17.07.2013 Rédigé par Soraya Méhiri

Annie Guillemot : "Les jeunes, grands absents des priorités"

Annie Guillemot, maire de Bron, ancienne présidente du Conseil Social, revient sur le problème du logement des jeunes soulevé à l’occasion du Congrès de Strasbourg en 2010. Le constat est celui d'une absence de politique dédiée pour ce public pourtant dépositaire de notre avenir.

Annie Guillemot

Pourquoi votre rapport considérait-il en préambule que les jeunes ne sont pas considérés comme une catégorie spécifique?

Annie Guillemot : Les jeunes ont des statuts très divers : étudiants, apprentis, en emploi jeune, en contrat de qualification, en intérim; certains ont une bourse, d’autres une allocation. Notre rapport, à cet égard, paru en 2010, ne pouvait s’appuyer que sur des chiffres de 2006. Par ailleurs, dans nos commissions d’attribution, nous avons pléthore de contingents, d’accords collectifs, mais aucune spécificité pour les jeunes qui sont les grands absents, une masse un peu indéfinie qui n’est pas prise en compte en tant que telle et donc pas reconnue comme public prioritaire. Une fois nos attributions prioritaires effectuées (et c’était le cas de nos trois dernières commissions), nous n’avons plus de logements disponibles alors que les jeunes sont souvent en situation d’hébergement ou de précarité. La ministre de l’Égalité du territoire et du Logement dit qu’il faut en faire une priorité et j’y souscris. Mais on entend plutôt parler du vieillissement de la population.

Quels sont les principaux blocages à l’entrée des jeunes dans le parc social?

Premier blocage : leur demande est urgente et presque immédiate, mais elle doit se plier à une certaine immobilité. Nos procédures d’attribution ne sont, en effet, pas adaptées à la mobilité des jeunes. Dans une partie de notre parc géré par l’Opac du Rhône, constituée de T1 et de T2, proche de l’Université, nous avons beaucoup de rotations, mais la gestion d’un organisme Hlm n’est pas adaptée pour faire des baux de 9 ou 10 mois par exemple, c’est-à-dire une année universitaire…La colocation non plus n’est pas évidente: si l’un des colocataires s’en va, qui devient responsable du bail ? Il faudrait innover dans ce domaine.

Autre blocage: l’accessibilité des logements. D’une part, les loyers sont trop chers, même en Hlm, car les jeunes ont peu ou pas de ressources. D’autre part, il n’y a pas assez de places en résidences étudiantes et en foyers notamment pour les saisonniers et les apprentis. Nous pouvons proposer des logements dans le grand ensemble mais les jeunes souhaitent être en centre-ville. Nous avons pu nouer des partenariats avec les lycées qui ont des formations post-bac, en leur proposant une liste de chambres chez l’habitant.

Quelles mesures, selon vous, pourraient produire des effets pour débloquer la situation?

L’État doit mobiliser du foncier gratuit en centre-ville pour les CROUS afin de construire des résidences étudiantes, avec  des loyers accessibles, montrant ainsi que les jeunes sont une priorité. Car les universités, qui sont autonomes et en situation financière précaire pour beaucoup, ne veulent pas céder leur foncier gratuitement. Peut-être pourrait-on également créer un « Guichet spécial jeunes » qui prendrait en compte leurs spécificités avec également un volet d’accès à la santé, laquelle se dégrade dans cette population aujourd’hui. Enfin, il faut inscrire cette thématique dans les PLH avec des financements particuliers et que cela figure à l’agenda politique.

A noter que la présidence du Conseil social du Mouvement Hlm est aujourd'hui assurée par Bernard Coloos, directeur aux Affaires économiques, financières et internationales de la Fédération française du bâtiment.

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