Hlm sur cour(t) : quand le cinéma pose un autre regard sur le logement social

Pour sa 3e édition, le concours Hlm sur cour(t), organisé par l’Union sociale pour l’habitat dans le cadre de la Semaine nationale des Hlm, récompensera le film au scénario le plus original, illustrant le "vivre ensemble".

Suite à la projection organisée par l’Union sociale pour l'habitat pour la presse, Libération revient sur les objectifs de ce concours réservé à de jeunes cinéastes : filmer autrement les Hlm et les banlieues trop souvent synonymes de ghetto, raconter la solidarité, le métissage et l’histoire des lieux notamment.

Devenu un genre à part entière après le succès du film La haine de Mathieu Kassovitz, le film de cité a porté un regard parfois très caricatural sur les banlieues populaires, axé sur les problèmes de délinquance, de chômage, d’insalubrité, comme le rappelle Hervé Bougon, membre du jury.

Mais des réalisatrices telles que Dominique Cabrera (Chroniques d’une banlieue ordinaire), Céline Sciamma (Bande de filles) ou Géraldine Nakache (Tout ce qui brille) ont eu un regard plus sensible.

Dans cette veine, Feuilles de printemps (l'un des 3 films lauréats de cette édition) de Stéphane Ly-Cuong suit Mme Pham, une veuve âgée d’origine vietnamienne qui se berce de nostalgie entre les murs de son appartement, dont elle ne sort plus. Peu à peu, elle se laisse apprivoiser par un jeune auxiliaire de vie (Frédéric Chau, révélé par le succès de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?).

"Quand mes parents, qui venaient du Vietnam, sont arrivés en France, ils ont très vite été logés en Hlm, en banlieue parisienne", relate le réalisateur qui a filmé sa mère de 87 ans, très naturelle devant la caméra. Pour lui, cela a été très positif : "C’était un pas vers l’intégration. Mes parents étaient en prise directe avec la culture française".

De son côté, Guillaume Renusson souhaitait montrer les Hlm comme un "endroit normal, où vivent des gens normaux", loin du regard entre crainte et compassion souvent porté par les médias. Il en a fait le décor d’un conte urbain "poétique et baroque" dans La nuit, tous les chats sont roses, déjà sélectionné au festival de films français de Sacramento (19-28 juin), en Californie.

Poursuivi par un agresseur, le travesti Lola (Loïc Corbery, sociétaire de la Comédie française) s’engouffre dans un hall d’immeuble et tombe sur Alice. Une complicité s’ébauche le temps d’une parenthèse enchantée, et la sensualité du travesti au cœur tendre réconcilie l’ado rebelle avec sa féminité.

Inspiré par la SF mais davantage ancré dans l’Histoire, Gagarine de Jérémy Trouilh et Fanny Liatard, rappelle l’utopie sociale liée aux Hlm, massivement construits par l’Etat pendant les Trente glorieuses afin de résorber les bidonvilles. Dans Gagarine tourné dans la cité éponyme à Ivry-sur-Seine, Youri (Idrissa Diabaté) campe un adolescent rêveur qui refuse d’ouvrir les yeux sur le déclin de sa cité promise à la démolition, dont les lignes architecturales, les façades, les escaliers et jusqu’à la chaufferie, sont filmés sous tous les angles.

La co-réalisatrice Fanny Liatard relate : "Nous avons écouté les gens qui vivent là, leur vécu. Nous avons voulu montrer la richesse de ces endroits, et nous avons été surpris par l’infinité des histoires à raconter. De plus, une association (Voisines sans frontière) nous a pris sous son aile, ce qui nous a permis de travailler avec les gens du quartier. Nous avons hâte qu’ils voient le film".

Présidé par la réalisatrice Audrey Estrougo, le jury remettra ses prix lors d’une projection au Forum des images, à Paris le 16 juin, avant une mise en ligne des trois courts-métrages sélectionnés.

précédentesuivante