Maîtrise d'ouvrage 10.10.2012

"Les Hlm sont des moteurs de l'innovation dans la maîtrise d’ouvrage du bâtiment"

François Pélegrin, architecte urbaniste, président d’honneur de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (UNSFA) dont il a été le président de 2001 à 2005.

François Pélegrin, DR UNSFA

"La réussite d’un projet repose sur une maîtrise d’ouvrage à la fois forte, juste et constante. Le bailleur social doit être très professionnel, à travers l’élaboration d’un programme clair et la réalisation des études de faisabilité nécessaires. Il doit également suivre au mieux l’évolution de son parc en aval du projet. Par ailleurs, le bailleur doit se donner les moyens de ses ambitions à travers une rémunération juste des prestataires, en adéquation avec ses demandes. Enfin, pour que le projet garde toute sa cohérence, il doit rester constant et ne pas changer fondamentalement le programme en cours de route.

D’après mon expérience et au vu de ces critères, j’estime que la maîtrise d’ouvrage Hlm en France est plutôt performante. Récemment, elle a connu des évolutions importantes, notamment à travers la loi Warsmann, qui offre aux bailleurs la possibilité de ne plus réaliser de concours. Cela est regrettable car ces derniers favorisent des réflexions architecturales poussées et sont donc gages de qualité. En laissant plusieurs choix aux bailleurs, ils permettent de développer la diversité des projets et de ne pas figer le parc Hlm sur un modèle commun. Ils sont un élément nécessaire de l’innovation dans la maîtrise d’ouvrage Hlm.

Par ailleurs, la loi Boutin permet aux organismes Hlm d’avoir désormais recours à un contrat unique, portant simultanément sur la réalisation des études et des travaux. Cette procédure dite de conception-réalisation induit un très grand professionnalisme de la part du bailleur. Il devra investir suffisamment, s’impliquer davantage dans le projet tout en respectant le rôle de chacun des prestataires.

De tout temps et dans tous les domaines, le monde Hlm a été à la pointe de l’innovation. Les réalisations expérimentales du PUCA (Plan urbanisme construction architecture) lui ont permis d’expérimenter et de concrétiser des projets novateurs. Aujourd’hui, les programmes tels que CQFD (Coûts, qualité, fiabilité, délais), ou REHA pour la réhabilitation, vont dans le même sens. À travers ces dispositifs, le monde Hlm a pu prendre le temps et le recul nécessaires pour faire évoluer ses pratiques et entrainer les acteurs de la construction dans l’innovation.

De plus, concernant la performance énergétique, il faut noter aujourd'hui que la construction de bâtiments très performants n’est pas incompatible avec la maîtrise des coûts, comme dans le cadre du programme CQFD. Mais les bailleurs doivent raisonner sur le moyen terme, c’est-à-dire en coût global. Il faut viser la haute performance énergétique du premier coup pour éviter des réhabilitations coûteuses tous les 10 ans, et ne pas oublier toutes les autres performances (environnementales, urbaines, accoustiques…) qui concourent à la qualité de vie."