Politique de l'habitat 20.02.2012 Rédigé par Béatrix Mora

Premier bilan de la rénovation urbaine

Les politiques urbaines axées sur les seules réhabilitation et requalification des formes urbaines héritées des années 60 ont montré leurs limites. Aussi, les pouvoirs publics ont-ils impulsé une nouvelle dynamique.

Un chantier de rénovation urbaine, à Strasbourg.

En 2000, avec les Grands Projets de Ville, puis en 2003 avec le Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU) et l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU), des politiques publiques ambitieuses ont été lancées pour transformer en profondeur près de 500 quartiers d’habitat social, avec pour but de stopper la spirale de la ségrégation spatiale de ces quartiers longtemps relégués aux marges du reste de la ville.

Développer la diversité et la mixité urbaine

Accueillir une plus grande diversité urbaine dans ces quartiers, les rendre plus attractifs et ouverts, permettre une meilleure insertion de leurs habitants dans l’environnement urbain, tels ont été les objectifs de ces politiques. Des objectifs qui se sont notamment traduits par une diversification des statuts de l’habitat, des fonctions et des formes architecturales ; et la création d’équipements publics et d’espaces publics de grande qualité, favorables au brassage social et à l’échange.

Une vision partagée de la place des quartiers dans la ville

Les projets de rénovation urbaine (PRU) ont été l’occasion de faire évoluer la place et le rôle des quartiers au sein de la ville. Cette vision a été portée par la collectivité locale et partagée par tous les acteurs locaux concernés. Ainsi, les organismes Hlm ont pu mettre leurs actions patrimoniales (démolition et réhabilitation) au service d’un projet de territoire commun. La construction de cet engagement collectif devrait permettre, à l’avenir, de ne plus laisser ces quartiers à la seule gestion Hlm, et d’en faire des quartiers de leur ville à part entière.

Une meilleure répartition de l’offre de logements sociaux

Dans le cadre du PNRU, des démolitions de logements sociaux sont opérées. Soit parce qu’ils étaient obsolètes, soit parce que la création de voies ou d’espaces publics les rendaient nécessaires. Les opérations de reconstruction des logements démolis en nombre équivalent sont l’occasion, pour les acteurs locaux, de s’interroger sur l’équilibre de la répartition spatiale de l’offre en logement social au sein de la ville et de l’agglomération. Ainsi 45 % des logements démolis sont reconstruits hors du quartier rénové, permettant une déconcentration des résidences Hlm dans les territoires.

Une amélioration générale de la qualité du cadre de vie

L’impact des projets de rénovation sur l’amélioration de la qualité de l’habitat et sur les conditions de vie quotidienne des habitants dans les quartiers concernés est indéniable :

  • Les habitants retrouvent la fierté de leur cadre de vie et le sentiment d’appartenir à la ville comme les autres citoyens ;
  • Les éléments architecturaux et urbains les plus stigmatisants sont peu à peu supprimés (grandes barres, dalles, immeubles très dégradés et dévalorisés…) ;
  • La réorganisation des quartiers en unités résidentielles introduit une échelle de vie intermédiaire entre le quartier et l’immeuble. Ceci devrait faciliter la construction de nouveaux liens sociaux et l’émergence d’un nouveau rapport au quartier pour les habitants ;
  • Le relogement et la reconstruction d’une offre de logements sociaux plus diversifiée en termes de produits et de formes architecturales (petits collectifs, maisons de ville…) ouvrent aux habitants la possibilité de nouvelles trajectoires résidentielles ;
  • La réorganisation du foncier et du maillage des voies permet enfin aux quartiers de s’inscrire dans la dynamique et les réseaux de mobilité de la ville. Cet effet de désenclavement offre la possibilité aux habitants d’accéder plus facilement à toutes les ressources de leur environnement, pôles d’emploi, offre culturelle, services administratifs…

Mixité, cohésion sociale, sécurité : les axes d’amélioration de la rénovation urbaine

Des incertitudes demeurent. L’efficacité des PRU peut souffrir de l’insuffisante prise en compte des dimensions de développement et de cohésion sociale dans le projet global. Le PNRU peut en effet échouer s’il ne peut constituer un levier pour l’insertion sociale des populations grâce à un projet social de territoire mené de front. Ainsi, passée la phase de satisfaction liée à l’amélioration de l’habitat, un sentiment de déception gagne les habitants qui continuent d’être confrontés à des situations difficiles sur le plan social et économique.

Par ailleurs, certains quartiers sont confrontés à des situations extrêmes d’insécurité : la prégnance de ces problèmes risque de mettre en échec les projets de requalification urbaine et rend très difficile l’exercice de la gestion quotidienne tant par les agents des bailleurs que par ceux des collectivités.

Enfin, le défi de la mixité urbaine exige du temps, et appelle des politiques intercommunales de l’habitat plus affirmées afin que la rénovation urbaine porte tous ses fruits en la matière.

Pour un nouveau Programme National de Rénovation Urbaine

Le PNRU 1 n’est qu’une étape dans l’évolution urbaine des quartiers d’habitat social. Dans plus de la moitié des quartiers traités, l’effet levier des premiers investissements n’est pas suffisant pour intégrer ces territoires dans la ville. Dans les quartiers de grande taille notamment, s’arrêter à cette phase d’investissements risquerait de remettre en cause les premiers résultats. Par ailleurs les quartiers qui n’ont pas été rénovés sont gagnés, par contraste, par un processus de dévalorisation. Pour toutes ces raisons, l’Union sociale pour l’habitat estime qu’un PNRU 2 devrait être lancé dans la continuité du premier.

Béatrix Mora, Directrice du service des politiques urbaines de l'Union sociale pour l’habitat.