L’habitat participatif en vogue

Si la loi Chalandon de 1971 avait sonné le glas de l’habitat coopératif en France, à l’heure actuelle, avec un nouveau cadre législatif favorable, ce dernier a le vent en poupe.

Altermondes rappelle que l’essor de l’habitat coopératif en Europe date des années 1970 avec des pays précurseurs tels la Suisse, l’Italie, l’Allemagne et les pays scandinaves. En revanche, la France choisit avec la loi Chalandon de 1971 d’interdire la location coopérative. Quelles qu’en soient les raisons, le modèle paraît alors condamné.

Certains Français souhaitent cependant "habiter autrement" ce qui donne vie à des expériences d’habitat innovantes. Elles n’ont pas les caractéristiques de l’habitat coopératif mais les notions de partage et de codécision sont déjà présentes. Le mouvement pour l’habitat groupé autogéré (MHGA) voit le jour dès 1977.

Ce sont pourtant les récentes crises économique et du logement qui poussent de plus en plus de Français à chercher des alternatives. Pierre-Yves Jan, président de l’association Eco Habitat Groupé et membre de la Coordin’action des associations d’habitat participatif, née il y a trois ans sur les cendres de la MHGA, estime que l’offre de logement depuis une vingtaine d’années n’est pas adaptée aux besoins des personnes. "Les logements sont chers, les questions écologiques sont négligées et rien n’est proposé pour assurer aux seniors un parcours résidentiel adapté."

De retour de voyages en Allemagne, en Suisse et au Canada, où ils découvrent l’habitat coopératif, des citoyens et des acteurs de l’économie sociale, pionniers de l’habitat, reviennent avec des modèles oubliés et créent Habicoop, une structure qui œuvre en faveur du développement des coopératives d’habitants et accompagne les porteurs de projets.

C’est avec l’appui d’Habicoop que le Village vertical, premier immeuble d’habitat coopératif de France situé dans une ZAC de Villeurbanne dans la banlieue de Lyon et symbole d’une nouvelle manière d’habiter a pu voir le jour. Mais aussi que, depuis février 2014, les coopératives d’habitants ont à nouveau droit de cité dans l’Hexagone.

En 2014, la loi Alur 2 définit l’habitat participatif comme "une démarche citoyenne qui permet à des personnes physiques de s’associer, le cas échéant, avec des personnes morales, afin de participer à la définition et à la conception de leurs logements et des espaces destinés à un usage commun, de construire ou d’acquérir un ou plusieurs immeubles destinés à leur habitation et, le cas échéant, d’assurer la gestion ultérieure des immeubles construits ou acquis."

Deux statuts d’habitat participatif existent désormais en France : la coopérative d’habitat et la société d’attribution et d’autopromotion. Pierre-Yves Jan est satisfait de la reconnaissance de l’habitat participatif comme "démarche citoyenne" et indique que "ces sociétés peuvent attribuer à leurs associés la propriété du logement ou alors sa jouissance. Cette dernière notion est significative car elle représente un pas de côté par rapport à la notion de propriété, tout en n’effrayant pas le Français moyen."

Aujourd’hui, on compte quelque 3 000 projets d’habitat participatif en France.

Pierre-Yves Jan reconnaît qu’il s’agit surtout de "bobos issus des classes moyennes" mais que ce n’est pas la vocation de l’habitat participatif : "Dans un esprit républicain, tout le monde doit pouvoir bien vivre ensemble."

D’autant plus que les bailleurs sociaux peuvent devenir partenaire associé de toute forme d’habitat participatif, coopérative ou société d’attribution. De nombreuses villes publient aujourd’hui des consultations en vue de réserver des îlots à cette forme d’habitat.

"La nouvelle loi a généré un véritable appel d’air, affirme Olivier David, l’un des membres fondateurs d’Habicoop. Rien qu’en région parisienne, il y a treize groupes en attente d’accompagnement de la part d’Habicoop. Et c’est partout comme ça !".

Toutefois, les décrets d’application se font attendre, ce qui risque de freiner le développement des coopératives d’habitants en France.

Ce type d’habitat peut également en rebuter certains, le montage de chaque coopérative étant complexe dans le cadre actuel et, pour ceux qui voient dans le logement une forme de placement, il s’agit d’une démarche non spéculative.

Les contraintes réglementaires et d’assurance propres à la construction de logements collectifs incitent les futurs coopérateurs à chercher le soutien des collectivités locales et la participation des organismes Hlm à qui confier la maîtrise d’ouvrage.

"Ce contexte partenarial est une force, mais peut s’avérer délicat, en particulier lors des changements de majorité municipale, admet Olivier David. Nous et les porteurs de projets, nous attendons avec impatience que le cadre annoncé avec la loi soit sécurisé."

Compte tenu de ces difficultés, Olivier David explique que le choix de ce type d’habitat a essentiellement du sens pour des projets qui comptent au moins une dizaine de logements, en rappelant que certains projets peuvent atteindre les soixante unités.

En avril dernier est née la fédération Habicoop. Sa mission : continuer le lobbying politique et la conception d’outils mutualisés au service des coopératives. Sur le terrain, Habicoop et d’autres associations locales vont continuer à accompagner ceux qui rêvent à un autre mode, plus solidaire et équitable, d’habiter.

précédentesuivante