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Thème de la publication
Consommation d'énergie
Numéro

Actualités Habitat n°1180

Paru dans

JANVIER 2023

Actualités Habitat n°1180

Date de publication :

19 janvier 2023

Auteur(s) :

DIANE VALRANGES

Coupures électriques : des mesures à prendre pour anticiper les risques dans le parc social

Un webinaire organisé le 13 décembre par l’USH sur le thème Anticiper et gérer les opérations de délestage électrique dans le parc Hlm, a permis aux bailleurs sociaux de se préparer aux impacts sur leur patrimoine de possibles coupures électriques cet hiver. Un risque qui, d’après l’État et RTE, semble cependant s’éloigner.

“Le risque de coupure cet hiver semble s’écarter”, a déclaré Oliver Véran, porte-parole du gouvernement, le 4 janvier, à la sortie du Conseil des ministres. Il a notamment salué les efforts de sobriété des Français qui ont permis de réduire de près de 10% la consommation électrique au cours des dernières semaines. Une bonne nouvelle annoncée par RTE dès le 14 décembre, lors d’une audition au Sénat, puis le 20 décembre dans son rapport annuel (voir encadré). Pour autant, les messages préalables envoyés par le gouvernement (lire AH 1179) incitent à rester vigilants et à se préparer. C’est ce qu’a souhaité faire l’USH en organisant le 13 décembre un webinaire qui a réuni 200 participants, sur le thème Anticiper et gérer les opérations de délestage électrique dans le parc Hlm.

Yannick Jacquemart, directeur Nouvelles flexibilités pour le système électrique chez RTE est revenu sur “la conjonction de facteurs” qui pèsent sur les réseaux électriques cet hiver. Approvisionnements en baisse, partie du parc nucléaire en cours de maintenance pour des questions de corrosion, possibles difficultés d’importation d’électricité en provenance d’autres fournisseurs européens… D’où un “risque réel de manquer de capacité de production à certains moments de pointe, où on ne pourra pas alimenter tout le monde”.

Mais avant d’en arriver là, il est encore possible d’agir de trois manières : réduire la consommation pour que les pointes comprises entre 8h et midi et entre 18h et 20h soient au plus bas ; lisser la courbe de charge et décaler la consommation en dehors de ces pointes, comme le fait Enedis depuis le 15 octobre en reportant à la nuit la commande de 4,3 millions de chauffe-eau, qui a permis de gagner, selon Yannick Jacquemart, “2,4 GW, soit l’équivalent de deux réacteurs nucléaires”. Enfin, l’alerte Ecowatt, “faite pour prévenir et surtout pour inciter à l’action et alerter sur les heures auxquelles agir. L’objectif, c’est d’éviter le délestage”, insiste-t-il.

Concrètement, comment ça se passerait ?

La veille de délestages potentiels, en cas de tension forte, RTE fera établir un plan par Enedis, qui gère le réseau public de distribution, en indiquant le volume souhaité par région et par plage horaire. Enedis configurera alors des “blocs” de 100 MW pour des créneaux de 2h environ. En cas de délestage, un ou plusieurs départs alimentant chacun un ensemble de 1 000 clients (soit 1 MW), en moyenne ou en basse tension, seront coupés, afin de maintenir l’équilibre production/ consommation. “Un délestage programmé fonctionne par départ, explique Thierry Vachon, directeur clients entreprises et professionnels d’Enedis. On va couper un départ, donc toute une branche”. En réalité, 38% des clients ne seront jamais concernés : les sites prioritaires (sites sensibles, casernes, gendarmerie, police, mairies…) et les clients connectés au même départ qu’un site prioritaire. Par équité entre clients et territoires, une même personne ne pourra être délestée deux fois lors d’une même alerte.

Concrètement, les quelques organismes de logement social qui possèdent des bâtiments dont la puissance électrique souscrite est supérieure à 36 kVa seront informés directement par leur fournisseur en mode “push” des points potentiellement délestés le lendemain, et de l’heure. Les autres, dont les bâtiments ont une puissance inférieure à 36 kVa, devront consulter l’alerte Ecowatt et le site monecowatt.fr. Enedis travaille à la possibilité de fournir une liste au niveau des communes potentiellement délestées le lendemain et leur créneau horaire, explique Thierry Vachon. Les bailleurs ont donc tout intérêt à se rapprocher de leur interlocuteur privilégié Enedis pour vérifier ces informations préalables.

Pour les bailleurs, des risques à anticiper

Dans le parc social, l’impact de délestages éventuels doit s’anticiper avec les fournisseurs d’énergie et les prestataires pour prioriser les actions préventives à mettre en place concernant les locataires au sein de leur logement, des parties communes et les risques d’intrusion de personnes malveillantes sur certains sites sensibles. “Tout l’enjeu est d’informer les locataires des sites concernés, par SMS, mails, affichage, analyse Thierry Asselin, directeur des Politiques urbaines et sociales de l’USH, peut-être en s’appuyant sur leurs associations pour relayer les messages. Tous ces sujets doivent être anticipés, les affiches préparées, le plan de communication adapté. Plus globalement, il y a un vrai enjeu avec les équipes de terrain pour qu’elles soient prêtes le jour J”.

Parmi les sujets critiques identifiés par l’USH, “le risque d’incarcération de personnes dans les ascenseurs inquiète tout le monde”, témoigne Rémy Vasseur, responsable Énergie et bas-carbone à l’USH. Difficile de faire plus, à un jour du risque de délestage, que l’alerte par voie d’affichage dans les cages d’escalier et sur les portes des ascenseurs en amont par le personnel de proximité pour en empêcher l’usage. L’USH conseille de contrôler les installations dès à présent ainsi qu’à la reprise du service après coupure sur les sites identifiés comme prioritaires (immeubles de moyenne hauteur). “Pour les IGH, c’est peut-être le moment de réaliser une campagne de vérification des systèmes de secours”, conseille Rémy Vasseur.

Le contrôle du bon réarmement des équipements vaudra également pour les dispositifs de désenfumage, pour les VMC gaz, pour les chaufferies selon leur taille, et pour tous les équipements communs. L’éclairage des circulations dans les parties communes constitue un autre point critique, un certain nombre de cages d’escalier étant aveugles.

Préparer ses systèmes d’information

Parmi les sujets sensibles, “le risque incendie pourrait être renforcé par l’utilisation de bougies en cas de perte d’éclairage”, alerte Rémy Vasseur. Un sujet qui nécessite des messages de prévention auprès des locataires. De même, l’ouverture des volets électriques en amont de la coupure sera nécessaire pour ne pas risquer de se retrouver dans le noir. Les accès aux parties communes et les portes des parkings bloquées en position ouverte, les coupures d’eau ou un débit très réduit du fait de surpresseurs à l’arrêt dans les étages les plus élevés sont également à anticiper. Enfin, la question du fonctionnement des centres d’appels doit être appréhendée, ainsi que celle de l’aménagement des horaires / astreintes des gardiens et du déplacement des sociétés de nettoyage ou de prestataires, à reporter en cas de coupures.

Pour la protection des personnes fragiles, en particulier les personnes âgées, Thierry Asselin recommande aux organismes de se rapprocher de leurs partenaires publics territoriaux, des services de la commune ou de la préfecture pour connaître le dispositif de crise mis en place.

Enfin, les organismes Hlm doivent anticiper certaines mesures pour protéger leurs systèmes d’information et leurs équipements informatiques, afin d’éviter le risque de perte - voire de corruption - de données. Alexandre Gayraud, directeur du Numérique et des systèmes d’information de l’USH conseille d’identifier les systèmes qui ne sont pas protégés par onduleur sur une durée de 2 heures et de prévoir un plan d’extinction et de redémarrage des équipements non ondulés, ainsi qu’un redémarrage progressif des équipements non protégés électriquement. “C’est l’occasion de refaire un test de redémarrage des systèmes”, estime-t-il.

Pour appuyer les organismes dans leur communication préventive auprès de leurs locataires, l’USH a mis à leur disposition sur le Centre de ressources un kit de communication dédié.

Pour en savoir plus : Dossier Energie / Sobriété

Pour en savoir plus : Kits de communication Energie / Sobriété

 

RTE : “Nous avons écarté le scénario du pire”

Lors d’une table-ronde sur la relance du nucléaire, organisée par la commission des Affaires économiques du Sénat le 14 décembre, Thomas Veyrenc, directeur exécutif du Pôle stratégie, de la prospective et de l’évaluation de RTE, a annoncé que les efforts de sobriété des Français payaient : “Sur les quatre dernières semaines, la consommation d’électricité au niveau de la France entière est en diminution de 9% et, sur la dernière semaine, de 9,7%. C’est tout à fait considérable. Sur le nucléaire, nous avons actuellement plus de 41 GW de disponibilité du parc nucléaire. C’est très satisfaisant. Sur l’hydraulique, deuxième source de production d’électricité, les stocks sont revenus dans notre moyenne historique. Le dernier point qui fonctionne très bien, ce sont les interconnexions européennes, extrêmement fluides. La France peut s’appuyer sur ce système”. Il a par ailleurs continué à se vouloir rassurant lors de la présentation du rapport annuel de RTE, le 20 décembre, déclarant que “la France aborde le cœur de l’hiver dans une situation plus favorable qu’au début de l’automne, et mieux préparée à faire face aux situations de tension”. À ce stade, il n’anticipe plus qu’un risque “moyen” de tension sur le réseau électrique.

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PARU DANS ACTUALITÉS HABITAT N°1180 DU 15 janvier 2023

Actualités Habitat n°1180

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