Jeunes cherchent logements !

Le logement a constitué un sujet prioritaire de l’élection présidentielle pour près de 40% des jeunes selon le 2ème Baromètre d’image du logement social. Plus qu’une question d’âge, la difficulté des jeunes à se loger témoigne d’évolutions profondes auxquelles devra répondre le prochain quinquennat.

Résidence étudiante à Massy - © Efidis

Les résultats du 2ème Baromètre d'image du logement social, dévoilés le 12 avril, confirment les différentes enquêtes publiées au cours des six derniers mois : le logement est, bien plus qu’en 2007, au cœur des préoccupations des Français, dans un contexte de profonde crise économique et sociale qui renforce des difficultés préexistantes sur ce front.

Le logement : une préoccupation très forte des jeunes et de leurs familles

Chez les jeunes, cet enjeu ressort de manière encore plus forte. Pour 41% des 25-34 ans, le logement est un sujet prioritaire de l’élection présidentielle, contre 28% toutes classes d’âge confondues. 63% des moins de 35 ans déclarent discuter fréquemment du logement avec leurs proches (contre 50% dans l’ensemble de la population). Face à l’insuffisance de petits logements dans le parc social et des délais d’attente souvent incompatibles avec leurs besoins de mobilité, les jeunes se tournent majoritairement vers le secteur locatif privé, où ils subissent le taux d’effort le plus élevé de toutes les classes d’âge. Et cela, quand ils réussissent à y entrer : demande de garants, même au-delà de 30 ans, de ressources mensuelles équivalentes à trois fois le loyer, d’un CDI, etc. venant transformer la recherche d’un logement en véritable parcours du combattant. Quant à l’accession à la propriété, elle n’est envisageable qu’au bénéfice d’un fort apport familial.

Une situation qui, si elle n’affecte pas tous les jeunes avec la même acuité, les pénalise dans leur insertion professionnelle (comme le souligne une enquête du CREDOC pour le MEDEF), quand elle ne les expose pas à la précarité et à l’exclusion (voir par exemple le rapport des statistiques d’accueil 2010 du Secours Catholique).

Les jeunes en galère : une question d’âge… ou de génération ?

La question du logement des jeunes n’est pas nouvelle, comme le souligne l’ANIL, mais elle se pose aujourd’hui avec une acuité croissante. La jeunesse représente ce temps particulier d’apprentissage et de transition entre l’enfance et l’âge adulte, le domicile parental et le logement autonome, le célibat et la vie de couple, la formation et l’insertion professionnelle… Or en trente ans, la transition s’est allongée pour accéder à un emploi stable et les phénomènes d’aller-retour entre logement autonome et domicile des parents ne sont pas rares. Beaucoup de jeunes ont témoigné, lors des débats citoyens des États Généraux du Logement, de ces recohabitations qui désorientent tout autant parents et grand-parents, inquiets et culpabilisés de ne pas pouvoir mieux les aider. Ils sentent que « les règles sont en train de changer ».

Plus qu’une question d’âge, les difficultés de logement des jeunes témoignent donc de bouleversements profonds de notre société.

Loger les jeunes : plus qu’une impérieuse nécessité, un investissement d’avenir !

Selon les résultats du deuxième Baromètre d’image du logement social, la moitié des Français envisagent le logement social comme une composante de l’avenir de leurs enfants. 56% des 18-24 ans pensent un jour avoir besoin d'un logement social et 51% des 25-34 ans, contre 40% toutes classes d’âge confondues. 38% des 18-24 ans souhaiteraient pouvoir avoir accès à un logement social dès maintenant (contre 17% dans l’ensemble de la population). Une attente très forte s’exprime ainsi à l’égard du logement social pour inverser une tendance qui a vu diminuer la part des jeunes locataires de moitié en vingt ans.

Elle implique tant de développer des procédures de gestion réactives et adaptées pour traiter des demandes ayant besoin de réponses immédiates, que de mettre en œuvre des solutions diversifiées en termes de produit, de durée d’occupation, de service connexe, le plus souvent en lien avec des partenaires, et selon les territoires. Ces solutions innovantes bénéficient souvent en retour à l’ensemble des locataires, comme les démarches visant à permettre l’enregistrement de la demande en ligne, et permettent de travailler avec les collectivités sur l’attractivité des territoires par rapport à l’emploi.

Ceci ne pourra se faire sans une politique volontariste de développement de l’offre de logements sociaux inscrite dans la durée, que l’Union sociale pour l’habitat détaille, par ailleurs, au travers de ses dix propositions.

Offrir des perspectives aux jeunes générations est non seulement une impérieuse nécessité, c’est aussi un investissement d’avenir pour lequel de nombreux acteurs se mobilisent. En 2010, le Conseil social du Mouvement Hlm avait esquissé un ensemble de pistes ; de même les États Généraux du Logement ont identifié le logement des jeunes comme une question clé de leurs 15 propositions ; les partenaires sociaux ont signé un accord national interprofessionnel le 29 avril 2011; le Grand Emprunt devrait affecter 250 millions jusqu’en 2014 pour l’hébergement des jeunes en alternance à condition que les acteurs proposent des projets innovants…

Autant d’éléments réunis pour faire de cet enjeu un grand chantier du quinquennat, en prenant en compte l’expertise propre des jeunes, leur diversité et celle des territoires dans lesquels ils évolueront.

L’Union sociale pour l’habitat finalise actuellement avec l’Union Nationale pour l’Habitat des Jeunes (UNHAJ) et Habitat & Territoires Conseil (HTC) deux études sur le logement des jeunes en Europe et en France visant à identifier les « bonnes pratiques » favorisant l’accès des jeunes au logement, puis à dégager un ensemble de propositions concrètes pour le cas français, en particulier pour le logement social. Au-delà des spécificités du modèle de société qu’elles reflètent, l’investigation de ces différentes expériences met d’ores et déjà en évidence plusieurs pistes, telle la valorisation de l’expertise des jeunes, l’utilisation des outils numériques ou encore l’adaptation des dispositifs de gestion de la demande. Une publication de ces travaux est prévue pour juin 2012.

 

 

Méthodologie du Baromètre d'image du logement social

Enquête réalisée par téléphone du 6 au 14 mars 2012 auprès d’un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l’ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus et d’un sur-échantillon de 200 locataires de Hlm. Lors du traitement, les résultats de ces deux échantillons ont été agrégés et les locataires de logements sociaux remis à leur poids afin d’assurer la représentativité de l’échantillon. Une question a été posée par téléphone les 26 et 27 mars 2012 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales. Enfin, deux questions ont été posées en face-à-face du 30 mars au 2 avril 2012 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales. Les évolutions se réfèrent au sondage TNS Sofres pour les Etats Généraux du Logement réalisé selon la même méthodologie du 27 au 30 mai 2011.