Politiques sociales de l'habitat 18.05.2012 Rédigé par Dominique Dujols

Agir pour le logement, la croissance et l'emploi

De nombreux acteurs économiques et de l'habitat ont mis en évidence le lien étroit entre accès au logement, accès à l'emploi et activité des entreprises. Ce lien est à nouveau souligné par une récente étude du Crédoc pour le Medef. Il est donc urgent d'agir pour le logement et le logement social.

DR Aorif

L’Union sociale pour l’habitat a ancré ses dix propositions pour les élections présidentielles et législatives dans une logique faisant du logement social un outil au service du dynamisme économique comme de la solidarité. Alors qu’une recherche engagée par Delphis et l’Université Paris-Est à la demande de l’Union sociale pour l'habitat et de la Caisse des Dépôts permet de mieux comprendre l’impact du logement social sur la santé économique d’un territoire, d’autres acteurs mettent également en avant cette thématique.

Le constat partagé d'un lien entre accès au logement et accès à l'emploi

La Fédération des Villes Moyennes sous l’impulsion de son président, Christian Pierret a ainsi inscrit son approche du logement en complète cohérence avec son projet fondé sur la dynamique économique de ces villes.

Les partenaires sociaux, patronat et syndicats, ont négocié au long de l’année écoulée un accord (l’ANI, Accord national interprofessionnel) intitulé « L'accès au logement pour favoriser l'accès à l'emploi ». Ce texte très important vient d’être mis en signature.

Quand les difficultés de logement affectent l’emploi…

Le Medef a commandé une étude au Crédoc, menée auprès des actifs et publiée en avril dernier, concernant le rôle du logement dans la mobilité professionnelle. Cette étude a montré à quel point celle-ci est bridée par les difficultés de logement. Ainsi, 70 % des actifs ont déclaré qu’ils refuseraient un emploi meilleur que celui qu’ils occupent actuellement si cela devait les obliger à déménager en occasionnant un surcoût financier. Et il apparaît qu’en 5 ans, 500 000 personnes ont effectivement renoncé à un poste pour éviter une dépense accrue de logement. 56 % des actifs considèrent que ne pas être obligé de déménager est un critère très important dans le choix d’un nouvel emploi, alors même qu’ils ne sont que 48 %  pour estimer qu’être bien rémunéré est très important dans ce choix.

…et perturbent l’activité économique.

L’organisation patronale vient de confirmer ce constat à travers une nouvelle enquête du Crédoc, menée cette fois auprès des entreprises elles-mêmes : les difficultés causées aux ménages par la hausse des prix de l’immobilier affectent désormais le fonctionnement des entreprises.

Un établissement sur quatre considère ainsi que les problèmes de logement des salariés compliquent le recrutement, un sur cinq évoque des freins à la mobilité interne, et 40 % des établissements sont affectés par les difficultés de logement de leurs salariés. Ce sont les entreprises situées en zones tendues, et particulièrement en Île-de-France et Paca, ainsi que les grandes entreprises, qui sont les plus touchées par le phénomène.

L’étude évoque les stratégies des entreprises, via Action Logement ou par des actions spécifiques. Mais beaucoup sont sans solution, notamment les petites entreprises. Enfin l’étude montre qu’un quart des entreprises sont prêtes à s’investir dans la préparation des politiques locales de l’habitat et les plans locaux d’urbanisme.

Le 1 % doit redevenir un outil de la politique du logement

Dans ce contexte, la demande unanime des acteurs du logement et des territoires de développer fortement l’offre de logements réellement accessibles, et notamment les logements sociaux, prend un sens particulier au moment où devra s’opérer un choix crucial, tant dans le domaine de la maîtrise des finances publiques que dans une stratégie de retour à la croissance : il ne s’agit pas de sacrifier la seconde à la première, mais d’opérer les choix en faveur des dépenses les plus efficaces.

C’est aussi dans ce contexte que les mesures prises récemment à l’encontre de la vocation du 1% Logement, qui est de loger les salariés en développant l’offre, et d’accompagner ainsi le développement économique, apparaissent singulièrement déphasées. Il est urgent de remettre en cause tant le détournement massif des moyens d’Action Logement vers d’autres usages, que les récents décrets, qui enferment l’emploi des fonds qui n’ont pas été prélevés dans des contraintes inacceptables pour le monde Hlm, pour les entreprises et leurs salariés.

Dominique Dujols, conseillère spéciale pour les relations institutionnelles de l'Union sociale pour l'habitat.