L'Union sociale pour l'habitat
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Crise sanitaire : produire des logements abordables est plus que jamais prioritaire AH

Crises sanitaire, économique et sociale conjuguées aggravent la précarité et la paupérisation. Collectivités locales et secteur Hlm développent leurs interventions avec des budgets contraints et appellent l’État à amplifier sa mission de solidarité nationale en matière de logement. Ces thèmes étaient au cœur du webinar d’actualité que le Réseau des acteurs de l’habitat a tenu le 18 novembre avec 300 participants.

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Dans la métropole de Lyon, une demande de logement social sur sept était satisfaite en 2019, contre une sur 16 en 2020. © J. - F. Bernard-Sugy

Il est vite apparu, lors de la première table ronde du webinar du Réseau des acteurs de l’habitat, qu’à l’issue des dernières élections municipales, la notion de “maire bâtisseur” est toujours d’actualité. Mais plus tout à fait comme on l’entendait précédemment. "Le tout béton est révolu, la ville ne peut plus se construire autour de la voiture à partir d’une agrégation de programmes de promotion immobilière sans liens entre eux", estime Mathieu Klein, maire de Nancy et président de la métropole du Grand Nancy, pour qui une politique locale du logement dans l’intérêt des habitants se conçoit en relation avec les territoires environnants et en cohérence avec l’urbanisme et les mobilités. En outre, ajoute-t-il, "la sécurité et la tranquillité sont des points clés de la qualité de l’habitat à côté d’autres paramètres tels que la végétalisation au cœur des villes et la propreté. Cette approche globale et qualitative est un moyen de recréer de la mixité dans les quartiers."

Le logement Hlm, levier de justice sociale

Dans le même esprit, le maire d’Arras et président de la Communauté urbaine, Frédéric Leturque, rappelle que "le temps long est indispensable à la réussite d’une politique d’aménagement du territoire qui doit mettre d’accord ses élus mais également ceux des territoires voisins afin d’articuler leurs initiatives, tant en termes d’organisation des services publics que de mobilités." Dans un territoire où 75% des habitants sont éligibles au logement social, Frédéric Leturque a souligné combien le logement social doit être éco-responsable et contribuer à la qualité de vie de la population. Pour favoriser la construction et stopper l’étalement urbain, Arras procède à la reconquête de zones foncières existantes et produit annuellement 1000 logements dont un tiers de logements Hlm.

L’exemple de la métropole de Lyon (1,5 million d’habitants) a mis en lumière un autre aspect des problématiques du logement cette fois dans un territoire tendu. Six Grands-Lyonnais sur dix ont dû renoncer, ces dernières années, à leur projet immobilier et l’accès au logement social s’est restreint en passant d’une demande satisfaite sur sept en 2019 à une sur 16 en 2020. "Nous nous sommes engagés à inverser la tendance avec un objectif de construction de logements sociaux en hausse de 4000 à 6000 par an", déclare Renaud Payre, vice-président délégué à l’habitat au logement social et à la politique de la ville.

Territoire en mutation, Saint-Étienne s’est doté d’un PLH innovant en matière d’intervention sur l’existant et mobilise son nouvel OPH, créé par la fusion de l’ensemble des OPH communaux et sa société d’aménagement, pour assurer une transformation en profondeur, non seulement de son parc de logements sociaux, mais également du tissu ancien, indique Marie-Laure Vuittenez, directrice générale de Métropole Habitat Saint-Étienne. En réponse aux besoins exprimés par les élus, Valérie Fournier, directrice générale d’Immobilière 3F, a souligné combien "la technicité des bâtiments et l’architecture étaient dans l’ADN des organismes Hlm qui disposent, en outre, de fortes capacités de maîtrise d’ouvrage." La présidente de la Fédération des ESH a aussi rappelé que ces organismes ont l’habitude d’intervenir auprès des collectivités dans le réaménagement des quartiers Anru et dans la reconstruction de la ville sur la ville. "Nous disposons d’une large palette d’interventions au service des collectivités. Par exemple en surélevant des bâtiments, en installant des commerces en pied d’immeuble et en assurant une présence permanente de personnels dans les quartiers."

L’impact de la crise sanitaire sur le vécu et la perception de la densité a également été évoqué. Va-t-il se traduire par une attractivité nouvelle des villes moins denses ? Mathieu Klein invite à la prudence : "Il faut prendre le temps de mesurer les désirs et les possibilités réels des citadins de quitter les grands centres urbains."

Une paupérisation accrue

La deuxième table ronde du webinar était dédiée aux conséquences de la crise sanitaire sur les habitants et les acteurs du logement ainsi qu’aux premières réponses apportées. L’économiste Daniel Cohen, professeur à l’École normale supérieure, a exposé les fracturations que cette crise est en train de produire. Ses considérations sont en phase avec celles de la déléguée interministérielle à la lutte contre la pauvreté, Marine Jeantet : "Le confinement est un choc terrible pour les publics fragiles. Beaucoup de personnes au RSA ou en emploi précaire, ont vu leurs revenus informels disparaître avec la crise sans disposer d’épargne pour compenser. Dès le premier confinement les demandes d’aides alimentaires ont crû de 30 à 40%." Le deuxième confinement aggrave la situation selon la déléguée interministérielle. Ce ne sont plus seulement les publics précaires qui s’enfoncent dans la pauvreté mais aussi une partie des indépendants et des commerçants privés de leurs revenus. "On observe une forte hausse de la demande de RSA", observe-t-elle. Des aides exceptionnelles de l’État ont été mises en place en mai/juin et le sont à nouveau en novembre pour compléter le dispositif de redistribution social structurel. Ces mesures ont limité l’impact de la crise sur le revenu des habitants, dont la baisse, selon une étude Kantar, est restée inférieure à la moyenne des pays du G7.

Renforcer les aides sociales structurelles

Mêmes types de constatations de la part de Christophe Devys. "En plus des pertes de revenus, les plus précaires ont vu leurs dépenses augmenter ne serait-ce qu’en raison de la fermeture des cantines scolaires qui les a contraints à des dépenses alimentaires supplémentaires pour nourrir leurs enfants", rapporte le président du Réseau Alerte, qui observe également que la pauvreté n’était jamais apparue aussi clairement chez les jeunes qui ont perdu la plupart de leurs petits boulots. Il redoute que la fin du chômage partiel et du soutien massif de l’État à l’économie provoque une avalanche de suppressions d’emplois aggravant encore la pauvreté. Le surcroît du nombre de pauvres dû à la crise est actuellement estimé à un million. Pour y faire face, le Réseau Alerte demande une augmentation substantielle du RSA.

Une demande appuyée par la directrice générale de l’Union sociale pour l’habitat. Marianne Louis considère en outre que "le calcul de l’APL doit prendre en compte immédiatement les baisses des revenus des bénéficiaires afin de les solvabiliser et contenir le taux des impayés". Position qui rejoint celle de Romain Biessy, secrétaire confédéral de la Confédération syndicale des familles et président du Conseil social du Mouvement Hlm, pour qui "le loyer n’est pas qu’un produit financier mais permet d’assurer l’entretien des immeubles et la qualité de vie des habitants." L’USH souhaite également une mobilisation des Fonds de solidarité logement pour aider au règlement des factures d’énergie et d’eau, comme l’illustre l’intervention de Martine Jardiné, vice-présidente du Conseil départemental de Gironde. Par ailleurs, le renforcement des aides à la pierre est nécessaire à l’élargissement de l’offre de logements PLAI et PLUS pour couvrir les besoins des plus précaires et maintenir la fonction généraliste du parc social. "Autre conséquence de la crise, poursuit Marianne Louis, la chute d’environ un tiers des attributions au premier trimestre due à des raisons techniques du fait que les commissions ne pouvaient pas se réunir, et parce que beaucoup de locataires ont renoncé à leur projet d’accession à la propriété". "Notre capacité à accueillir de nouveaux entrants est donc érodée", regrette-t-elle. Et ce n’est pas le Plan de relance qui prévoit uniquement des aides à la rénovation énergétique mais rien sur la production qui permettra d’augmenter l’offre de logements Hlm. Dans les conditions actuelles, la production sera au mieux de 100000 logements au lieu des 120000 qui étaient programmés.

Or, constate la nouvelle présidente de l’USH, Emmanuelle Cosse : "La demande de logements Hlm ne cesse de croître et les organismes Hlm, handicapés par la RLS, peinent à produire à la hauteur des besoins. Difficultés supplémentaires, les freins mis par certaines municipalités sur les permis de construire et sur l’offre de logements très sociaux entravent nos actions." Enfin, tout en invoquant le caractère essentiel des enjeux liés à la transition environnementale, Emmanuelle Cosse a alerté sur le fait que l’écologie ne devait pas servir de prétexte à la construction de logements moins abordables. "Nous avons besoin à la fois de justice sociale avec des logements abordables et de respect de l’environnement" a-t-elle indiqué.

Contact : Dominique Belargent, USH. Mél. : dominique.belargent@union-habitat.org

 

Le logement parmi les principales préoccupations

Le directeur général de Kantar Public, Emmanuel Rivière, a présenté une enquête sur les tensions et les aspirations autour du logement. Il en ressort plusieurs points clés. Le logement est la première préoccupation de 7% des Français et de 8% des Européens. Mais selon les phases de la vie des ménages, cette préoccupation est plus ou moins aiguë. Elle devient plus forte lors de l’arrivée d’un enfant, d’un changement d’emploi ou d’une séparation. Sur les 30 communes étudiées, à la question, quels sont les sujets dont il faudrait s’occuper en priorité, le logement arrive en 6e priorité (34%) juste derrière la sécurité (36%). Dans le contexte de la crise sanitaire, 34% des actifs estiment que leur logement n’est pas adapté au télétravail. Le confinement a donné envie de déménager à 22% des ménages. Donnée plus surprenante dans une France où le rêve de la maison individuelle semblait indétrônable, les répondants sont 79% à penser que l’habitat collectif et la rénovation d’anciens bâtiments sont à favoriser dans la perspective de préserver les terres agricoles et les forêts. Quant au logement social, il est important pour 78% des Français et 87% des locataires Hlm.