Rénovation urbaine 20.07.2016

J.-L. Dumont : "Les moyens accordés au NPNRU sont largement insuffisants"

Jean-Louis Dumont, président de l’Union sociale pour l’habitat, livre les interrogations et inquiétudes des organismes Hlm concernant les capacités réelles du Nouveau Programme de Renouvellement Urbain (NPNRU).

La Duchère à Lyon ©Laurence Danière

Les organismes Hlm qui gèrent 1,2 million de logements implantés dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville (QPV) nous alertent sur des évolutions préoccupantes de ces territoires, qui pour certains sont en situation de véritable décrochage. Ils témoignent de l’impact de la dégradation des indicateurs socio-économiques soulignés dans le dernier rapport de l’Observatoire National de la Politique de la Ville, sur le fonctionnement social de ces quartiers, et la vie quotidienne de leurs habitants, fortement marqués des difficultés économiques et sociales, et stigmatisés par les problèmes d’insécurité, de replis communautaires.

Force est de constater que la politique de la ville perd depuis fort longtemps de sa puissance et qu’elle ne dispose pas, dans la durée, des moyens d’agir pour garantir aux habitants l’égalité des chances, de façon concomitante sur toutes les dimensions, sociales, économiques et urbaines à la hauteur des besoins spécifiques de ces quartiers.

Un an après le lancement de la mise en œuvre du NPNRU (Nouveau Programme de Renouvellement Urbain), nous avons en effet réalisé avec les organismes concernés un premier bilan qualitatif. Il apparaît, comme nous l’avions pressenti, que le cadre d’action et les moyens ne sont pas à la hauteur des besoins et des exigences visées par cette politique publique pour tenir compte des enseignements du premier PNRU (Programme national de rénovation urbaine) et surtout pour répondre aux orientations du CIEC (Comité Interministériel sur l’Egalité et la Citoyenneté) de mars 2015.

Les conditions de financement dans le nouveau programme sont en effet nettement dégradées par rapport au PNRU et pèsent sur les arbitrages que sont en train de réaliser les acteurs locaux. Inquiets quant à leur capacité financière à assumer une nouvelle phase d’investissements lourds dans les quartiers, ils hésitent à s’engager dans des stratégies ambitieuses de transformation en profondeur qui seraient nécessaires pour créer, dans ces territoires, une nouvelle attractivité et plus de mixité urbaine et sociale.

Par ailleurs, d’expérience nous savons que ces investissements sur l’habitat et l’urbain risquent d’être vains si la politique de la ville n’a pas les moyens d’apporter des solutions aux problèmes de sécurité, d’emploi et de réussite éducative, facteurs déterminants de l’intégration sociale et urbaine de ces territoires et de leur attractivité renouvelée.

Le Mouvement Hlm tient à rappeler l’enjeu majeur de la gestion quotidienne de ces quartiers, attente prioritaire de leurs habitants à qui doit être apporté, ce qui est le plus souvent loin d’être le cas, le même niveau de qualité de service, urbain et locatif, que dans les autres territoires. Ceci nécessite une gestion adaptée et renforcée que l’abattement TFPB (taxe fon­cière sur les propriétés bâties) en QPV (quartiers prioritaires de la politique de la ville) aide à mettre en place. A un moment où, dans ce cadre, se construisent des programmes d’actions triennaux, concertées au sein des EPCI entre les bailleurs, les collectivités locales, l’Etat et les locataires, il est important que les acteurs locaux aient la garantie de la pérennité de cette ressource. Par ailleurs, les conditions actuelles de compensation par l’Etat aux collectivités locales qui tendent à faire porter l’effort sur les communes, elles-mêmes confrontées à des difficultés économiques et sociales, nécessitent d’être améliorées. C’est un enjeu d’égalité territoriale et de solidarité nationale. 

Jean-Louis Dumont