18.06.2013

Michel Wieviorka : "Une image des Hlm corrélée aux transformations de la société"

Michel Wieviorka, sociologue reconnu, directeur d'Etudes à l'EHESS, nous livre son analyse sur l'image des Hlm et sur la nécessaire séparation à introduire entre le logement lui-même et les problèmes qui entourent les banlieues.

Les Hlm sont un des objets de vos enquêtes, comment avez-vous commencé à vous y intéresser ?

En premier lieu parce que j’y ai vécu. J’ai d’abord habité en Hbm (Habitat bon marché), puis en Hlm, où j’ai été le plus heureux des adolescents. J’ai été témoin du formidable progrès qu’ont été les Hlm en terme de confort, avec l’eau chaude, le chauffage central, le vide-ordure… C’est le souvenir que j’en garde. On a construit des logements propres et confortables pour toute une catégorie de gens mal logés, qui habitaient des endroits insalubres, ou dans des bidonvilles. Donc contrairement aux images qu’on peut en avoir aujourd’hui, les Hlm ont été avant tout un progrès.

Comment a évolué l’image des Hlm au fil du temps ?

L’image globale qui s’est construite autour des Hlm a d’abord été fondamentalement positive. Au départ les Hlm étaient destinés aux ouvriers et à cette nouvelle classe moyenne, dans l’objectif de leur offrir un logement propre et correct près de leur lieu de travail. Mais cette image a évolué, car la société elle même a connu des transformations, comme la montée du chômage ou le déclin de certains pans de notre industrie. Le monde du logement social est le reflet de ces changements, il s’inscrit dans cet espace populaire dans lequel se transforme la société..

Il est injuste et erroné de penser que logement puisse être lui même la cause des problèmes qui entourent les banlieues. Si on est attentif à ce qui s’est passé en 2005, au moment des émeutes des "quartiers", on observe qu’à aucun moment le logement social n’a été mis en cause. Je pense que les violences qui se sont exprimées, étaient davantage tournées contre la République, qui n’a pas tenue ses promesses et notamment celle de l’égalité républicaine. On s’est attaqué aux écoles, aux bus… mais le logement en lui même n’a jamais été pris pour cible. 

Quel regard portez-vous sur le problème du manque de logement abordable ?

Je ne pense pas que les préjugés qui peuvent exister sur les Hlm soient à l’origine du manque des logements. Cela relève, selon moi, davantage de problématiques budgétaires. Il faudrait construire plus de logements sociaux afin de poursuivre la logique d’un logement largement populaire. Cela commence par l’effort pour continuer le travail de rénovation et de réhabilitation commencé par l’ANRU, mais de façon peut-être plus massive. Mais là encore le problème vient de l’offre et non de la demande, car il y a manifestement, une très large attente.

Certains préjugés pèsent sur les habitants Hlm et peuvent gêner leur parcours social et professionnel. A contrario, de quelles forces ou atouts dont les habitants du parc Hlm peuvent-ils tirer profit dans leur parcours ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question de handicap ou d’atout. Ce que l’on attend d’un logement c’est qu’il soit convenable, bien sûr, mais aussi que sa localisation donne accès aux services publics, à l’emploi, à la santé, à l’éducation… Le logement social doit permettre d’atteindre ces objectifs. Dans une société en crise, dans laquelle se créent des tensions culturelles et religieuses, on ne peut pas demander aux Hlm de résoudre toutes les difficultés. Il faut séparer le logement lui même des problèmes politiques, économiques et sociaux qui l’entourent. En revanche on peut attendre de ceux qui construisent et organisent le logement social qu’ils apportent aux habitants les conditions nécessaires pour vivre le mieux possible. Je crois que le Mouvement Hlm remplit dans l’ensemble cette mission.



Michel Wieviorka, né en 1946, est sociologue. Directeur d'études à l'EHESS, il y a dirigé de 1993 à 2009 le Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS). Président de l'Association internationale de sociologie de 2006 à 2010, il est également administrateur de la Fondation Maison des sciences de l'homme. Prix spécial du jury européen d'Amalfi 1989 pour son livre Sociétés et terrorisme), il est président du jury de la Bourse Michel Seurat (CNRS) et du Conseil scientifique du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). Également membre du Conseil scientifique de la Défense, il est président à Bruxelles d'un panel du Conseil européen de la recherche (CER ou European Research Council). Enfin, il dirige chez l'éditeur Robert Laffont la collection "Le monde comme il va".