Financement 25.04.2016

Pierre Madec, économiste à l’OFCE, dresse un bilan du dispositif Pinel

"Puisque ça marche, il n'y a pas de raison de changer" : François Hollande a annoncé le 8 avril qu'il prolongeait le dispositif d'incitation à l'investissement locatif, dit "Pinel". Mais si la relance de la construction est là, elle échoue à faire émerger un parc accessible à la classe moyenne.

Suite à l'annonce de la prolongation du dispositif d'incitation à l'investissement locatif dit "Pinel", Pierre Madec, économiste à l’OFCE, dresse pour les Echos le bilan de cette mesure.

De nombreux dispositifs ont été mis en place depuis les années 1980, et la prolongation du dispositif Pinel permet de garantir une continuité dans un secteur particulièrement instable. Pour rappel, le dispositif Pinel offre une défiscalisation aux investisseurs qui s’engagent à mettre en location un bien immobilier neuf pour une durée de 6 à 12 ans, en respectant des plafonds de loyers et de revenus des locataires. Le logement doit se situer en zone tendue et respecter des critères de performance énergétique.

Mis en place en août 2014, le dispositif Pinel se voulait une réponse à la crise de la  construction mais aussi à celle du logement cher.

Une efficacité remise en cause…

Pierre Madec critique une mesure moins efficace que les dispositifs précédents, Scellier (2010-2012) puis Duflot. Malgré une nette augmentation (+7% par rapport à 2014) des ventes de logements par des promoteurs, le dispositif Pinel aurait seulement été la source de 50 000 nouvelles constructions en 2015, sur les 400 000 logements construits au total.

D’autre part, le dispositif devait favoriser l’émergence d’un parc accessible aux classes moyennes, qui ont du mal à se loger dans le parc privé "traditionnel" mais sont trop "aisées" pour le par social. Dans les faits, les plafonds de loyers sont très proches des loyers du marché, et les plafonds de revenus permettent à 80% des personnes seules d’y prétendre. De plus, la durée minimale de mise en location a été réduite. Autant de points qui s’éloignent de l’objectif initial de développement d’un parc "intermédiaire".

…pour un coût trop important

Malgré l’existence de plafonds d’investissement, le coût par logement du dispositif peut s’avérer très élevé pour l’Etat, 20 077€ pour un investissement "moyen", soit plus d’un milliard d’euros si l’on s’en tient à l’hypothèse de 50 000 Pinel produits en 2015, dont tous ne sont pas utiles.

Un coût non négligeable là où, comme le souligne Pierre Madec en conclusion, avec un milliard d’euros d’aides de l’Etat affecté à la construction de logements sociaux de type PLAI (prêts locatifs aidés d’intégration), on pourrait créer 30 000 PLAI supplémentaires chaque année, en engendrant le même nombre d’emplois que le dispositif Pinel.

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