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AG de la Fédération des ESH : des entreprises mobilisées contre les effets de la pandémie et pour la relance AH

La Fédération des ESH a tenu le 24 juin son assemblée générale 2021 à Paris, exprimant une volonté à réussir la relance après une année de pandémie aux effets encore douloureux pour les locataires les plus fragiles. Les résultats de l’activité 2020 accusent une baisse finalement assez faible de la production de logements. Ont également été présentées les conclusions du travail sur la Raison d’être de ces entreprises du Mouvement Hlm.

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Avec 51 000 logements mis en chantier en 2020, les ESH affichent un recul de seulement 6 % de leur activité, avec même une légère hausse pour la production de PLAI (14 600, contre 14 400 en 2019). Leur assemblée générale a débuté le 24 juin sur cette note réjouissante, au regard du contexte pandémique (voir aussi article ci-contre). Trois dirigeants d’organismes ont témoigné de leur adaptation durant la crise sanitaire, en livrant leur analyse de ce que cette période leur avait appris pour les années à venir. “Nous n’avons pas connu de crise aussi transformante depuis la guerre en France”, a considéré Michèle Attar. La directrice générale de Toit et Joie a rapporté la “souffrance terrible” des étudiants logés dans les résidences de l’organisme, manifestée surtout durant le second confinement par “une inquiétude sur le fait de ne pas savoir s’ils pourraient manger le lendemain”. La filiale du Groupe La Poste a réagi dans l’urgence, en distribuant des paniers repas, et est bien décidée, à l’avenir, à adopter la gestion intégrée pour toutes ses résidences étudiantes. Sophie Donzel, directrice générale d’Espacil, est également favorable au modèle de gestion (et de maîtrise d’ouvrage) directe pour les résidences étudiantes, le gestionnaire jouant à la fois le rôle de vigie et de facilitateur auprès de ce ces jeunes adultes précaires, souvent éloignés de leur famille et dont “la vie autonome n’est pas encore consolidée”.

“La crise a été un révélateur de tendances lourdes, qui ont confirmé que les Hlm étaient un bon modèle”, estime quant à lui Gilles Tardy, directeur général de SHLMR, la SA Hlm de La Réunion, où depuis plusieurs années les locataires ne mangent pas à leur faim. Pour certains, “les derniers jours du mois sont jours de jeûne sous prétexte que c’est bon pour la santé”, déplore-t-il. Durant la pandémie, la solidarité familiale a fonctionné pour au moins 80% des locataires âgés de l’organisme. Les 20% restant n’avaient pas de problèmes économiques mais la plupart étaient perdus face aux fermetures des services publics et des démarches digitales : l’ESH s’est alors efforcée de recréer le lien. Les collaborateurs de la SHLMR avaient en revanche sous-estimé les problèmes des locataires salariés qui, dès les premiers mois de la pandémie, se sont trouvés sans emploi et dans l’incapacité de payer leur loyer préférant consacrer leurs ressources à “nourrir les enfants” en l’absence de cantine scolaire gratuite. Gilles Tardy retient de cette période une conviction : “Il est primordial de développer l’offre de logement social à destination des salariés pour qu’ils aient des parcours de vie décents”.

1,4 M€ collectés pour le FIS

L’AG a été l’occasion de valoriser la fonction de gardien, dont la présence sur le front de la pandémie a adouci le quotidien de nombreux résidents alors que la plupart des services publics, déboussolés, étaient aux abonnés absents. Dix gardiens sont repartis avec un trophée, récompensant leurs actions spécifiques pendant la crise du Covid : animations pour les enfants, épicerie solidaire pour les étudiants, aide à l’emploi saisonnier de résidents, petits travaux d’appoint pour les seniors… À noter également que cette année, 99 gardiens d’immeubles, auparavant demandeurs d’emploi, ont été diplômés du CQP, diplôme reconnu par toutes les ESH. Trois régions étaient particulièrement représentées : Île-de-France, Occitanie et Auvergne Rhône-Alpes.

Le Fonds pour l’innovation sociale (FIS), qui avait renforcé son accompagnement durant la pandémie, a prouvé cette fois encore son utilité. Le montant des contributions volontaires 2019 de 102 ESH avait atteint 1,4 M€(1). 21 projets lauréats 2019-2020 ont été soutenus par 20 ESH. Trois projets lauréats ont été désignés Coup de cœur par les membres du comité de sélection : une mercerie solidaire et créative par Domofrance et Espace textile rive droite, à Bordeaux ; en Île-de-France, un projet culturel “Nos plus belles scènes” par 1001 Vies Habitat et l’Association la Boucle des Mécènes - théâtre Sartrouville-Yvelines ; le projet de lutte contre l’illettrisme en inter-bailleurs avec Promocil et l’Avesnoise et l’association Mots et Merveilles dans la région Sambre/Avesnoise (59).

Raison d’être

“Entreprendre ensemble, par l’habitat abordable, pour une société plus durable, solidaire et humaine”. Tel est l’énoncé auquel a abouti le travail sur la Raison d’être, engagé en septembre 2019 par la Fédération des ESH. En quelques mots pesés, il affirme le rôle des ESH, indique leur responsabilité sociale, économique et historique et précise le caractère entrepreneurial de leur fonctionnement. “Ce n’est ni un slogan, ni une opération de comm’, c’est un fronton”, a expliqué Martin Richer, le consultant en RSE qui a accompagné la Fédération, pour qui “l’idée n’est pas d’être plus performant mais de donner un sens à ses actions aux politiques et vis-à-vis des collaborateurs”.

“La loi Pacte nous a ouvert la perspective de pouvoir exprimer notre Raison d’être. Certes, le logement social n’a jamais attendu cette ouverture juridique pour réfléchir au sens de sa mission, mais cette démarche nous a amenés à un travail de fond sur nous-mêmes à un moment de profonde mutation”, a déclaré Valérie Fournier. La démarche a été, selon la présidente de la Fédération, l’occasion de “remise en question, réflexion et questionnement collectifs, utiles pour avancer, se moderniser, être dans son temps et à son écoute”, mais aussi “se donner un étendard collectif pour mieux se défendre”. Aux ESH du réseau de se l’approprier, de le “mettre à leur sauce” et de choisir la traduction qui leur va bien. Erilia a ainsi changé ses statuts pour adopter ceux d’une société à mission (voir AH du 15 avril 2021). Domofrance a décroché le label international B Corp (voir AH du 15 mai 2021).

Dans cette même période, la Fédération a également continué à faire évoluer ses statuts pour pouvoir accueillir de nouveaux membres associés, comme les SAC, a-t-elle annoncé à l’occasion de cette AG. Elle a aussi renouvelé son partenariat global avec Sciences-Po à l’occasion des vingt ans des conventions éducation prioritaire (CEP) et a signé avec l’Agence des médecines complémentaires un accord visant à un partenariat destiné à soutenir la mobilisation de celles-ci par des résidents comme des salariés.

(1) Il n’y a pas eu d’appel à contributions en 2020.

Activités 2020 des ESH

Les 176 ESH opérant en 2020, année de crise sanitaire, représentaient au 31 décembre un patrimoine de 2,5 millions de logements en exploitation. Les mises en chantier locatives ont diminué cette année-là de 6%, à 51 000 logements et équivalents-logements, soit 3 300 logements de moins. Dans le détail, les mises en chantier de logements familiaux ont baissé de près de 4 000 logements, avec un recul des opérations en PLUS (-6%) qui représentent encore 44% de la production (49% en 2019 quand PLS et PLI représentent 27% et le PLAI 29%). Les mises en chantier des foyers et résidences ont quant à elles augmenté de 1 200 unités.

61% des ESH ont recouru à la VEFA en 2020, mode qui a représenté 60% de la production de logement neuf. Les obtentions d’agréments ont chuté de 17%.

Les achèvements et mises en location ont reculé de 8%, à 45 000. Le montant d’interventions sur le patrimoine (essentiellement des réhabilitations) était en baisse de 10% par rapport à 2019, à 2,3 Md€. “Au-delà de la crise sanitaire, la baisse s’explique aussi par le complet achèvement de la campagne PHBB1 (prêt haut de bilan bonifié de la CDC) qui avait boosté les mises en chantier de rénovation thermiques des années précédentes”, explique la Fédération dans son rapport d’activité.

Les mises en chantier en promotion-accession (VEFA + BRS + location-accession) ont atteint 2 900 logements (11%) et les chiffres de commercialisation ont décliné d’autant.

Les ventes de patrimoine locatif à des personnes physiques, dites “ventes Hlm”, ont cessé de progresser en 2020, avec 6 800 ventes dont la moitié opérée par 18 ESH. La mobilité des locataires est demeurée rare, avec un taux de 7,6%, tandis que la vacance stagne à 4,1%.

L’activité de syndic, pratiquée par une ESH sur quatre, porte sur 22 000 logements tiers en portefeuille, et celle de gestionnaire concerne en particulier 5 900 logements gérés pour le compte de structures non ESH.