Pouvoir d'achat 01.08.2013

Le logement cher, un problème qui dépasse nos frontières

Chez nos voisins européens aussi, le logement est le premier poste de dépense des ménages. Préoccupation sociale, la cherté croissante du logement pourrait aussi peu à peu être considérée comme un enjeu de politique économique par les instances européennes.

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Les dépenses de logement représentent 22,5 % en moyenne des revenus des Européens, et jusqu’à 41 % des revenus des foyers les plus modestes. Cette dépense a cru de 20% depuis 2000, et 34 % des Européens la jugent disproportionnée. Cette préoccupation est de plus en plus prise en compte par la Commission européenne, pour qui "le coût et la qualité d’un logement doivent être les déterminants-clés du niveau de vie et du bien-être des personnes, en particulier des plus vulnérables".

"Si la cherté du logement n’a pas de définition officielle et s’apprécie en fonction des contextes nationaux, elle est largement ressentie par les Européens - en particulier par les plus modestes. Un écart croissant se creuse entre les plus aisés et les plus pauvres, dans la part qu’ils consacrent à leur logement, accentuant davantage les inégalités sociales", résume Alice Pittini, chercheuse au CECODHAS.

Les conséquences de la cherté des logements en Europe

La crise aggrave les problèmes de cherté du logement en Europe : les ménages s’endettent à des taux de plus en plus élevés pour devenir propriétaires ; ils accumulent les arriérés de loyer, de remboursement de prêts immobiliers, de factures ; et la précarité énergétique augmente, les statistiques européennes estimant que plus de 52 millions d’Européens ne peuvent plus chauffer correctement leur logement. En Espagne, déjà 150 000 familles, surendettées, ont perdu leur logement depuis 2008, et l’on prévoit qu’elles soient au nombre de 500 000 d’ici 2015. Une situation préoccupante socialement, qui ne peut qu’aggraver la morosité économique de l’Europe. 

Les causes de ces évolutions sont connues : une inflation des prix immobiliers et de la facture énergétique, partout en Europe, mais aussi des politiques fiscales qui ont parfois artificiellement soutenu l’accès à la propriété, mêmes des plus pauvres. L’évolution de la structure des logements en Europe reflète, par ailleurs, la part grandissante de la propriété, aux dépens d’une offre locative abordable.

La pénurie de logements abordables pèse sur les plus modestes

Dans son dernier rapport sur la cherté du logement, le CECODHAS rappelle que les prix à l’achat ont augmenté quasiment partout en Europe de manière particulièrement prononcée sur les 9 ans qui ont précédé la récession économique internationale. Dans le même temps, elle note que la structure des marchés du logement a évolué. Depuis les années 1980, la part des logements détenus en propriété augmente, aux dépens de celle des locations, en particulier du logement social. Dès lors, ce sont les ménages les plus modestes qui subissent la pénurie croissante de logements abordables.

Le logement social : un rôle de stabilisation à jouer

Dans ce contexte, les listes d’attente pour des logements sociaux s’allongent : 1,8 million de demandeurs en Angleterre, 1,2 million en France, 630 000 en Italie. La crise aussi accentue cette demande, avec une progression de 75 % de demandeurs en Irlande depuis 2008. Le logement social, une solution qui doit être portée au niveau européen ? Pour Alice Pittini, "l’offre de logements sociaux peut avoir un impact positif sur la stabilité des marchés immobiliers, donc sur l’économie en général. Les Etats Membres devraient considérer le logement abordable comme un levier de politique sociale mais aussi économique. La Commission européenne elle-même le reconnaît dans ses récentes déclarations : si les foyers les plus modestes se voient de plus en obligés de devenir propriétaires par manque d’alternatives, cela ne peut que creuser les inégalités en matière de logement. Il est donc nécessaire d’encourager un marché locatif stable en Europe"(1).

Qu’est-ce qu’un logement cher ?

Jusqu’où un logement est-il abordable, et à partir de quel seuil devient-il trop cher ? Il n’existe pas de définition officielle au niveau européen, et les perceptions varient d’un pays à l’autre. Cependant, l’on admet souvent en Europe qu’une personne qui dépense plus de 30 % de ses revenus pour payer son loyer ou rembourser ses traites supporte une charge excessive, voire 40 % si l’on retient la définition d’Eurostat, qui prend en compte les factures liées au logement, les aides au logement… 12 % de la population se trouve dans cette situation.

(1) Commission européenne – Quarterly report on the Euro area, Volume 10 N.3 – 2011 : « The share of social housing has a negative relationship with macro economic imbalances (…) if low incom households are more or less forces to become homeowners because of the lack of alternatives, reducing the occurrence of housing imbalances involves forstering a stable and properly functionning market ».