Contrepoint 11.06.2014

Crise de l'immobilier résidentiel : crise de société

Frédéric Paul, DG de l’USH, met en garde contre une analyse réductrice d’une crise du logement éminemment complexe et multiple et souligne le mirage d’une solution unique telle que la production de logement intermédiaire ou le resserrement du parc social sur le seul public des plus démunis.

Frédéric Paul, délégué général de l'Union sociale pour l'habitat © D. Thierry/USH

Les causes de la crise du logement sont extrêmement complexes : techniques (coût du foncier, normes, réglementation), mentales (le refus de l’autre près de chez soi), sociétales (le sentiment ou les situations de déclassement que subissent un nombre important de nos concitoyens).

Des freins supplémentaires à la production sont apparus : difficulté des promoteurs à lancer leurs programmes dont une partie est destinée aux organismes Hlm à travers la VEFA. Volonté de certains nouveaux maires de réexaminer les projets. De nombreux maires bâtisseurs n’ont-ils pas été battus ?

La crise du logement cristallise une crise plus profonde : difficulté de se projeter, perte de confiance en l’avenir, crainte de l’autre. Aussi la tentation est grande de chercher un remède unique et immédiat.

Pourtant, l’idée selon laquelle le logement intermédiaire serait la clé universelle pour résoudre la crise du logement est fausse. En fait, une forme d’idée  « germano-pratine ». Ce type de produit, qui peut être réalisé en direct par les organismes d’Hlm n’atteindra  au total que quelques milliers de logements par an, alors que la production de logements sociaux par les organismes d’Hlm représente plus de 100 000 logements par an. Il répond strictement à des besoins en zones très tendues. Ailleurs, la continuité se fait par l’accession à la propriété. Hors de Paris et communes limitrophes et des centres des grandes métropoles en région, le PLS, fréquemment, trouve difficilement preneur.

La production de logements sociaux par les organismes d’Hlm est aujourd’hui la locomotive de la production de logements. Elle mobilise avec les investissements sur le patrimoine existant l’intégralité des flux annuels d’autofinancement des organismes. Une partie de cet autofinancement est déjà assurée par la vente aux locataires à laquelle les organismes recourent.

Au-delà de la crise de production, nous assistons à une crise des parcours résidentiels du fait d’une désolvabilisation des ménages touchés par les difficultés économiques et sociales. Les enquêtes portant sur la demande et sur l’occupation du patrimoine social montrent les unes après les autres que les organismes d’Hlm tendent à se spécialiser sur un accueil très social. La question contemporaine et moderne est  de maintenir dans le logement social ou d’y rétablir, au sens strict du service d’intérêt économique général européen, une mixité à travers une présence des classes moyennes dont les revenus se situent sous les plafonds de ressources. Proposer de spécialiser davantage encore les Hlm dans l’accueil des publics très sociaux relève d’un contre-sens au regard des enjeux de cohésion sociale qui sont devant nous.

Frédéric Paul
Délégué général de l'Union sociale pour l'habitat