accès au marché financier pour les investissements sociaux : une étude sur l'impact des nouvelles règles du secteur bancaire (Bâle III) sur le financement durable des politiques de logement serait par exemple nécessaire.
  • Assurer un environnement positif pour la rénovation des logements, en favorisant la convergence des financements (subventions nationales et européennes, prêts, investissements des sociétés de services énergétiques etc.) et en développant l’ingénierie et la recherche.
  • Utiliser les fonds structurels européens pour renforcer les initiatives nationales en faveur du logement social.
  • Rendre les règles européennes de concurrence compatibles avec les besoins en logement (et pas le contraire) : il est notamment crucial que la définition du logement social reste du ressort des États membres pour permettre des réponses adaptées au contexte et aux besoins de chaque pays.
  • Assurer une surveillance économique européenne équilibrée des marchés immobiliers : pour évaluer les risques de bulle immobilière, d’autres indicateurs doivent être pris en compte au-delà des prix de l’immobilier, tels le taux de chômage ou le revenu disponible.
  • Promouvoir la recherche liée au logement pour expérimenter des approches innovantes répondant aux nouveaux besoins.

Observez-vous un changement de regard des institutions européennes sur le logement social ? Que faut-il faire pour aller plus loin ?

Lors de leur réunion à Bruxelles en 2013, les ministres du Logement des pays européens ont convenu, en présence du CECODHAS et de l’Union sociale pour l’habitat, que l’investissement dans le logement, en particulier dans le logement abordable, est crucial pour l'économie européenne. Et que, par conséquent, une meilleure coordination au niveau de l'Union européenne était nécessaire. Ils ont notamment souligné le rôle de la Banque européenne d'investissement (BEI) en appelant à prévoir des mécanismes étendus ou nouveaux pour assurer le financement de logements sociaux et abordables.

L'actuelle Commission européenne a reconnu la nécessité de plus de logements locatifs, mais continue pour le moment de faire confiance au marché pour résoudre les problèmes de logement.

Il y aura bientôt une nouvelle Commission et un nouveau Parlement. Nous espérons, pour le bien de l'Europe, qu'ils reconnaîtront le rôle important joué par les organismes de logement public, coopératif et social dans une Europe plus juste et équitable. Nous travaillerons dur pour relayer ce message au cours de la prochaine mandature.

 

 

Chiffres-clés :

  • 120 millions d’Européens sont confrontés au risque de pauvreté.
  • 33,8 % des Européens font face à des dépenses disproportionnées en matière de logement.
  • 52 millions de personnes en Europe ne parviennent pas à chauffer convenablement leur logement.