Pouvoir d'achat 01.08.2013 Rédigé par Maxime Chodorge

Pourquoi les ménages ressentent-ils une baisse du pouvoir d’achat ?

A contre-courant du ressenti des ménages, l’Insee rend compte d’une progression du pouvoir d’achat des Français. Une donnée statistique moyenne, qui ignore la diversité des situations. Décryptage de cette "moyenne" qui masque les contraintes croissantes du logement dans le budget des ménages.

Sur la dernière décennie, l’Insee affiche une progression du pouvoir d’achat. Pour l’institut statistique public, la hausse du pouvoir d’achat est réelle. Le revenu global des ménages a en effet cru plus vite que les prix à la consommation. Sur une décennie, le pouvoir d’achat des ménages a ainsi cru de 20 %.

Une progression atténuée par la croissance démographique…

Mais sur la même décennie, la population et le nombre de ménages ont aussi augmenté. Ceci a atténué la progression du pouvoir d’achat à l’échelle individuelle. Par exemple, entre 2000 et 2010, le nombre de ménages a augmenté de 13 % en France. La hausse moyenne de pouvoir d’achat par ménage n’a donc pas été de 20 % mais de 7 %.

… et sans tenir compte de la hausse des prix immobiliers…

Volontairement, le taux d’inflation mesuré par l’Insee ne prend en compte que les dépenses courantes de consommation. L’indicateur intègre la hausse des loyers mais ne prend en compte ni la hausse des prix d’acquisition des biens immobiliers, ni la hausse de la qualité des logements. Il y a certes des raisons rationnelles à ces choix : un logement est autant un produit d’épargne que de consommation, la hausse de la qualité est considérée comme un choix plus que comme une contrainte subie.

Cependant, la hausse des prix immobiliers, et le poids des emprunts pour les accédants à la propriété, sont réels, et on pourrait penser qu'un pouvoir d'achat mesuré en tenant compte de ces charges s'afficherait en baisse.

… qui est aussi une ressource pour de nombreux ménages…

Mais intégrer l’acquisition des logements dans la mesure du pouvoir d’achat pourrait ne pas chambouler l’évolution moyenne d’un indicateur ainsi élargi. Si les prix élevés pèsent sur les budgets des acquéreurs, ils constituent aussi une ressource pour les vendeurs, ou leurs héritiers. Ces flux pourraient bien se neutraliser. En moyenne, les uns perdent de la capacité d’acquisition de logement, que les autres reçoivent comme une ressource.

Un besoin : éclairer la diversité du coût du logement au-delà de la moyenne

Face à l’évolution du poids des dépenses, et des ressources, générées par le logement, l’indicateur Insee ne rend plus compte de l’évolution de la contrainte pour les ménages, qui doivent équilibrer leur budget chaque mois, tout en se logeant. Un indicateur au spectre élargi et pouvant être décliné pour refléter la diversité des situations de logement sur la contrainte budgétaire des ménages reste à créer.

Pour aller plus loin : le dossier de l’Insee sur la mesure et la perception du pouvoir d’achat.