Élections 21.03.2012 Rédigé par Dominique Dujols

Et si l’élection se jouait sur le logement ?

Si le thème du logement émerge ces derniers temps dans la campagne et dans certains sondages, cette émergence semble insuffisante au regard de l'importance qu'il revêt dans les préoccupations des Français.

"Le logement sera à coup sûr la grande affaire du quinquennat"

Croire que cette élection peut se jouer sur le logement peut donc faire sourire : ce serait prendre ses désirs pour des réalités, ne pas sortir d’un microcosme où chacun s’auto-convainc de son importance, prendre le « coup » médiatique d’un ancien footballeur pour un tournant politique, et ne pas lire les sondages, qui placent le pouvoir d’achat et l’emploi en stars incontestées des préoccupations de Français, loin, très loin devant le logement…

Le logement s'invite dans les discours politiques...

Dans les discours politiques, pour commencer : Pascal Perrineau, dont le Cevipof travaille sur le thème du logement dans les débats politiques, note que le logement s’est invité au premier plan de l’agenda politique fin janvier. Il a suffi qu’un candidat évoque le logement dans son premier grand meeting, que le Président sortant réponde avec des propositions sur le foncier, que tous rivalisent sur le sujet lors de la journée annuelle de la Fondation Abbé Pierre, pour que la presse contribue à installer le débat dans la campagne.  

Durablement ? Cela reste à voir. Mais un indice est à souligner: en 2007, un tableau comparatif des propositions des candidats et des partis sur le logement occupait péniblement deux pages. Aujourd’hui, le même tableau occupe près de trente pages !

... et apparaît au détour des sondages.

Dans une lecture un peu attentive des sondages, ensuite : les moins de 35 ans, les chômeurs, les étudiants, les franciliens, les personnes issues de l’immigration, celles qui ont des revenus modestes placent le logement très haut dans leurs préoccupations. Et s’agissant des enquêtes spécifiques au logement, l’avis commun des sondés converge sur la difficulté d’accéder à un logement sur sa cherté, et sur la difficulté de répondre aux garanties exigées des banques ou des bailleurs. Surtout, ceux qui n’ont pas de difficultés personnelles soulignent que, pour leurs enfants et petits-enfants, se loger est ou sera de plus en plus difficile, et cela quelle que soit leur catégorie sociale.

Le logement, partie intégrante de la préoccupation sur le pouvoir d'achat

Enfin ne faut-il pas s’interroger sur le sens de la priorité absolue au pouvoir d’achat et à l’emploi, quand on sait que le logement est de très loin la première dépense des Français, et conditionne l’accès à l’emploi ? Car dans leur immense majorité les sondés sont logés, et aiment en général leur logement : pourquoi diraient-ils que le logement est leur premier souci ?

Mais pour ceux qui consacrent une part très importante de leurs ressources pour payer un loyer trop cher, ou rembourser un emprunt trop lourd, et doivent se priver pour les autres dépenses, c’est bien le logement qui est en question à travers leur priorité au pouvoir d’achat. Et pour ceux qui vivent loin des zones d’activités, c’est bien une question de logement qui se profile derrière leur inquiétude face à l’emploi.

Et début mars, un sondage a révélé que les Français regrettent, à 73%, que les candidats ne parlent pas davantage de logement !

Le logement, lieu d'affectivité et d'anxiété

Au-delà des sondages, ce qui frappe, lorsqu’on donne vraiment la parole aux Français, qu’on les laisse parler et qu’on les écoute - à l’occasion par exemple de débats-citoyens- c’est l’affectivité très forte qui s’attache au logement : le cocon, le nid, le lieu de stabilité et de sécurité, celui où l’on vit des moments de bonheur avec ses proches, et où l’on prend des forces pour faire face à la vie professionnelle, sociale... Mais c’est aussi l’anxiété face à son coût, car personne ne voit la fin de la montée des prix et surtout l’immense difficulté des jeunes à se loger. Difficulté dont les jeunes  attestent en masse, mais dont témoignent aussi leurs parents et grands- parents, parfois honteux de ne pas avoir les moyens de les aider, sauf en les accueillant sous leur toit: le « retour au bercail » est un phénomène qui n’a rien d’anecdotique. Enfin ils expriment une demande d’effort public, de logements moins chers et de mixité, ils veulent des villes où les gens seraient mélangés, mais ils constatent, avec tristesse ou indignation, que « le logement, ça n’intéresse pas les politiques ! ».

Le logement, la grande affaire du quinquennat ?

S’il est vrai que l’élection se joue sur l’empathie entre un candidat et un peuple, alors ils, et elles, ont vraiment intérêt à méditer tout cela. Répondre au besoin qui touche au plus intime de chacun de nous, et pas seulement au portefeuille. Proposer un vaste effort pour rendre du pouvoir d’achat aux ménages et favoriser l’accès à l’emploi, grâce au logement – et construire est aussi essentiel à l’emploi. Enfin, prendre à bras le corps le scandale du logement des jeunes et gagner leur reconnaissance, en même temps que celle de leurs parents et grands-parents : oui, l’élection présidentielle se jouera aussi sur le logement, et ce sera à coup sûr une grande affaire du quinquennat.

Comme les Etats Généraux au printemps dernier, comme d’autres acteurs de l’habitat aujourd’hui, c’est au nom de cette conviction que l’Union sociale pour l’habitat tient aujourd’hui à faire entendre sa voix dans le débat public, à travers ses 10 propositions et un argumentaire qu’elle a adressé aux candidats à l’élection présidentielle, mais également aux parlementaires et à un grand nombre d’élus locaux. C’est aussi pour cela qu’elle diffuse un « dictionnaire » des idées reçues en matière de logement social, destiné aux décideurs autant qu’au grand public... qui fait preuve, en la matière, d’une vraie maturité politique.

 

Dominique Dujols, conseillère spéciale pour les relations institutionnelles de l'Union sociale pour l'habitat