Maîtrise d'ouvrage 10.10.2012

Un métier en mutation

Quelle que soit leur dimension, les organismes Hlm voient leurs métiers de maîtrise d'ouvrage vivre de profonds changements. Les regards croisés de deux organismes aux problématiques différentes : Archipel Habitat et le groupe 3F.

Anne Bras-Denis et Pierre Paulot, DR réservés

Anne Bras-Denis est directrice générale adjointe Investissements de Archipel Habitat, office public de l'habitat de l'agglomération rennaise. Pierre Paulot est directeur de l’architecture, de l’aménagement et de l’environnement du groupe 3F, qui réunit 14 entreprises sociales pour l'habitat.

Quelles sont aujourd'hui les grandes orientations de votre métier en termes de production ?

Anne Bras-Denis : Nos métiers évoluent et sont devenus bien plus complexes que la seule construction sur terrain vierge. Notre production, concentrée dans l'agglomération rennaise, s'inscrit désormais dans des enjeux forts de renouvellement urbain visant la mixité urbaine, ce qui implique un travail de plus en plus en partenariat avec des opérateurs privés. La remise à niveau du parc, pour laquelle Rennes Métropole nous accompagne, est devenue un enjeu vital sous l'effet de plusieurs évolutions : les ambitions des Grenelle de l'environnement, les évolutions démographiques et économiques avec l'enjeu de l'accessibilité et du maintien à domicile des personnes âgées...

Pierre Paulot : Notre groupe est présent sur une grande partie du territoire national et concentre sa production sur les zones tendues : Ile-de-France, PACA et Rhône Alpes. L'étendue de notre champ d'action nous conduit à répondre à des besoins très différents, que ce soit en habitat individuel ou collectif, en zone urbaine, péri-urbaine ou rurale, pour du logement familial, étudiant, pour de jeunes travailleurs ou pour des Ehpad.

Notre projet d'entreprise 2011-2016 vise à produire 6 000 à 7 000 logements chaque année avec une intensification de notre production sur l’arc méditerranéen et le grand-Ouest. Dans les zones moins tendues, nous sommes plutôt dans une optique d’amélioration ou de renouvellement du parc existant.

En tant que maître d'ouvrage, quels sont vos sujets de préoccupation actuels et futurs ?

Anne Bras-Denis : Une part significative de nos productions se situe dans un cadre de reconquête urbaine, notion plus large que la seule rénovation au sens de l'ANRU. Au sein de secteurs en remodelage complet, nous sommes appelés à véritablement accompagner des politiques publiques, par exemple en développant des projets en lien avec la construction de lignes de métro à Rennes.

De plus en plus, la question de la place du paysage et du végétal dans les projets prend une grande importance dans un contexte de réduction des mètres carrés disponibles. Le travail avec des urbanistes, très en amont des projets, devient ainsi de plus en plus important, de même que l'articulation entre architectes et bureaux d'études afin de maîtriser les coûts des projets. L'ensemble de l'équipe doit ainsi être mobilisée dès les premières esquisses.

Pour l'avenir, notre interrogation principale réside dans les effets de la mixité entre maîtrise d'ouvrage publique et privée sur notre carnet de commande. Car l'objectif légitime de mixité impose de facto une limitation au développement du parc Hlm public. Mais quoi qu'il en soit, dans cet environnement réglementaire, économique et sociétal en profonde mutation, la collectivité territoriale dont nous sommes l'émanation nous demande d'être en capacité d'innover à ses côtés. 

Pierre Paulot : Les politiques publiques, et en particulier le PNRU, nous ont conduits, en tant qu'ESH, à travailler plus en amont avec les collectivités territoriales, ce qui n'était pas nécessairement dans la culture des bailleurs sociaux. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus penser en seuls producteurs, mais en aménageurs des territoires. Ce dialogue a notamment lieu lors des consultations lancées par les villes ou lors des concours d'architecture, qui sont toujours des moments de débat très riches avec tous les acteurs sur la qualité des projets urbains et architecturaux.

De façon plus générale, le niveau d'exigence croissant sur le plan urbain, réglementaire et technique a conduit à professionnaliser fortement la maîtrise d'ouvrage. Auprès des collectivités, nous sommes force de propositions pour la réussite de nos projets communs.

Un de nos sujets de préoccupation est l'inflation des normes, car si elles se fondent sur des principes vertueux, elles entraînent, en l'absence de vision transversale, des incohérences et des coûts en hausse... A titre d’exemple, nous participons actuellement à un groupe de travail avec les pouvoirs publics, les professionnels et les associations pour optimiser la réglementation "PMR" (Personnes à Mobilité Réduite).

Comment votre maîtrise d'ouvrage est-elle structurée pour répondre à ces enjeux ?

Anne Bras-Denis : Nos services de maîtrise d'ouvrage sont dimensionnés pour traiter à la fois des projets dans le neuf, la mise à niveau de l'existant, et l'amélioration constante du patrimoine existant en réalisant 10 millions d'euros de travaux chaque année dans nos logements. Aujourd'hui, nous intégrons dans une même direction nos équipes du neuf et de l'ancien, en les faisant travailler ensemble en mode projet.

Pierre Paulot : Notre échelle nous permet de nous structurer avec des services supports centraux qui apportent appui et expertise, aussi bien en Ile-de-France qu’auprès de nos filiales partout en France. Ainsi, les directions fonctionnelles, comme la direction de l’informatique ou la direction financière ou, sur des sujets plus opérationnels, la direction technique groupe ou la direction du renouvellement urbain, peuvent apporter leurs conseils sur l’ensemble des problématiques. La Direction de l’architecture, de l’aménagement et de l’environnement apporte notamment son concours sur les consultations de maîtrise d’œuvre, sur le développement des projets conformément à notre cahier des charges, ainsi qu'une veille réglementaire et environnementale.

 

Archipel Habitat

15 000 logements
400 logements en production par an
230 salariés
Office public de l'habitat

Groupe 3F

193 500 logements
6 000 logements en production par an
2 850 salariés
14 Entreprises sociales pour l'habitat