L'Union sociale pour l'habitat
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AG des ESH : l'habitat de demain en débat AH

Après bien des turbulences et des mois de négociations qui ont débouché sur la signature d’un pacte d’engagement avec les pouvoirs publics, la Fédération des ESH a tenu son assemblée générale le 18 juin dernier. Après le temps statutaire, qui a permis de faire le point sur l’activité des sociétés et de leurs engagements en faveur du logement, la partie publique a consacré une large place à la prospective et plus particulièrement à l’habitat de demain, mais aussi aux questionnements du moment.

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Place à l’humain en ouverture de cette assemblée générale, avec une séquence sur le Fonds pour l’innovation sociale, créé voici maintenant dix ans par la Fédération, avec des projets qui sont de bons indicateurs des problématiques et besoins des locataires sur les quartiers (lire encadré). Une seconde séquence a permis de mettre en lumière l’accueil des élèves de troisième des établissements en zone d’éducation prioritaire au sein des ESH, dans le cadre de la mise en œuvre du protocole d’accord signé lors de l’assemblée générale de 2018 avec les ministères de la Cohésion des territoires et de l’Éducation nationale.
 

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Une troisième séquence a mis à l’honneur les gardiens, avec une remise de diplôme : le certificat de qualification professionnelle. Puis, Julien Damon, professeur à Science Po Paris, a livré à l’auditoire une rétrospective de trente ans de politique d’hébergement (hébergement d’urgence, des publics défavorisés, des publics spécifiques : personnes âgées, étudiants, personnes handicapées) et du logement social. Un "quizz" qui a permis de mesurer le foisonnement des dispositifs, la montée en puissance de l’hébergement dans la politique du logement, avec notamment le Logement accompagné et le rapprochement des services sous la houlette du ministère de la Cohésion sociale. Avec, à la clé, des enjeux de patrimoine, de partenariat et de professionnalisme pour les organismes Hlm, afin de répondre à la précarisation du public logé au sein du patrimoine et à la volonté des pouvoirs publics d’aller vers le Logement d’abord.

À la recherche de lien social

Dans un monde en mutation, rempli d’incertitudes, le logement est très important, comme le reconnaissent l’ensemble des intervenants de la table ronde intitulée "Société et habitat de demain". "On y passe de plus en plus de temps (18h49 par jour en moyenne) car beaucoup d’activités y sont rapatriées et l’on y consacre 23,6% de son budget", rappelle le sociologue Gérard Mermet. "C’est le lieu qui cristallise tous les rêves, les attentes et aussi bon nombre d’insatisfactions", révèle Alain Chagnaud, du cabinet Roland Berger, qui a analysé 1,5 million de contributions au Grand débat. Les Français ont exprimé leur ras-le-bol fiscal (taxes d’habitation, foncières, sur l’énergie) et évoqué le pouvoir d’achat (coût du logement, des soins et de l’énergie). "Il faut réduire le coût du logement", "renforcer les aides au logement", "investir massivement dans le logement social", "développer les loyers modestes pour les travailleurs modestes et les étudiants", disent-ils. "Dans le même temps, on assiste sur la durée, à une recomposition sociale de l’espace qui induit des choix résidentiels, fait observer le géographe Christophe Guilly, avec d’un côté, des grandes métropoles, où l’on prêche l’open society et la mobilité, et de l’autre, la France périphérique, sédentaire, qui correspond à la carte des gilets jaunes." Tant et si bien qu’il y a "plus de distance entre un parisien et un habitant de la Creuse qu’un new yorkais".
 

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D’autant que, contrairement à toute attente, "l’espace n’a pas été aboli avec internet et les réseaux sociaux. On n’a plus l’habitude d’être en diversité cognitive. Et, il y a moins de raison que jamais d’avoir de la mixité sociale. Dès lors, l’endroit où l’on vit est de plus en plus déterminant" ; souligne Olivier Babeau, professeur à Bordeaux, président de l’Institut Sapiens. Dans ce contexte, de "culture fragmentée, les habitants vont rechercher de la solidarité, du partage et de la reconnaissance", avance Gérard Mermet, pour qui "l’avenir du logement social passera par la convivialité". "Cette envie de lien social, de développer le vivre ensemble, de lutter contre les incivilités, transparaît aussi dans les contributions du Grand Débat", indique Alain Chagnaud. Pour Christophe Guilly, "l’enjeu majeur pour les territoires ruraux reste le développement économique". Enfin, "le produit logement de demain sera écologique, écono-logique (accessible aux personnes modestes), égo-logique (pour permettre l’épanouissement de chacun avec des espaces propres) et techno-logique (hyperconnecté), affirme Gérard Mermet. "Les besoins de logement social vont demeurer importants, tant dans les métropoles où la classe moyenne explose, que dans la France périphérique où le parc a besoin de renouvellement pour répondre au vieillissement de la population et à la sédentarisation", déclare le géographe.


Vers une révolte du logement

L’économiste, écrivain, Jacques Attali a, à son tour, brossé un portrait peu réjouissant des années à venir "pariant assez volontiers sur une vraie révolte du logement dans la décennie qui vient, doublée d’une crise économique pire que celle de 2008. Il nous faut vivre avec une forte croissance démographique, des technologies, des villes et une extrême incertitude dans les financements longs, dans la valeur des patrimoines boursiers et des aides publiques. Les organismes de construction ne peuvent attendre plus de la puissance publique. Les modèles en place vont devoir changer, d’autant que l’évolution des mœurs me semble devoir conduire à attacher la plus grande importance à l’endroit où l’on habite", explique-t-il.
 

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"Face à l’insécurisation, on va assister à un retour aux besoins de base : le logement et l’alimentation. L’évolution qui vient est une demande de confort, de sécurité, liée à la nature. Le grand enjeu de vos métiers sera la ville à la campagne, l’invention de nouvelles technologies. Le logement sera de plus en plus un service, un lieu qui organise de la convivialité, de l’assistance. La France a la chance d’avoir de l’espace : on doit organiser la diagonale du vide". En contrepartie, "nos concitoyens doivent consacrer une part de revenu plus importante à ce poste et les dépenses d’intermédiation du secteur doivent être réduites, via notamment les regroupements" conclut-il.

Engagements tenus

En clôture de cette journée, Valérie Fournier, présidente de la Fédération des ESH, est revenue sur l’année 2018, "année très compliquée pour nos entreprises et notre secteur" en raison de la nécessité de faire face aux conséquences de la loi de Finances et de la RLS qui a conduit à une diminution de 33% de notre autofinancement, à la hausse de la cotisation de la CGLLS et à la réorganisation du tissu imposé par la loi ÉLAN. "Malgré cela, les 195 ESH ont relevé les défis et tenu les engagements pris lors de l’accord signé en 2017", citant les 61000 agréments en construction neuve, dont 18000 PLAI, représentant 69% des agréments Hlm ; les 90000 logements rénovés dont 74000 pour la rénovation thermique ; les 6800 ventes Hlm contre 6000 l’année précédente. "Des ventes maîtrisées, fondamentales, pour l’évolution des parcours résidentiels" insiste-t-elle, qui viennent en sus du refinancement d’opérations neuves, et qui ne représentent que 0,3% du parc. Sans compter les opérations d’accession à la propriété sur un "trend croissant" depuis 2011, notamment en location-accession (1910 logements mis en chantier). Après avoir évoqué le nouvel accord 2020-2022,signé par l’ensemble du Mouvement Hlm avec le gouvernement, qui réaffirme "la place du logement social dans la politique gouvernementale", elle demande confirmation à Julien Denormandie, ministre du Logement et de la Ville, que l’ensemble des contreparties prévues pour accompagner les organismes soient ouvertes à chacun, quels que soient son statut juridique, son actionnariat et son territoire, et des éclaircissements sur la surcompensation des aides de l’État par l’Ancols – plus précisément le passage de la compensation par opération à la compensation par organisme au lieu du contrôle par opération – la mise en œuvre de la gestion des flux des attributions prévue par la loi ÉLAN, la création du revenu universel d’activité, la mise en œuvre de la contemporanéité de l’APL, repoussée à 2020.

Saluant l’esprit constructif de la Fédération des ESH, le ministre justifie l’évolution des pratiques de l’Ancols, jugée, du point de vue des ESH, contradictoire avec la politique portée par le gouvernement, par la volonté de conforter le modèle financier du logement social fondé sur le SIEG, tout en spécifiant qu’il s’agit d’une expérimentation de 18 mois à l’issue de laquelle le ministère déterminera les conclusions à prendre. Sur la question de la gestion des flux des attributions, dont le décret est attendu, le ministre s’est dit attentif aux recommandations de la Fédération de garder des "niveaux de tuyaux de réservataires" équilibrés et de bien distinguer les zones tendues des autres. Quant à la création du revenu universel d’activité au sein duquel serait intégrées les aides à la personne, Julien Denormandie réaffirme le bien-fondé de ce dispositif voulu pour lutter contre les non recours, et assure que "le tiers payant est un facteur que nous devons conserver et qu’un supplément de loyer sera identifié". Faisant sien l’adage de Michel Serres, "qui ne bouge n’apprend rien", la Fédération "est résolue à continuer à apprendre". Elle va lancer, dès le mois de septembre, un grand travail collectif, avec notamment un séminaire du Conseil fédéral "qui va nous permettre de dire comment nous allons vivre dans un autre monde, et réaffirmer ce qui fait l’ADN des entreprises sociales de l’habitat", annonce la présidente.
 

 

Les lauréats du Fonds pour l’innovation sociale

Valérie Fournier, présidente du Fonds pour l’innovation sociale, a présenté les trois "coups de cœur" du Fonds(1), retenus par le comité de sélection parmi les 20 projets lauréats 2018/2019 :

  • "Un collectif pour l’insertion", projet soutenu par les ESH Axentia et Immobilière du Moulin Vert et porté par l’Association ouvrière des Compagnons du devoir et du Tour de France.

  • "Accompagnement socio-professionnel pour 135 foyers du bassin minier", projet soutenu par l’ESH SIA Habitat et porté par l’association la Sauvegarde du Nord.

  • "Centre Faham (Femmes actives hommes actifs en mouvement) : espace d’épanouissement multidimensionnel et créatif", projet soutenu par la Société Hlm de La Réunion porté par l’association Inseranoo.