Rénovation urbaine 20.03.2012

"Un chantier loin d’être terminé"

À bientôt 10 ans du lancement du Programme national de rénovation urbaine (PNRU), quel premier bilan peut être établi ? Entretien avec Laurence Dini, consultante urbaniste au sein du cabinet GERAU Conseil.

Laurence Dini

Selon vous, qu’est-ce qui a changé après presque 10 ans de rénovation urbaine dans les quartiers?

"Tout d’abord un changement physique concret, spectaculaire souvent, de la physionomie des quartiers. Le bâti et les espaces ont été modernisés et requalifiés, des voies nouvelles percées. L’objectif général d’amélioration du cadre de vie a été rempli, et les habitants de ces quartiers ont une perception réelle de ces changements (cf Etude USH sur l’évaluation dans 10 PRU). Les ménages relogés en particulier ont fait part dans différentes enquêtes d’une amélioration de leur condition de logement, et d’un accompagnement social soutenu.

A une autre échelle, le renouvellement urbain a pu produire une meilleure répartition du logement social dans les agglomérations, puisque les opérateurs étaient encouragés à reconstituer les logements démolis à la fois dans et hors les quartiers traités. Ce mouvement de déconcentration est toutefois inégal selon les endroits : la région parisienne fait, en la matière, figure de mauvais élève, en raison du manque de politiques intercommunales. Ailleurs, certaines intercommunalités se sont renforcées grâce à cette politique.

Autre élément important, le PNRU a induit une forte dynamique de partenariat entre les acteurs concernés (collectivités, bailleurs sociaux, Agence nationale de rénovation urbaine, intercommunalités),  qui ont été « obligés de  faire ensemble », dans le cadre des Conventions de Rénovation urbaine, L’efficacité de ce cadre contractuel, doté d’engagements concrets, est reconnu partout."

Les quartiers sont désormais pensés comme parties de territoires plus vastes (transports, développement économique, habitat), et le PRU participe d’une évolution de la culture du territoire. Les organismes Hlm, particulièrement ont été conduits à repenser la place de leur patrimoine dans l’environnement urbain et ses interactions fonctionnelles (voiries, espaces publics, maillage de transports) avec le reste de la ville.

Le bilan du PNRU est donc globalement positif ?

"Sur tous les aspects que nous venons d’évoquer, oui. Mais le PNRU seul ne peut résoudre l’ensemble des problématiques des quartiers. La mixité sociale, notamment, est un objectif loin d’être atteint. Cette ambition relève d’une politique plus large que le seul champ de la rénovation urbaine. L’évolution socio-économique globale a accru la précarisation de nombre d’habitants des quartiers. Les programmes privés ou d’accession ne sont pas encore assez présents pour modifier les équilibres préexistants. Les relogements eux-mêmes ont été majoritairement menés sur place, à la demande des intéressés. Ainsi, le changement d’image, à l’extérieur des quartiers, est-il encore loin d’être opéré, et l’inertie des réputations pèse encore fortement. Les PRU comportent aussi d’autres points de faiblesse. L’école et le commerce de proximité n’a pas été suffisamment pris en compte, comme leviers de cohésion et de mixité sociales, ainsi que d’attractivité résidentielle pour des familles susceptibles de venir s’installer dans les quartiers, puis d’y rester. L’intervention privilégiant l’habitat va trouver ses limites."

Comment se dessine l’avenir de la rénovation urbaine ?

"Le premier PNRU a posé des bases solides. Des bases urbaines notamment, avec la création de nouveaux plans de ville, qui désenclavent les quartiers, et l’apparition de formes bâties plus variées, plus attractives. Mais on a sous-estimé la question de la durée des transformations. La diversité de l’habitat, et la diversité des fonctions (services, activités économiques) sont plus longues à se concrétiser et nécessitent des préalables qui ne sont pas tous satisfaits.

Notons que les projets sont encore loin d’être terminés pour la plupart. Il faut maintenir la dynamique opérationnelle, et poursuivre la rénovation sans interruption. Le critère de la qualité de la vie au quotidien doit guider les programmes futurs, avec une gestion urbaine de proximité (GUP), meilleure et pérenne. On doit pouvoir vivre agréablement dans des quartiers en rénovation longue."