L'Union sociale pour l'habitat
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“Avec les bailleurs, tenter, prendre des risques, oser”, Jean-Luc Gleyze, président du Conseil départemental de la Gironde AH

En matière d’énergie, de confort, d’accompagnement social et dans bien d’autres domaines, la capacité à inventer des solutions inédites et duplicables est devenue l’atout numéro 1 des bailleurs sociaux et de leur collectivité de rattachement. Jean-Luc Gleyze, président du Conseil départemental de la Gironde, qui parie sur l’innovation, en est convaincu.

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Dans quelle mesure l’innovation est-elle un outil majeur pour répondre aux problématiques du logement ?

Je dis souvent à nos partenaires et collaborateurs qu’il faut oser se tromper mais surtout oser réussir. Tenter, essayer des choses nouvelles, puis évaluer, voir si c’est efficace, duplicable, ou s’il convient de passer à autre chose. Nous expérimentons beaucoup. Par exemple, sur le Bassin d’Arcachon, où existent d’importants besoins d’habitat à la fois pour les saisonniers en été et pour les personnes en difficulté en hiver, nous avons conçu des maisons en bois destinées à accueillir ces différents publics en fonction de la saison, avec un accompagnement associatif pour aider au bien habiter. Autre illustration, à Lesparre, où nous avons créé avec Gironde Habitat et l’association laïque du Prado un lieu où peuvent s’installer ponctuellement des personnes en situation d’urgence : femmes victimes de violence, personnes à la rue, migrants arrivés sur le territoire, jeunes en stage à l’hôpital... L’accompagnement social réalisé dans le lieu permet de favoriser les rencontres et les partages de vie. Nous venons également de lancer des maisons mobiles départementales, pour pouvoir accueillir dans une phase de test un couple de jeunes agriculteurs sur le Domaine de Nodris.

Vous évoquez une puissance d’innovation permise par la synergie entre les différents acteurs. Quels visages cette innovation peut-elle prendre ?

Je citerai un exemple emblématique : un dispositif mis en place dans un bâtiment de cinq étages à Bordeaux. Les deux premiers niveaux accueillent des services départementaux avec des data centers. Les trois autres étages sont occupés par des logements sociaux de Gironde Habitat. Dans cet immeuble, nous avons installé 324 radiateurs-ordinateurs alimentés par la chaleur produite par les calculs informatiques des data centers. Cette formule, amortissable sur sept ans et d’ores-et-déjà dupliquée à Cenon, permet de fournir du chauffage gratuit aux habitants. Côté énergie, le gain est double puisque l’énergie fatale est en partie récupérée, et aucune consommation d’énergie n’est nécessaire au refroidissement des systèmes.

En matière d’innovation, comment s’imbriquent les forces du Département et des organismes de logement social du territoire ?

Les OLS sont nos premiers partenaires. C’est avec eux que nous pouvons tenter des choses, prendre des risques. Ils sont le bras armé de nos politiques de l’habitat. Toutes les actions visant à développer la solidarité, la territorialisation, l’adaptation de l’offre aux besoins, sont possibles parce que nous travaillons ensemble. Et cela va même plus loin puisqu’ils sont eux-mêmes en demande sur l’innovation, prêts à expérimenter et proposer de nouvelles pistes.

Quels autres leviers peuvent être activés pour aider les personnes aux revenus modestes à optimiser leur budget ?

La facture énergétique est un élément déterminant dans le budget des familles. Nous menons une expérience avec des panneaux solaires posés sur les toits d’un bâtiment de Gironde Habitat, où la part produite par le solaire thermique est réinjectée pour les communs et pour chaque logement, de manière à diminuer la facture des résidents.

Comment la prise en compte des besoins des seniors s’inscrit-elle dans l’action du département ?

C’est un enjeu majeur qui demande de concevoir de l’inclusion, en apportant du service, de l’équipement et de la proximité chez les personnes âgées, pour maintenir de l’autonomie. On s’est aperçu pendant les confinements successifs que les jeunes aussi ont été parmi les populations les plus fragilisées par la crise. L’idée est donc de trouver des réponses intergénérationnelles, en faisant vivre ensemble seniors, jeunes actifs et étudiants, dans un environnement d’entraide.

Les populations fragiles, ce sont aussi les personnes en situation de handicap…

Absolument, et nous travaillons sur de nombreux projets, parmi lesquels le regroupement de personnes cérébro-lésées dans des maisons communes, en mutualisant les prestations de compensation du handicap (une trentaine de maisons déjà existantes sur le territoire), ou encore des lieux de vie partagés pour les jeunes autistes, parmi bien d’autres initiatives.

Propos recueillis par E.B.