Rénovation urbaine 22.02.2012

Une révolution culturelle pour les bailleurs sociaux

Au-delà de ses répercussions attendues en termes d’habitat, la rénovation urbaine a entraîné une mutation profonde du métier des bailleurs, qui se sont forgés une véritable culture de l’urbanisme. C'est du moins l'analyse que livre Laurent Bécard, architecte urbaniste du cabinet Bécard & Palay.

Maquette du PRU de Clichy-Montfermeil (93), présentée aux habitants lors d'une concertation

En matière d’urbanisme en France, il y a un avant et un après "Programme National de Rénovation Urbaine". La loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003 a non seulement opéré le renouvellement urbain de 500 quartiers sur le territoire français, mais elle a également conduit à des changements profonds de mentalités de la part des acteurs concernés, collectivités et organismes Hlm. Cette évolution, qui se poursuit, a pu être observée par des urbanistes spécialisés dans la rénovation urbaine.

Naissance d’une culture de l’urbanisme en France

« Avant 2003, les bailleurs sociaux étaient détenteurs d’une culture de… bailleurs. Ils faisaient leur métier de bailleur, le faisaient bien, mais ne faisaient que cela», analyse Laurent Bécard, « le PNRU, en portant une volonté politique de rénovation urbaine ambitieuse, a poussé les acteurs du logement social à se forger une vraie culture de l’urbanisme ».

Mais cette culture ne s’est pas faite en un jour. « La radicalité du PNRU », en décrétant la réhabilitation lourde de quartiers dégradés après trente années de replâtrages, a eu des effets positifs et négatifs. « La loi de 2003 a eu le mérite d’imposer des restructurations profondes et durables dans des endroits qui en avaient bien besoin », souligne Laurent Bécard, « mais elle a pu pousser à aller trop loin et à miser trop vite sur la démolition pure, sans réflexion préalable, notamment sur la possibilité d’une véritable réhabilitation du patrimoine social ».

Rénover en voyant plus loin que la seule réhabilitation

Le tout-démolition a en effet rapidement montré ses limites. « Certains Projets de rénovation urbaine (PRU) ont pu se contenter de démolir et reconstruire des logements au sein d’une même ZUS, sans voir plus loin », rappelle Laurent Bécard ». « Mais d’autres, souvent démarrés après les premiers, ont intégré une vraie réflexion sur la qualité  urbaine des quartiers rénovés». 

Cette notion relativement nouvelle de qualité appliquée à l’urbanisme englobe en fait deux grandes réalités :

  • d’une part, la qualité de l’insertion du PRU dans son environnement urbain ;
  • d’autre part, de la concertation avec les habitants, accompagnée d’un certain respect de l’existant (équipements auxquels les habitants tiennent).

Insérer les quartiers dans leur environnement urbain

Au fil des ans, les PRU ont, de plus en plus, intégré des Schémas intercommunaux de cohérence urbaine (SICU) afin de penser la relation des quartiers au reste des villes (maillage routier et de transport, équipements publics, voies d’accès). A Reims, par exemple, la rénovation du quartier Croix-Rouge a été réalisée après deux autres PRU. Ses concepteurs et donneurs d’ordres ont donc pu prendre le temps de penser l’opération dans la globalité du territoire. De même la rénovation du quartier Hautepierre à Strasbourg a abouti à reconstituer une offre de 360 logements hors du quartier, de manière à développer la mixité urbaine et sociale. Aujourd’hui, « Un PRU réussi, c’est un PRU qui est étudié à l’échelle intercommunale », résume Laurent Bécard.

Ecouter les habitants, respecter l’existant

La rapidité de mise en œuvre du PNRU a parfois conduit les acteurs à ne pas prendre le temps d’écouter les habitants des quartiers concernés, ou à penser les PRU en amont sans tenir compte des demandes ou avis des résidents. Pourtant, cette écoute permet d’optimiser les PRU, ne serait-ce qu’en introduisant une dimension de respect de la qualité existante, comme des équipements ou aménagements auxquels les riverains sont particulièrement attachés...). « Les habitants savent faire tomber les tabous des élus ou des maîtres d’œuvre  sur le maintien ou la démolition de tel ou tel élément d’un quartier», note Laurent Bécard.

Une culture commune, à conserver et à développer

Comment les organismes Hlm se sont-ils appropriés cette culture de la qualité urbaine ? En acceptant de prendre le temps de la réflexion et de la concertation, en acceptant de remettre leur métier en perspective, en dialoguant avec les urbanistes, en intégrant même la fonction urbaniste dans leurs équipes… « Les acteurs du logement concernés par le PNRU ont, en quelque sorte, vécu une formation accélérée en urbanisme », explique Laurent Bécard, « C’est une nouvelle et fantastique culture commune qu’il ne faut surtout pas se laisser perdre dans l’attente d’un PNRU 2 ». Pour entretenir cette culture, le spécialiste invite les organismes Hlm à s’impliquer encore davantage dans les éco-quartiers, devant le plus souvent intégrer 20 ou 30% de logements sociaux, qui sont de véritables laboratoires de la ville de demain.