Concertation 20.03.2013

Organismes Hlm et habitants : pour une dynamique nouvelle

Comment organismes et habitants peuvent-ils s’impliquer efficacement dans des projets pérennes ? Éclairages avec deux experts intervenant auprès d’organismes : François Ohl, conseiller en stratégie et habitat social, et Michel Bonetti, sociologue au Centre scientifique et technique du bâtiment.

Michel Bonetti, sociologue au CSTB et François Ohl, conseiller en stratégie et habitat social.

Quel bilan tirez-vous de la concertation locative depuis qu’elle a été instituée ?

M. Bonetti : Malgré l’existence de ce cadre formel commun, on assiste à des situations très hétérogènes d’un quartier à l’autre. La qualité de la gestion dépend de l’implication de chaque organisme, des habitants mais également des villes. À certains endroits, les bailleurs effectuent un travail formidable mais ne sont pas assez soutenus par les municipalités.

F. Ohl : Les instances de concertation locatives sont de bons instruments mais elles sont parfois trop déconnectées de la gestion de terrain et du vrai besoin des habitants.

Quelle direction doivent aujourd’hui prendre les relations entre organismes et habitants ?

F. Ohl : La concertation doit aujourd’hui aboutir à la codécision. Aucun projet durable ne peut se faire sans un partenariat en amont entre les organismes, les habitants et aussi les prestataires. Mais cette logique entraîne également une coresponsabilité entre les acteurs. À titre d’exemple, si les habitants ont le droit de discuter des modalités de la mission d’un prestataire, ils doivent en parallèle respecter le bon déroulement de son travail au sein de l’immeuble.

Par ailleurs, il faut que cet échange soit centré sur des sujets concrets et fondamentaux pour les habitants : les charges, la qualité de l’aménagement, l’entretien… Il faut en rester à des enjeux de court terme qui restent lisibles pour tous.

M. Bonetti : Dans cette même logique, il faut que les projets soient développés à une petite échelle au sein des quartiers, auprès de 200 à 300 logements maximum, pour s’adapter au mieux aux situations.

Plus largement, la prochaine étape est en effet de parvenir à coproduire efficacement les services. Il faut pour cela utiliser pleinement l’expertise et les compétences des habitants. Les pays d’Europe du Nord sont précurseurs en la matière (Lire notre article En Europe, des modes de relation variés avec les habitants). En Finlande, l’organisme VVO à Helsinki a formé 300 de ses 30 000 habitants comme conseillers en développement durable. Ces derniers conseillent ainsi leur voisinage en termes de bonnes pratiques pour réduire leur consommation d’énergie et leurs charges. Il a également renouvelé l’opération en matière de bricolage pour favoriser l’entraide entre les habitants. Ces derniers jouent ainsi un rôle de relais et deviennent les premiers acteurs du changement au sein du quartier. Mais les projets visant à accompagner la coproduction de services en France nécessitent aujourd’hui des financements supplémentaires de la part de l’État.

Pour parvenir à la coproduction de services, quelle posture doivent adopter les organismes ?

F. Ohl : S’ils veulent désamorcer les blocages, les organismes doivent impliquer davantage les habitants en amont de leurs décisions. Ces derniers doivent par exemple pouvoir intervenir au niveau de l’élaboration des cahiers des charges et rencontrer les prestataires des organismes.

Pour développer un lien de confiance avec les habitants, il faut que certains organismes soient plus transparents, plus réactifs et plus pédagogues dans les réponses qu’ils apportent.

M. Bonetti : De manière générale, et bien au-delà du domaine du logement, la France souffre d’approches trop techniques où la prise en compte des attentes et la pédagogie restent secondaires. Au sein des organismes, les secrétaires et agents de gestion peuvent devenir de vrais « managers de quartier », en dirigeant des équipes polyvalentes centrées sur les besoins des habitants et surtout en informant en continu les locataires. Le dirigeant de l’un des principaux organismes sociaux danois m’a dit que le premier objectif qu’il poursuivait était la coopération avec les habitants et qu’il recrutait ses collègues sur leur capacité à communiquer, au-delà de leurs compétences techniques.

F. Ohl : L’enjeu de la communication est en effet crucial et appelle à un vrai savoir-faire, notamment vis-à-vis des problématiques intergénérationnelles et multiculturelles au sein des quartiers. La pédagogie permet, par ailleurs, de faire comprendre aux habitants les contraintes des organismes et les limites de leurs actions.

Dans ce contexte, quels rôles doivent jouer les associations d’habitants ?

M. Bonetti : Il est essentiel que certaines associations aillent au-delà de la simple revendication et adoptent une démarche plus partenariale auprès des bailleurs.

Il faut également qu’elles veillent à ne pas se tromper d’enjeu. Certaines veulent avant tout tirer les charges à la baisse, parfois au détriment de la qualité du service rendu aux habitants.

F. Ohl : Il faut en effet que certaines associations deviennent davantage force de proposition que de réclamation. Elles doivent également être plus en prise avec la réalité du terrain.