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Anru : la rénovation urbaine à l'aune du climat AH

Accélérer la rénovation énergétique et penser aujourd’hui des logements et des quartiers conformes au climat de 2050 : c’est la double nécessité soulevée en plénière des Journées de l’Anru qui se tenaient les 12 et 13 septembre à Ground Control (Paris).

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“La ville de demain sera durable ou bien elle ne durera pas”. Par ces mots, Olivier Klein plaçait les Journées de l’Anru sous le signe de la transition écologique en ce début septembre, à Paris. Un peu plus tôt, François Gemenne, chercheur en géopolitique de l’environnement et membre du Giec, avait alerté fermement sur les enjeux liés au changement climatique. “Les médias disent que nous avons vécu des ‘événements exceptionnels’ cet été avec les fortes chaleurs. C’est une erreur et une faute morale que de continuer à les qualifier comme tels”, a-t-il lancé en introduction de la séance plénière. L’impératif est aujourd’hui à l’adaptation puisque “le changement climatique que nous avons engagé est irréversible. C’est un voyage sans retour. La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons encore déterminer quelle sera la hausse de température”, insistait-il.

Face à ce défi, la rénovation urbaine a une part importante à jouer, tant sur le bâti que sur la réduction des inégalités. Baptiste Perrissin-Fabert, directeur général par intérim de l’Ademe, le confirme par des chiffres : “L’empreinte carbone moyenne d’un Français se situe entre 9 et 10 tonnes, dont 50% dépend du quartier où il vit : les infrastructures, les matériaux utilisés dans les logements, l’accessibilité, etc. Ce qui confère une responsabilité toute particulière aux politiques de rénovation urbaine”.

D’ores-et-déjà, les logements réhabilités dans le cadre des opérations Anru permettent de “faire sortir 90% des ménages de la précarité énergétique”, souligne pour sa part Anne-Claire Mialot, directrice générale de l’Agence. Mais l’enjeu aujourd’hui est d’accélérer, comme le dit Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de France urbaine : “Il faut passer de l’expérimentation à la massification”. Thierry Asselin, directeur des politiques urbaines et sociales de l’USH, abonde dans ce sens : “On réhabilite en moyenne 105 000 logements par an. Il faut doubler le rythme et trouver collectivement des solutions de type MassiRéno ou EnergieSprong. À l’USH, nous encourageons une rénovation ‘seconde vie’ des bâtiments pour envisager l’avenir”.

100 M€ pour 50 territoires-pilotes

Outre le rythme, l’autre enjeu est de “livrer des logements qui, en 2050, seront aux standards énergétiques”, poursuit Anne-Claire Mialot. Olivier Klein approuve : “Nous avons une responsabilité collective pour que ces beaux projets ne soient pas obsolètes face à l’urgence climatique”. D’où son annonce de lancer le projet “Quartiers résilients”. “Je veux une revue de tous les projets [Anru] existants, en 2023, sous l’égide des préfets, avec cet objectif clairement fixé : que tous nos quartiers deviennent résilients. Ils devront réexaminer tous les projets, en se reposant les bonnes questions : est-ce que la cour de l’école que l’on rénove doit être moins bitumée ? Est-ce que la couleur de l’immeuble que l’on réhabilite reflètera moins les rayons du soleil ?”. Une cinquantaine de territoires-pilotes bénéficieront d’une enveloppe de 100 M€ pour une action renforcée de l’Anru, pour pousser les curseurs et aller plus loin en matière de végétalisation, de chauffage performant, de récupération des eaux usées, etc. Le fonds vert annoncé par la Première ministre, Élisabeth Borne, sera l’un des outils pour amplifier ces actions, ajoute le ministre délégué à la Ville et au logement.

 

“La transition énergétique sera au cœur des enjeux des nouveaux contrats de ville.”

Olivier Klein, ministre de la Ville et du logement

 

Olivier Klein souhaite que cette démarche, fondamentalement partenariale, s’inscrive dans un projet plus large “Quartiers 2030”. “Ce travail collectif doit aussi permettre d’enrichir la réflexion sur les nouveaux contrats de ville, dont la transition énergétique sera au cœur des enjeux”. Leur cadre devra être assoupli “pour que les priorités puissent être élaborées localement, en fonction des quartiers”. Leurs habitants devront, quant à eux, être associés à ces démarches. “Ils sont la mémoire de nos quartiers, c’est avec eux que nous pourrons réussir les projets”, insiste Catherine Vautrin, nouvelle présidente de l’Anru. Le ministre l’assure : il fera des propositions pour “réinventer de nouvelles formes de participation”.

 

Première priorité : améliorer les logements

Dans les QPV, les attentes d’amélioration du quartier sont plus fortes qu’ailleurs, notamment concernant les logements et les espaces publics. L’amélioration des logements est même la première priorité avec 84% des réponses, contre 72% pour l’ensemble des Français (4e priorité), selon le baromètre d’opinion commandé par l’Anru auprès de l’institut Harris Interactive. Le sondage montre également que les habitants des QPV sont plus au fait des programmes de rénovation urbaine (82%) que le reste de la population française (72%). Les habitants des QPV sont un peu moins satisfaits de leur quartier (74%) que de leur commune (82%), une satisfaction globalement moindre qu’à l’échelle nationale (88%).