L'Union sociale pour l'habitat
Chargement en cours

Bâtiment intelligent : le BOS ou comment faire chanter la donnée AH

Certaines révolutions silencieuses se concrétisent à une vitesse sous-estimée. L’arrivée de l’intelligence artificielle déployée au travers d’un Building Operating System (BOS) dans les bâtiments promis à l’éco-réhabilitation en fait partie et cinq bailleurs sociaux sont aux avant-postes, avec le soutien de l’USH. Le webinar organisé le 25 mars sur le thème “Mettre en place une architecture numérique du bâtiment avec le BOS” a fait le point sur les expérimentations en cours.

Lire l'article

“Le Building Operating System est une démarche récente, qui a commencé à se déployer dans le tertiaire neuf”, explique le consultant Christian Rozier, président fondateur du cabinet Urban Practice. Elle consiste à organiser et faire converger toutes les données du bâtiment et de son environnement (température intérieure/extérieure, consommation des fluides, présence/absence des habitants...) qui, aujourd’hui, sont le plus souvent non exploitées ou compartimentées, telles les données automates de sous-station, la télérelève des compteurs d’eau ou celle du compteur Linky dans les parties communes. La multiplication des réseaux et des opérateurs aboutit à un certain désordre dans l’émission et la collecte de données. Il était devenu urgent de créer un écosystème numérique cohérent maîtrisé par le bailleur social.  

Un enjeu : libérer la donnée

Le BOS s’appuie sur une architecture numérique qui servira de voie de transit des données collectées par les objets connectés installés dans les parties communes du bâtiment et les logements. Ces objets, ou actionneurs, doivent nécessairement être interopérables, compatibles, et emprunter une architecture numérique unique pour dialoguer et interagir. Cette parfaite compatibilité permet à une intelligence artificielle, déployée dans le bâtiment, d'analyser en temps réel les données collectées et de déclencher certaines actions ou alertes jugées pertinentes lorsque plusieurs conditions sont réunies (régulation du chauffage, alerte incendie ou fuite d’eau...). En centralisant en un seul lieu virtuel toutes les données du bâtiment, le BOS devient alors, pour le bailleur, un outil d’aide à la décision.  

La collecte et l’analyse en temps réel, à l’échelle locale, de ces données aujourd’hui compartimentées et difficilement accessibles, ouvre la voie pour optimiser la maintenance/exploitation du bâtiment, apporter des services aux habitants, permettre l’évolutivité des solutions et objets connectés et accroître l’attractivité du bâtiment. La data devient le 4e fluide du bâtiment.

La Smart Building Alliance (SBA) fédère les acteurs de la chaîne de valeur, des fabricants d’objets connectés aux constructeurs de logements, pour définir un cadre de référence commun afin d’élaborer des principes de connectivité et d’établir des standards de données permettant aux bailleurs de garantir la qualité des services rendus aux locataires, l’accessibilité des données aux prestataires et aux équipes intervenant dans le bâtiment.

Le Mouvement Hlm aux avant-postes

Engagé en 2019 à l’initiative de l’USH, le projet Smart Eco Réno fédère Grand Dijon Habitat (pilote de ce groupement de commandes), Immobilière 3F, Batigère, Cristal Habitat et Alpes Isère Habitat. Les cinq bailleurs se sont lancé dans l’aventure dans le cadre de futures éco-réhabilitations de leur patrimoine, pour gérer a minima l’énergie des bâtiments et baisser les charges des locataires. Le BOS, tel que l’imaginaient alors les partenaires, avait fait l’objet d’une esquisse rapide sur un tableau numérique lors d’une réunion de travail, à Dijon (voir photo). Cette perspective semblait très attirante mais lointaine car l’écosystème était encore à définir et les offres d’entreprises quasi inexistantes, faute de solutions matures.

Depuis, le dessin gribouillé s’est transformé en cinq expérimentations, conduites à Dijon (21), Pierrelaye (95), Neuilly-Plaisance (93), Chambéry (73) ou Pont du Rivet (38), sur des résidences différentes et complémentaires, tenant compte des attentes des locataires, des spécificités patrimoniales et de la performance énergétique de chaque site. Les bailleurs embarqués constatent que, désormais, les entreprises disposent de produits matures ou disponibles aux expérimentations, les locataires y sont attentifs et se montrent intéressés par les solutions capables de faciliter leur quotidien (économies d’énergie, nouveaux services, amélioration de la tranquillité résidentielle et du cadre de vie), tout en garantissant la sécurité de leurs données personnelles.  

Le surcoût du déploiement d’un BOS et d’objets connectés est actuellement évalué à 2 000 € par logement. Mais prenons le pari que ces coûts évolueront à la baisse dans les prochaines années, compte tenu de la massification de la production des objets connectés et de la dissémination de ces solutions intelligentes.

Pour en savoir plus : Vous avez dit BOS ? - Webinar du 25 mars 2021 (support de présentation)