30.04.2014

Alain Cacheux :"La CGLLS est un formidable outil de solidarité inter-organismes"

Alors qu'il vient de prendre la présidence de la Caisse de garantie du logement locatif social (CGLLS), Alain Cacheux, par ailleurs, président de la Fédération nationale des Offices Publics de l'Habitat, donne sa feuille de route. Elle se résume en trois mots : équité, pérennité et innovation.

Alain Cacheux, président de la Fédération nationale des OPH et de la CGLLS © François Lo Presti

Quel rôle joue la CGLLS dans le système économique du logement social ?

Alain Cacheux : La CGLLS est un établissement public alimenté exclusivement par les contributions des organismes Hlm. Les fonds ainsi récoltés sont mobilisés pour trois missions principales : prévenir ou parer aux difficultés financières des organismes, garantir les prêts consentis par la Caisse des Dépôts dès lors que les collectivités n’apportent pas leur garantie et favoriser la modernisation et la professionnalisation des pratiques via le fonds d’innovation, remplaçant du FILLS, qui va bientôt être mis en place. Si le financement par le Livret A constitue la colonne vertébrale de notre modèle économique, la CGLLS la renforce en évitant aux organismes de se garantir sur les marchés financiers ou de faire face à des difficultés financières. La CGLLS fait donc partie intégrante d'un modèle économique et social cohérent. Au regard des trois principales missions qu'elle remplit, elle est un formidable outil de solidarité inter-organismes.

En janvier dernier, l'Union sociale pour l'habitat s'élevait contre la récupération des 78 millions d'euros d'excédent de la Caisse de garantie du logement social par l'Etat ? En quoi cette décision de l'Etat est-elle dommageable à l'action du Mouvement Hlm ?

A. C. : Cette décision n'est pas seulement dommageable à notre action, elle est tout bonnement injuste. Comme tout établissement public ayant le statut d’organisme bancaire, la CGLLS est soumise au respect de règles très strictes en la matière. Le niveau des fonds propres qui est pointé du doigt est la conséquence du respect de ces règles. La caisse étant alimentée par les organismes, ce sont eux qui ont assumé cet effort et c’est autant de moyens qu’ils n’ont plus à disposition pour construire et rénover dans une période où l’Etat nous a fixé des objectifs très ambitieux en la matière. La question du résultat de la CGLLS est récurrente et il n’est pas normal qu’elle se pose à de tels niveaux dans un établissement public donc à but non lucratif.

Comment éviter qu'une telle situation se reproduise dans un contexte avéré de restrictions budgétaires ?

A. C. : Nous allons viser le juste équilibre, appeler les cotisations en fonction des besoins réels de la Caisse pour mener à bien nos missions. Les organismes Hlm pourront ainsi utilement investir sur le territoire ce qui équivaudrait à la part excédentaire de leur cotisation. La construction, la réhabilitation et la rénovation urbaine nécessitent que tous les moyens financiers soient mobilisés. Rappelons ici que, dans le cadre de la rénovation urbaine, 70% des investissements sont portés par les organismes Hlm.

Par ailleurs, nous l'avons dit à plusieurs reprises, nous plaidons pour une affectation de l'excédent 2013 au programme des 10 000 logements accompagnés qui est un engagement commun du Mouvement Hlm et de l'Etat dans le cadre du Pacte d'objectifs et de moyens. Ce programme est l'un des plus opérationnels, nous avons d'ailleurs déjà lancé l'appel à projets. Par delà, il est emblématique du rôle de sécurisation joué par les organismes Hlm à l'endroit des publics à faibles ressources en organisant la transition entre les solutions de logement temporaires et les solutions de logement durables.

Les plafonds de garantie constituent une forme de garde-fou. Aujourd'hui, certains bailleurs ont atteint ce plafond, pourtant les besoins en logement sont là et ces bailleurs doivent encore construire. Comment les y aider ?

A. C. : C'est un chantier tout à fait prioritaire. Nous devrons trouver des solutions pour assurer la pérennité de la CGLLS dans sa mission de garantie, dans un contexte où, de manière accrue, les collectivités locales ne peuvent ou ne veulent plus jouer ce rôle.  Les enjeux sont de taille : continuer à accompagner les organismes Hlm dans la construction de nouveaux logements, conformément aux objectifs de production fixés dans le Pacte d'objectifs et de moyens, et conserver la cohérence et la solidité du modèle économique du logement social. La part des garanties prises sur les marchés financiers doit rester mesurée, faute de quoi nous entrerions dans une dépendance des marchés peu compatible avec notre modèle. En outre, il ne faudrait pas que le recours aux marchés financiers soit à la suite entrevu comme une alternative aux prêts de la Caisse des Dépôts. Ce serait là une profonde remise en cause du modèle économique d'un des fleurons de l'économie sociale et solidaire.

L'innovation est le troisième champ d'action de la CGLLS, de quelle manière comptez-vous développer cet axe pendant votre mandature ?

A. C. : Je tiens beaucoup à la refondation du projet du Fonds d'innovation. Le FILLS était un outil auxquels nos organismes tenaient et qui était très utile à la professionnalisation et à la modernisation du Mouvement Hlm. C’est pour cela que, lors du dernier conseil d’administration de la CGLLS,  j’ai demandé aux dirigeants de la caisse et aux représentants de l’Etat la mise en place dans les plus brefs délais d’un comité de pilotage dont j’assurerais la présidence afin de parvenir à la création du Fonds d’innovation le plus rapidement possible.