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Actualités Habitat n°1247

Paru dans

JANVIER 2026

Actualités Habitat n°1247

Date de publication :

02 février 2026

Auteur(s) :

HUGO CHRISTY

+4 °C : un colloque pour penser les politiques du logement face aux crises climatiques

Les colloques Quoi de neuf, chercheurs ? constituent un temps fort du Réseau des acteurs de l’habitat qui rassemble l’USH, la Caisse des dépôts et les associations d’élus. Le dernier rendez-vous en date, organisé le 18 décembre à Sciences Po, interrogeait l’avenir des politiques du logement dans le contexte d’un climat profondément déréglé : l’occasion de tenter de mesurer l’ampleur des risques, et de dégager quelques perspectives d’action et de gouvernance.

+4°C de réchauffement climatique à horizon 2100 : à l’époque des Accords de Paris, il y a dix ans à peine, le scénario comptait parmi les plus pessimistes. Il semble pourtant de moins en moins improbable, au point de devenir la trajectoire de référence du dernier Plan national d’adaptation au changement climatique. Induisant des risques massifs autant qu’imprévisibles, il se conjugue aux autres crises du moment, au premier rang desquelles celle du logement.
Organisé le 18 décembre par le Réseau des acteurs de l’habitat (RAH) en partenariat avec l’École urbaine de Sciences Po, le Centre d’études européennes et de politique comparée (CEE) et le programme de recherche Besoins en logements à l’heure de la transition écologique (BEL), le colloque Quoi de neufs, chercheurs ? a réuni sur ce thème une douzaine de chercheurs et d’acteurs, devant plus de 300 personnes dans le célèbre amphithéâtre Boutmy du 27 rue Saint-Guillaume à Paris (notre photo).

Scientifiques et acteurs de l’habitat au défi du climat

Une première table ronde interrogeait un panel d’experts, d’élus et d’acteurs de l’habitat sur les grandes transformations des besoins en logements dans une France à + 4 °C. Un exercice de projection particulièrement délicat, voire impossible, à en croire Emma Haziza. L’hydrologue spécialiste des politiques d’adaptation décrit en effet un futur profondément incertain, mais assurément dangereux. « On ne sait pas ce que serait une France à + 4 °C. Des effets dominos et des effets d’emballement sur les territoires nous empêchent de décrire exactement ce qui pourrait se passer », affirme-t-elle, tout en rappelant, chiffres des assureurs à l’appui, que 50 % des personnes qui ont été inondées en France ces dernières années l’ont été en dehors de zones inondables.
Ce risque d’inondation, qui n’est qu’un parmi tant d’autres, serait déjà « à la limite de ne plus être assuré par les assureurs ». Le Cerema, qui évalue dès aujourd’hui à 6 milliards d’euros en moyenne le coût des dégâts causés par les aléas climatiques, avance à son tour des données peu rassurantes, par exemple en matière de retrait-gonflement des argiles. « Nous sommes aujourd’hui à 12 millions de maisons individuelles soumises à un aléa moyen ou fort », témoigne Hélène Peskine, sa directrice générale adjointe. Auxquels s’ajoutent les 450 000 logements concernés par l’évolution du trait de côte à l’horizon 2100, ou encore les 20 % de la population des villes de plus de 20 000 habitants touchés par les fortes chaleurs lors des épisodes caniculaires.
Tous ces phénomènes décrits par les scientifiques et producteurs d’études sont bien connus des praticiens. Christophe Vanhersel, directeur général de Flandre Opale Habitat et vice-président de l’Union régionale pour l’habitat des Hauts-de-France, rappelle que plus du quart du parc Hlm de sa région avait été touché par les crues de 2024 - il était alors tombé en deux semaines l’équivalent de trois mois de pluies. L’occasion pour les organismes Hlm de commander une étude de vulnérabilité globale, croisant aléas, types de bâti, et caractéristiques sociales des locataires (lire AH 1240).

Une question de politiques publiques

L’éclairage social constitue justement un nœud de la conversation. Si, comme le rappelait Hélène Peskine, les différents risques peuvent couvrir « une très vaste géographie sociale » touchant à la fois les plus riches et les plus pauvres, les quartiers populaires appellent sans doute une focale particulière. À l’approche d’un scénario à + 4 °C, « quelque chose de grave est en train de se passer, et encore une fois nous, les premiers concernés, ne sommes que très peu associés aux réflexions et aux actions en cours », résume Sanaa Saitouli, cofondatrice de l’association de plaidoyer Banlieues Climat. Une partie de son action consiste à mobiliser et sensibiliser les habitants eux-mêmes : « Il faut renforcer l’expertise et la conscientisation des habitants, pour pouvoir être au cœur des instances de décision ».
Un constat partagé par la maire de Besançon, Anne Vignot. « La première chose que nous avons mise en place était de dire : “Vous êtes les premiers concernés” », témoigne-t-elle. L’élue et l’association concordent ainsi sur le fait que l’implication des habitants est non seulement une question de justice sociale et territoriale, mais aussi un levier d’efficacité des politiques publiques. Interrogée sur l’hypothèse d’un “NPNRU vert”, la maire estime que « l’Anru 3 devrait aller beaucoup plus loin en matière de technique bâtimentaire, mais aussi remettre l’humain au cœur du lien social ».

Qui pour piloter ?

La seconde table ronde permettait d’articuler la question de la prospective à celle de l’action publique, elle-même bousculée par de nombreuses contraintes, notamment budgétaires. Un point d’entrée dans lequel s’est engouffré Jacques Baudrier, adjoint à la maire de Paris en charge du Logement, en appelant à trouver des moyens supplémentaires pour réussir à créer de nouveaux logements sociaux (notamment au travers de coûteuses opérations d’acquisition-amélioration et de conversion bureaux-logements, lire notre article Des Hlm dans le triangle d’or, AH 1240), tout en rénovant massivement le parc existant. S’appuyant sur le bilan de la Ville de Paris en matière de création de logements sociaux, ou encore sur les fortes exigences du récent PLU bioclimatique, l’élu communiste regrette « l’absence de choix politiques nationaux pour accompagner la transition », ajoutant que « les élus savent ce qu’il faut faire, le sujet ce sont les moyens ».
En creux se dessine ici la question du partage des compétences, face à un problème protéiforme et aux ramifications locales, nationales, globales. Damien Botteghi, directeur de l’Habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP, ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires), avance des pistes pour répondre au problème du pilotage : « L’enjeu est de coordonner une politique de transitions au pluriel, puisqu’on parle de transition écologique, mais aussi démographique, le tout dans un univers où l’urbanisme et l’aménagement sont décentralisés. Il faut passer d’un constat national désormais bien partagé, à une capacité à mettre en œuvre ». Les clés selon lui : le porter à connaissance des collectivités, leur mettre à disposition des outils, des moyens financiers et de l’ingénierie associée aux diverses stratégies.

Des pistes pour articuler les niveaux de l’action publique

Et si l’articulation entre différents niveaux d’action peut sembler délicate, en particulier en France, il faudrait encore dézoomer à l’échelle continentale. Nombre de sujets, comme le ZAN ou l’éradication des passoires thermiques, se trouvent en réalité être d’émanation européenne, comme le rappelle Housing Europe par la voix de sa secrétaire générale, Sorcha Edwards. Mettant en garde contre un retour de bâton européen sur les questions de transition écologique, elle appelle à un aller-retour plus direct entre le terrain et les institutions. « Si on ne parle pas avec les habitants de leurs problèmes quotidiens, où ils habitent, alors on a perdu la bataille », insiste-t-elle.
En synthèse de ces différents échanges, Marco Cremaschi, professeur d’urbanisme à Sciences Po, propose de cheminer vers « un modèle de planification tout à fait différent de celui des années 1960 ». Il évoque, comme pistes concrètes, l’intégration de la data dans les processus courants de prise de décision, en vue de réduire une incertitude qui ira croissant pour la puissance publique. À l’inverse d’une planification uniforme et venue d’en haut, il appelle également de ses vœux des mécanismes capables d’expérimenter, puis de décliner localement, à l’échelon territorial.

Lancement du programme BEL

En lien étroit avec le thème du colloque, l’événement du 18 décembre marquait également le lancement officiel du programme de recherche BEL (Besoins en logements à l’heure de la transition écologique). Quatre projets de recherche, portés par les équipes scientifiques pluridisciplinaires, travailleront sur la thématique jusqu’en 2028.
Ce programme, très observé par le milieu, est soutenu par une dizaine de partenaires et suivi par une “communauté apprenante” de plusieurs dizaines d’acteurs et d’experts du logement et de la transition écologique. Il vise à mobiliser la recherche pour esquisser l’avenir des politiques du logement et de l’habitat. Ce qui le rend aussi très attendu politiquement. « BEL fait suite à des débats difficiles depuis cinq ans avec les pouvoirs publics sur les besoins réels, pointe à ce titre Emmanuelle Cosse. S’il n’y a pas de besoins, pourquoi avoir une politique du logement ? ». La présidente de l’USH appelle dans ce contexte à « refuser de dissocier la prospective de l’urgence », et notamment l’idée selon laquelle, d’ici 28 ans selon l’Insee, « la dynamique démographique va régler tous les problèmes d’accès au logement ».

« Il faut passer d’un constat national désormais bien partagé, à une capacité à mettre en œuvre. »

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PARU DANS ACTUALITÉS HABITAT N°1247 DU 30 janvier 2026

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