L’habitat social, une réponse majeure à la crise

Nous reproduisons ici la tribune de Thierry Bert, délégué général de l’Union sociale pour l’habitat, parue le 25 avril 2012 sur le site internet du quotidien Le Monde.

Thierry Bert, délégué général de l'Union sociale pour l'habitat © USH

Les grandes campagnes électorales, lorsqu’elles se jouent dans des périodes socio-économiques difficiles et incertaines, exacerbent les inquiétudes et les opinions critiques dans la population. Les Français savent bien qu’en de telles occasions, leurs désirs ou leurs mécontentements sont mieux écoutés.

Le deuxième baromètre annuel que le Mouvement Hlm a présenté en avril 2012 sur le logement social n’échappe pas à cette règle. Les bons résultats enregistrés en 2011 par la première enquête sur l’image et la qualité globale des logements sociaux se sont en effet dégradés, alors que, dans la réalité l’état du parc Hlm n’a été d’aucune façon altéré un an plus tard. En revanche, la peur du déclassement social et la crise généralisée du logement soutiennent à l’évidence une perception globalement plus négative de la situation du logement en France.

L’enseignement majeur de ce baromètre, compte tenu de la période où il nous arrive, c’est ailleurs qu’il faut aller le chercher : dans le message politique fort que la population, dans son ensemble, exprime en faveur du logement social. Celui-ci, on le voit bien, n’est pas considéré comme une variable d’ajustement marginale mais bien comme un pan majeur de l’offre résidentielle, et plus largement sociale, du pays. Comment en serait-il d’ailleurs autrement quand on sait qu’en France 10 millions de locataires résident en Hlm, et que la précarisation de beaucoup de ménages, y compris parmi les professions intermédiaires, en raison d’un coût prohibitif des loyers dans les grandes agglomérations, s’accompagne de centaines de milliers de demandes non satisfaites.

Le logement cristallise beaucoup des préoccupations de la population. Pour la très grande majorité, c’est de loin la première dépense du foyer et il impacte donc fortement le pouvoir d’achat des ménages. L’habitat, c’est aussi un cadre de vie dans lequel se joue l’épanouissement social et culturel des individus et des familles. C’est enfin le lieu à partir duquel se vit l’appartenance à la Cité, au vivre ensemble, au pacte républicain et à ses valeurs. Tout cela est très loin d’être anodin.

Ce baromètre 2012 révèle clairement une demande citoyenne : les Français veulent plus de logement social, pour un logement plus solidaire, une société plus mixte et plus juste. Les Français plébiscitent la construction de logements sociaux, bien avant l’accès à la propriété et le développement de l’offre locative privée. Pour 91 % des sondés, construire davantage de logements sociaux est une priorité. 80 % estiment qu’il n’y a pas assez de logements sociaux en France, et une personne sur deux considèrent qu’il n’y en a pas assez dans sa propre commune. On est loin des caricatures du Français égoïste qui veut bien des Hlm partout, sauf à côté de chez lui !

Pour 70 % des Français, les responsables politiques ont les moyens d’améliorer les choses. Ces attentes s’expriment à l’attention des pouvoirs publics et, bien sûr, vers le futur Président de la République. Celui-ci devra prioritairement limiter les niveaux des loyers, priorité n°1 pour 47 % des sondés. Il devra en outre résoudre le problème de l’offre et de l’accès pour mieux répondre à la demande de logement. Faciliter l’obtention de Hlm, augmenter l’offre disponible, favoriser une réponse solidaire envers les populations les plus fragiles : pour un tiers d’entre eux, les Français attendent des actes de leur Président sur ces questions.

En affirmant ne pas vouloir spécialiser le logement social dans l’accueil des plus pauvres, les Français confirment enfin, dans ce baromètre 2012, leur choix de société. Ils s’opposent à une vision « résiduelle » du logement social qui devrait se concentrer exclusivement sur l’accueil des plus démunis. 80 % de la population réaffirme son attachement au renforcement de la mixité, comprise de 3 façons : urbaine d’abord, puisque 86 % des personnes interrogées veulent que les logements soient répartis sur l’ensemble du territoire de la commune ; sociale ensuite, en souhaitant des attributions à de plus larges catégories sociales ; culturelle enfin, en prenant acte à 55 % que les organismes évitent toute discrimination dans l’attribution des logements.

Bien que les Français trouvent encore timide le traitement de ce thème dans la campagne présidentielle (71 % jugent que les candidats n’y accordent pas une place assez importante), il est indéniablement plus présent qu’en 2007. Quel que soit le résultat des urnes, il est fondamental pour le pacte républicain que le logement social reste un sujet de mobilisation politique.

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