Politiques territoriales 26.07.2012 Rédigé par Dominique Belargent et Elisabeth Gras

L'habitat social dans la prospective territoriale

Pas moins de 350 participants : le colloque sur "L'habitat social dans la prospective territoriale", organisé le 11 juillet à la Cité internationale universitaire de Paris, a fait le plein. Et les échanges, particulièrement riches, ont bousculé les idées reçues et ouvert de nouvelles perspectives.

Crédit photo : Christophe Martinez

Organisée par l'Union sociale pour l'habitat et la Fédération nationale des agences d'urbanisme (Fnau), avec le concours de la Caisse des dépôts, la manifestation avait pour ambition d'accompagner la réflexion prospective engagée par le Mouvement Hlm.

L'enjeu est de taille. D'une part, il est indispensable de penser le logement social dans le moyen et le long terme, pour anticiper au mieux les évolutions économiques, sociales et sociétales auxquelles il va devoir répondre. D'autre part, le Mouvement Hlm doit prendre toute sa place dans les démarches prospectives - de plus en plus nombreuses et élaborées - menées par les collectivités territoriales. Le document préparatoire au colloque ("Habitat social et prospective territoriale : un document de référence") retrace le cadre général et les grandes thématiques de cette approche prospective. Il présente aussi leur déclinaison locale à travers plusieurs initiatives d'associations régionales de l'Union sociale pour l'habitat.

Quatre séquences et une table ronde

Pour parcourir ce champ très vaste, quatre séquences - ouvertes par des experts reconnus - se sont succédé au cours de la journée, consacrées respectivement aux enseignements à tirer de la démarche "Territoires 2040" de la Datar en matière d’habitat, aux modes de vie et à la façon d'habiter les territoires, à la "réinvention" du capital de 30 millions de logements, et au financement de l'habitat. Une table ronde réunissant élus et acteurs du logement, en présence du délégué interministériel à l'aménagement du territoire et à l’attractivité régionale, a conclu la journée sur la question de la gouvernance du logement. 

Difficile de prétendre résumer des débats aussi denses et les propos de près de 25 intervenants. Une synthèse de ces derniers sera d'ailleurs mise en ligne dans les prochaines semaines. Mais on peut cependant retenir quelques temps forts, à titre d'illustration.

Mixité, mobilité, normes

Parmi les thématiques qui ont ainsi émergé, la première est en forme de mise en garde. Comme l'ont en effet rappelé plusieurs intervenants, la prospective n'est pas une prévision. Elle vise au contraire à faire émerger, par une réflexion collective très ouverte et sans tabou, des questions que l'on ne se pose pas encore.

Exemple de cette approche, la question de la mixité sociale et de la mobilité a occupé de nombreux échanges. Si la notion de mixité sociale est l'une des valeurs fondatrices du Mouvement Hlm, l'explosion de la mobilité - géographique, sociale, sociétale... - "fait de chacun de nous un acteur de sa géographie". La mixité est de plus en plus une mixité choisie, en fonction de lieux, de temporalités et de modes opératoires propres à chaque individu.

La question des normes a également donné lieu à des échanges soutenus. Peut-on concilier la montée en puissance des normes - certains préféreront parler d'inflation des normes - et la créativité indispensable à la démarche prospective ? Si les acteurs du logement ne cachent pas leur perplexité, sinon leur irritation, face à la multiplication et au manque de lisibilité des normes, le débat est loin d'être simple entre ceux qui voient dans les normes des avancées (environnementales, énergétiques ou même sociales, comme dans le cas du handicap) et ceux qui voient dans leur multiplication au contraire un frein, voire une menace qualitative et quantitative sur l'offre de logement.

Une gouvernance à réinventer

La question de la gouvernance a également traversé tous les débats et s'est exprimée plus particulièrement lors de la table ronde finale. Les travaux de l'Union sociale pour l'habitat et des associations régionales ont contribué à rapprocher le Mouvement Hlm et les collectivités autour de réflexions et de démarches communes. Mais ils ne peuvent répondre, seuls, aux interrogations sur la gouvernance du logement. Si le diagnostic est connu et largement partagé, les réponses tardent à se concrétiser. D'où une attente forte à l'égard d'un acte III de la décentralisation, surtout si celui-ci pouvait clarifier le rôle des acteurs et redéfinir la place d'un Etat davantage stratège...

Forts de l’écho rencontré par cette journée, la Fnau et l’Union sociale pour l'habitat ont appelé à poursuivre un travail commun entre les deux réseaux, au niveau national comme au niveau local, sur l’ensemble de ces questions.

Dominique Belargent, Responsable du département des politiques territoriales de l’habitat, Union sociale pour l'habitat

Elisabeth Gras, Chargée de mission relations institutionnelles et partenariat, Union sociale pour l'habitat