L'Union sociale pour l'habitat
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Demain les quartiers : quel(s) projets(s), quelle(s) mobilisation(s) ? AH

L’action publique en faveur des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) a émaillé l’actualité politique de l’année, depuis le discours du président de la République à Tourcoing, jusqu’à l’annonce des premières mesures (doublement du budget de l’Anru, emplois francs, expérimentation de la police de sécurité du quotidien). Comment s’inscrit le déploiement du NPNRU dans ce contexte ?

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Pour introduire le débat, une vidéo sur l’initiative de trois organismes : Toulouse Métropole, Les Chalets et Patrimoine qui ont choisi, avec une structure commune "Coop’ib", de mutualiser leurs moyens pour porter des actions culturelles, éducatives, sportives sur les quartiers de La Reynerie et Bellefontaine à Toulouse, en partenariat avec les associations, pour retisser du lien social. Dans les quartiers de la politique de la ville, rappelle Jean-Alain Steinfeld, "les organismes détiennent 1,4 million de logements, représentant 31% du parc des bailleurs et les quartiers, concernés par le NPNRU, portent sur un parc de 800 000 logements. Plus de la moitié de l’effort de l’Anru, depuis 2003, 23 milliards d’euros, a reposé sur les organismes Hlm, le reste sur les collectivités locales et l’État. Une enquête menée par l’USH démontre, qu’en complément de la restructuration urbaine physique, les organismes ont mené des actions sur tous les fronts, portant sur l’amélioration du cadre de vie, la tranquillité résidentielle, le renforcement du personnel de proximité, l’animation, le lien social, le sur-entretien, la médiation, l’insertion par l’économie… Une partie de ces actions ont pu être menées grâce à l’abattement de TFPB qui constitue un levier important pour encourager des projets collectifs dans les quartiers.

Relance du renouvellement urbain

Après un temps de flottement, au tournant de l’année 2017 et 2018, le budget de l’Anru a été doublé et les règles du jeu clarifiées. "Un temps nécessaire pour finaliser les projets des collectivités, reconnaît Olivier Klein. Au sein de l’Anru, une réflexion est engagée, pour simplifier les process et permettre aux projets de passer plus rapidement en comité d’engagement, de les accompagner dans leur globalité, en intégrant aussi bien les actions sur l’habitat, l’école, l’économie, la gestion urbaine, la tranquillité et les copropriétés dégradées de manière à reconstruire la ville. Depuis le mois de mars, plus de 80 projets ont été validés, 2 milliards d’euros de financement de l’agence ont été engagés". Catherine Panassier abonde en ce sens. Engagée depuis les années 80 dans la politique de la ville, la Communauté urbaine de Lyon, devenue Métropole, qui pilote la politique de la ville sur l’agglomération "a pris les compétences du département pour relier l’urbain et le social", note l’élue. "Mais, interroge Dominique Estrosi-Sassonne, les bailleurs auront-ils la capacité de continuer à s’impliquer autant dans le renouvellement urbain, suite à la mise en œuvre de la RLS de manière unilatérale par le gouvernement ? Ils auront des choix à faire. Le Sénat avait, dès l’année dernière, attiré l’attention des pouvoirs publics sur ce point. Malgré cela, nous, élus, sommes toujours dans une dynamique de projets ». Le doublement du budget de l’Anru, qu’elle salue, "suffira-t-il ? et quelles contreparties à son apport financier va demander Action Logement ?"

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De gauche à droite, A.Fructus, S.Peu, J. - A. Steinfeld.

"Sans la participation des bailleurs aux projets de renouvellement urbain, le NPNRU ne pourra avoir l’ambition nécessaire et se réaliser, confirme le président de l’Anru. Au stade actuel, un certain nombre de projets ont été présentés au comité d’engagement de l’Agence, ont été acceptés et vont pouvoir se développer. Et l’Agence, consciente des possibles difficultés, s’organise pour pouvoir appuyer les projets ou les maîtres d’ouvrages qui rencontreraient des difficultés. Mais nous avons besoin que l’État continue de soutenir la politique de la ville, et notamment les associations, et apporte d’autres financements, autres que ceux de l’Anru". Pour Stéphane Peu, "il est facile pour l’État d’annoncer des intentions financières avec l’argent des autres. Sur les 5 milliards d’euros supplémentaires annoncés pour l’Anru, deux proviennent d’Action Logement, deux des bailleurs sociaux - qu’on leur demande de verser en sus de la RLS - et un milliard de l’État. Mais la traduction concrète des financements de l’État dans le budget reste très faible. Sa contribution n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Peut-on, poursuit-il, faire du renouvellement urbain si la promesse républicaine n’est pas au rendez-vous ? S’il n’y a pas de professeurs dans les écoles des quartiers ? Pas assez de policiers, ni de magistrats?" "Il y a vraiment un Anru 2, y compris en Seine-Saint-Denis", se défend Olivier Klein, citant le cas de Romainville, où une école vient d’être inaugurée. Et de reconnaître que le milliard de l’État devrait être inscrit dans le PLF. Le président de l’Anru réaffirme « qu’il croit en la parole de l’État et des partenaires, et à la capacité de l’Anru de valider les projets et de les engager dans la durée. L’Anru 1 l’a prouvé. Aujourd’hui, une synergie est en marche."

La place des habitants

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Mounïr Ghares

Retour sur le terrain, avec Mounir Ghares, acteur de terrain sur le quartier de La Viste à Marseille, quartier réhabilité dans le cadre du premier PNRU. "Oui, il y beaucoup de choses positives. Le quartier a été revalorisé, pourtant les habitants ne sont pas tout à fait satisfaits. Leur avis n’a pas été pris en compte. Leurs attentes : un quartier désenclavé qui s’ouvre sur la ville, un ascenseur neuf dans la tour, et le maintien de commerces sur place. Or les commerces qui existaient, bien que vacants, ont été supprimés sans possibilité de retour, et un jardin a été aménagé. "On n’a pas fait le pari de l’avenir, regrette-t-il. Les femmes du quartier qui envisageaient d’ouvrir une boulangerie ne le pourront pas…". Autre sujet d’inquiétude pour ce travailleur social qui officie depuis vingt ans, "la baisse importante des subventions, qui cette année, a conduit à la suppression de six emplois et au non renouvellement de six emplois aidés, ce qui va entraîner moins d’aides aux devoirs, moins d’activités…"
Un phénomène qui ne touche pas que son centre social. Mais malgré tout, il veut rester positif et croire qu’il partage un même objectif avec les bailleurs et les autres acteurs de la politique de la ville : permettre aux habitants de mieux vivre. "La mise en place des conseils citoyens, par François Lamy, a permis de renforcer la parole des habitants, aujourd’hui essentielle", souligne Arlette Fructus, qui justifie les choix faits dans le cas de La Viste : "L’enjeu était de faire sortir les habitants du quartier, sachant qu’il était situé à proximité d’un axe passant et commerçant." "Autre enjeu crucial dans les quartiers politique de la ville, la sécurité, qui est du ressort de l’État, même si les collectivités locales et territoriales peuvent l’accompagner dans un certain nombre de missions. Aujourd’hui, la police de sécurité au quotidien qui va être déployée début janvier 2019, suscite de grandes attentes", relève Dominique Estrosi-Sassone. Une approche partagée par Catherine Panassier qui affirme "qu’il faut plus de fermeté sur la sécurité, qui est la première des libertés". "Oui, la reconquête républicaine est prioritaire dans ces quartiers et les pouvoirs publics sont aux abonnés absents. Un tiers du patrimoine de l’office, dont je suis administrateur, est tenu par les trafics, et les habitants sont pris en otages. Il faut de la répression, mais il faut aussi modifier la doctrine policière », enchaîne Stéphane Peu, qui insiste aussi sur le manque d’effectifs de policiers dans ces quartiers. "Si on ne résout pas le problème de la sécurité pour les habitants, on n’y arrivera pas, résume l’élue marseillaise", évoquant le cas de dealers qui ont réinvesti un bâtiment réhabilité à Marseille.
Aux termes de ces échanges très fournis, si Dominique Estrosi-Sassone réclame pour le NPNRU "plus de souplesse, moins de dogmatisme et une gestion moins technocratique et plus de latitude pour les élus", Arlette Fructus reconnaît les efforts déployés par l’Anru pour améliorer son fonctionnement, à travers notamment son nouveau règlement. Pour l’élue lyonnaise, "le temps long des projets ne correspond pas au temps court des habitants, d’où l’importance de la présence de services publics et de vie locale sur les quartiers". Elle prône plus de mobilité. "Toutes les réponses ne sont pas du côté de l’Anru, dont les équipes ont été parfois blessées par certaines critiques. Non l’Anru n’a pas de dogme ; oui, il faut accepter l’idée de la maturation du projet, mais ne pas attendre que le projet soit ficelé pour passer en comité d’engagement et donner des autorisations de démarrage anticipé. L’enjeu du programme de renouvellement urbain, c’est notre capacité à donner envie aux habitants de rester dans leurs quartiers, et construire du logement social partout. L’Anru est mobilisée", avance Olivier Klein. Et Jean-Alain Steinfeld de conclure "il est urgent que le renouvellement reparte après une longue période d’études, qu’on n’oublie pas les préoccupations du quotidien dans les projets". Il salue la possibilité reconnue par la loi ÉLAN d’expulser les délinquants condamnés pour trafic de drogue et le travail formidable réalisé par le personnel de proximité et les gardiens d’immeubles, alors qu’ils sont souvent confrontés, sur le terrain, à des situations d’une grande complexité.