30.08.2012

Poésie et vérité des regards d'habitants des grands ensembles

Faire revivre la mémoire des premiers quartiers Hlm de l’Essonne à travers les yeux de leurs habitants, c’est tout l’objet du documentaire « Ils ont filmé les grands ensembles », réalisé par Marie-Catherine Delacroix et Laurence Bazin.

© CINEAM

Qu’est-ce qui a motivé votre projet ?

Marie-Catherine Delacroix : Parmi les archives que je collecte dans l’Essonne, un grand nombre témoignent de l’apparition des grands ensembles et de leurs premiers habitants dans les années 60. Alors qu’actuellement les projets de rénovation urbaine se multiplient, il est important de garder une trace de la vie dans ces quartiers à cette époque. L’objectif est de faire revivre l’histoire de ces lieux auprès de leurs habitants comme auprès de ceux qui n’y vivront jamais. Nous nous sommes focalisés sur plusieurs quartiers, notamment celui de la Croix-Blanche à Vigneux-sur-Seine.

Laurence Bazin : Les films amateurs collectés constituent une source rarement utilisée à la télévision. Au-delà de leur charme et de leur poésie, ils traduisent le regard vrai des habitants sur leur quotidien, battant en brèche certains préjugés véhiculés par les médias.

Quels ont été les choix opérés dans la sélection et le montage des images ?

M-C.D. : Nous disposions de plus de 50 heures de films. Nous avons été guidées par la diversité des histoires, notamment les parcours résidentiels des familles. L’ensemble des images nous a permis de rétablir une pluralité de points de vue sur ces quartiers. Elles nous apprennent beaucoup de l’époque mais nous visions avant tout à transmettre une réalité de manière sensible par un travail de portraitiste. 

L.B. : Il était important de conserver un équilibre entre les différentes anecdotes du quotidien et les thématiques fortes qui se dégagent de ces archives : la disparition de la campagne au profit de l’urbanisation, la force du lien social dans ces nouveaux quartiers, le sentiment d’identification des habitants…

Que vous ont appris ces images ?

L.B. : Au travers de ces documents, on réalise à quel point l’arrivée des habitants dans ces bâtiments s’accompagnait d’un grand espoir. On se rend compte des facilités d’accès à ces logements et du confort qu’ils apportaient à certaines personnes ayant auparavant vécu dans des habitations insalubres. On y voit également des enfances heureuses et encore aujourd’hui un fort attachement à ces quartiers pour les gens qui y ont grandi.

Quelles ont été les réactions des habitants ?

M-C.D. : J’ai d’abord dû les convaincre de me confier leurs films. Beaucoup de temps fut nécessaire pour acquérir leur confiance. Au-delà de la méfiance, la plupart étaient surpris que l’on puisse s’intéresser à leurs histoires.

L.B. : Tout a pris sens lorsqu’ils ont assisté à la diffusion du documentaire. Le travail de montage leur a fait comprendre l’intérêt de ces images pour le grand public. Leurs réactions ont été très positives. 

Ce travail de mémoire va-t-il se poursuivre ?

M-C.D. : Des projections vont être organisées en priorité dans les villes et quartiers évoqués dans le documentaire. Par ailleurs, le travail de collecte des archives au sein des quartiers Hlm en cours de rénovation continue. Car chaque lieu a ses spécificités et sa propre histoire à conserver. Nous ne voulons pas transmettre un message en particulier, il s’agit avant tout de projets de mémoire. Dans le cadre de ce travail, les bailleurs sociaux représentent des partenaires indispensables sur lesquels nous comptons beaucoup. Ils sont les plus à même à nous apprendre l’histoire d’un quartier et faciliter nos prises de contact avec les habitants.

 

Ils ont filmé les grands ensembles, a été diffusé le samedi 26 mai 2012, à 22h, sur Public Sénat.

Vous pouvez visionner un extrait ou acheter le DVD ici.