Concertation 20.03.2013

5 enjeux de la concertation vus par les associations de locataires

Loyers et charges, services aux habitants, précarité, développement durable…les cinq grandes associations nationales d’habitants reviennent sur les actions mises en place avec les organismes et font part de leurs attentes.

« Développer ensemble des services aux habitants », Aminata Koné, secrétaire générale de la Confédération syndicale des familles (CSF)

« De nombreux quartiers restent aujourd’hui dépourvus de services aux habitants. Pour pallier cette situation, les associations comme la nôtre et les organismes Hlm doivent renforcer leurs partenariats. Plusieurs initiatives ont déjà été mises en place avec l’appui des bailleurs, au travers de cofinancements ou de mises à disposition de locaux. Nous proposons, ainsi, des services de proximité aux habitants (structures pour la petite enfance, laveries associatives…) et favorisons leur insertion professionnelle (cours de français…). À l’échelle des quartiers, nous avons mis en place des opérations pour favoriser le bien-vivre-ensemble ainsi que la cohésion familiale. Ce contact permanent avec les habitants nous permet, par ailleurs, de faire remonter leurs besoins auprès des organismes. Néanmoins, les initiatives des organismes avec lesquels nous travaillons doivent se généraliser. » 

« Renforcer le dialogue en amont sur les loyers », Serge Incerti-Formentini, président de la Confédération nationale du logement (CNL)

« Le dialogue sur la question cruciale des loyers et des charges doit s’effectuer en amont des prises de décision. Avant d’envisager toute opération qui impacterait les loyers, il est essentiel que l’organisme présente le plan financier aux locataires et en discute avec eux. C’est la condition nécessaire pour éviter tout blocage de leur part. La loi SRU a permis plus de concertation, mais il faut aujourd’hui aller plus loin dans ce dialogue. Les deux réunions annuelles avec les organismes, prévues dans ce cadre, sont insuffisantes.

De manière plus large, cet échange doit aboutir à la mise en place d’un nouveau mécanisme dans la construction des loyers à travers une concertation à l’échelle nationale. Cela passe par une meilleure reconnaissance du rôle de nos associations, qui sont avant tout porteuses de projets. »

« L’expertise des habitants est indispensable sur questions énergétiques », Valérie Gervais, secrétaire générale de l’Association Force Ouvrière consommateurs (AFOC)

« L’énergie est le premier poste des charges pour les locataires. Cette thématique doit donc faire l’objet d’une concertation approfondie avec les habitants. Dans ce domaine, il y a tout un travail d’information et de pédagogie à développer. Les habitants doivent avoir un droit de regard du début à la fin d’une opération de rénovation thermique, en ayant accès au diagnostic énergétique, ainsi qu’aux résultats obtenus en termes de performance. Les bailleurs ont tout intérêt à échanger avec les habitants lors de ce type de travaux car, en tant qu’usagers, ces derniers sont les seuls à avoir une vision pratico-pratique des choses. C’est la prise en compte de cette expertise qui permettra de faire les bons choix.

Tout ne peut pas être réglé de la même manière et seuls les conseils de concertation locative permettent de s’adapter à des situations locales toujours différentes. »

« Nous sommes les mieux placés pour détecter les situations de précarité », Michel Fréchet, président de la Confédération générale du logement (CGL)

« Le cas des familles les plus démunies et les risques d’expulsion sont difficilement abordables dans le cadre de la concertation locative. Les habitants concernés n’osent pas en parler, de peur d’être stigmatisés. Au plus proche des habitants, les associations sont dans une position privilégiée pour détecter les personnes les plus en difficulté et en informer les organismes afin de trouver ensemble des solutions.

De manière plus générale, le dialogue avec les organismes doit être renforcé. Sur le terrain, les décisions restent trop souvent imposées par les bailleurs et les thèmes les plus importants ne sont pas toujours abordés (loyers, gestion locative…). Au-delà de la consultation des habitants, les conseils de concertation locative, doivent être des lieux de codécision.

Au niveau des grandes associations nationales, le dialogue doit être régulier. Les vrais changements au service des habitants ne pourront se faire sans nos associations, or nous manquons aujourd’hui de moyens financiers et matériels pour jouer pleinement notre rôle. »

« Impliquer les habitants sur la thématique du développement durable », Simone Bascoul, vice-présidente de Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV), en charge du secteur habitat

« À l’heure où la précarité énergétique touche plus de 3,4 millions de Français (source Anah), les solutions pratiques en termes de développement durable doivent être trouvées entre organismes et locataires. Pour impliquer les habitants dans cet échange,  la CLCV, en lien avec plusieurs organismes, assurent des missions d’éducation populaire. Cela passe notamment par des opérations de sensibilisation. Nous faisons du porte-à-porte, nous organisons des réunions, nous réalisons des enquêtes ainsi que des livrets informatifs, notamment pour apprendre les bons gestes. C’est cette coproduction d’information avec les organismes qui permettra d’aboutir à un débat efficace avec les habitants. En la matière, plusieurs questions cruciales, liées à la mise en place d’énergies renouvelables ou aux travaux de performance sur le bâti, doivent intégrer le point de vue des habitants en tant qu’usagers. Pour les mobiliser et les engager dans ce dialogue, nos associations ont besoin de plus de moyens. »