Rénovation urbaine 22.02.2012 Rédigé par Isabelle Sery

Après la rénovation urbaine, la nouvelle ambition de la gestion urbaine de proximité

Les quartiers rénovés doivent faire l’objet d’une gestion de proximité performante pour conforter la qualité retrouvée du cadre de vie.

"Les habitants ont besoin d'être accompagnés pour s'approprier l'usage de leur nouveau quartier"

Qualité de l’habitat, des équipements, recomposition urbaine, désenclavement, la rénovation urbaine a incontestablement engagé une dynamique positive dans les quartiers. Mais cette réussite ne doit pas conduire à sous-estimer l’importance de la gestion urbaine de proximité pour consolider les acquis et pour poursuivre la dynamique engagée avec la rénovation urbaine.

Définir un projet de gestion urbaine de proximité adapté au quartier rénové

Les quartiers ayant bénéficié d’une rénovation restent fragiles : certaines cohabitations entre anciens et nouveaux résidents ne vont pas de soi, les repères sont bouleversés tant pour les habitants que pour les équipes de proximité. Certains aménagements doivent être ajustés au dispositif de gestion urbaine de proximité et aux usages. Les effets de la rénovation urbaine sur le fonctionnement urbain et social ne se mesureront qu’avec le temps. Les habitants vont-ils utiliser les espaces de stationnement de la façon dont le projet de rénovation urbaine l’a imaginé ? L’espace de jeux dans l’espace résidentialisé va-t-il être utilisé ? Les halls reconfigurés vont-ils permettre d’éviter les regroupements à l’intérieur des immeubles qui perturbent la tranquillité des résidents ? La réouverture des caves va-t-elle empêcher l’encombrement des balcons ? La meilleure isolation phonique va-t-elle pacifier les relations de voisinage ?...
La condition fondamentale de la réussite d’un projet de rénovation urbaine d’un quartier réside dans une approche au près des réalités du quartier rénové. L’importance des transformations urbaines nécessitera de redéfinir un projet de gestion de proximité, en concertation avec les acteurs locaux, et en premier lieu les collectivités, afin de porter de nouvelles ambitions pour les quartiers rénovés.

Identifier au plus tôt les signes de dysfonctionnements par une gestion préventive

La rénovation urbaine a apporté, au bénéfice des gestionnaires, personnel de proximité des villes et des bailleurs, une remise à niveau technique des différents espaces qui va en faciliter l’entretien. L’enjeu est aujourd’hui de mettre en place une gestion préventive par l’organisation d’un système de veille, afin d’identifier au plus tôt les signes de dysfonctionnements : dégradations, usages inappropriés de certains espaces, mauvaise coordination entre les services techniques des villes et des bailleurs, manque  d’entretien… Ce système de veille sera d’autant plus performant qu’il associera les différents gestionnaires et usagers du quartier permettant ainsi, au-delà des symptômes, d’en  rechercher les causes pour mieux calibrer la réponse : gestion renforcée, accompagnement des usages, petits travaux d’ajustement… Le système de veille, pour être opérant, devra s’accompagner d’une réponse très réactive derrière chaque signalement, afin de demeurer dans le registre de la prévention. Pour ce faire, il faudra que ville et bailleurs mobilisent leurs capacités de réactivité. La coordination entre les différents acteurs du territoire devra ainsi être établie pour que toute la chaîne de la proximité fonctionne en temps réel.

Adapter la gestion de proximité aux évolutions du cadre de vie

La nouvelle configuration du quartier nécessite d’adapter la gestion aux évolutions du cadre de vie pour les habitants, et aux évolutions du cadre de travail des personnels de proximité. Les habitants devront être accompagnés. En effet, ils auront besoin de comprendre le fonctionnement et les usages des nouveaux équipements et aménagements du quartier (par exemple : nouvelles activités de la maison de quartier, modification des espaces de stationnement…). De même, les locataires auront besoin d’information et de conseil pour bien utiliser les équipements des logements neufs, réhabilités, résidentialisés (par exemple : maîtrise du système de chauffage,  collective sélective des déchets, utilisation des locaux collectifs, des espaces verts…)
Les personnels de proximité auront, pour leur part, à intégrer des modes de gestion différenciés en fonction de chaque segment de la nouvelle configuration du patrimoine (tours, petits collectifs, habitat individuel, espaces verts privatifs...). Cela pourra nécessiter de nouvelles compétences (entretien des espaces verts par exemple) mais aussi de nouvelles postures professionnelles afin de prolonger l’espace de dialogue qui s’est construit avec les habitants à l’occasion des travaux dans le quartier.

Etre à l’écoute des habitants et les associer à la gestion

Enfin, avec la rénovation urbaine, les habitants ont retrouvé une certaine confiance dans l’action publique, contrant ainsi le sentiment d’abandon, mais ils attendent une continuité de l’attention qui leur a été portée. Maintenir le dialogue et l’écoute, mieux les impliquer dans la gestion de leur cadre de vie sera un enjeu décisif pour l’avenir des quartiers.

Isabelle Sery, responsable du département Gestion urbaine et sociale des quartiers de l'Union sociale pour l'habitat