L'Union sociale pour l'habitat
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Dis-moi avec qui tu voisines, je te dirai qui tu es ! AH

Lancée en 2017, la recherche sur les relations de voisinage a produit ses premiers résultats, présentés à Lyon le 7 décembre 2018. Pour mémoire, cette étude approfondie vise à mieux comprendre le voisinage comme vecteur d’intégration sociale ainsi que les dynamiques à l’œuvre qui favorisent ou entravent les relations entre voisins.

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La recherche sur le voisinage porte sur 14 quartiers également répartis entre les régions lyonnaise et parisienne(1). Représentatifs de la diversité des situations, des plus bourgeoises aux plus populaires (centres-villes, grands ensembles, périurbain, rural…), ils le sont aussi des statuts d’occupation (propriétaires, locataires du privé et du social). Certains de ces quartiers comptent plus de deux tiers de logements sociaux et d’autres moins de 5%. Travail titanesque, 2 572 personnes ont été longuement interrogées, leur réseau de voisinage a été reconstitué et lui-même questionné. À ce stade, les résultats n’ont été exploités qu’en petite partie et le travail d’interprétation reste à construire.

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L’enquête a démarré sur le terrain avec une phase exploratoire au printemps 2017 et s’est poursuivie par une phase quantitative qui s’est déroulée du 21 mars au 4 juillet 2018.

Entre-soi voulu, entre-soi subi ?

Le voisinage est-il en crise ? "Cette question est un des points d’entrée de la recherche, rappelle Joanie Cayouette-Remblière, sociologue chargée de recherche à l’Institut national des études démographiques. Une crise par manque de relations ou, au contraire, par excès sur le modèle de l’entre-soi et du communautarisme." Les résultats de l’enquête quantitative donnent des premiers éléments de réponse. De fortes homologies sont constatées sur l’ensemble des critères retenus. Ainsi, en moyenne, 72% des relations se tissent entre personnes du même sexe (78% pour les femmes), notamment dans les quartiers de grands ensembles en rénovation urbaine où la tendance est plus accentuée. L’homologie est également élevée sur les critères de l’âge (mais les personnes âgées sont en relation avec un large éventail d’âge) et de situation familiale. En moyenne, 43% des relations ont lieu entre ménages ayant la même situation familiale (50% dans les quartiers bourgeois). Sur le statut d’occupation, l’homologie est particulièrement élevée : 78% en moyenne, mais 90% parmi les locataires Hlm, 82% parmi les propriétaires et 54% chez les locataires du privé ; ce sont ces derniers qui ont le plus de liens avec d’autres statuts d’occupation, notamment avec les propriétaires. "Ces données sont cependant à prendre avec précaution, alerte Joanie Cayouette-Remblière. Dans certains quartiers, l’entre-soi est dû à l’absence de diversité des statuts d’occupation (0% de logements sociaux à Auteuil, 82% aux Navigateurs à Choisy-le-Roi). Dans d’autres quartiers, il semble plutôt provenir de choix affinitaires." Sur le critère des catégories socioprofessionnelles, l’homologie est là aussi importante (44% des enquêtés citent un contact du même groupe social qu’eux). Elle s’explique par la concentration d’une même catégorie socioprofessionnelle dans un quartier, mais pas toujours. Par exemple, les quartiers de mixité sociale programmée ne se caractérisent pas par des relations de voisinage mixtes plus fortes tandis que les centres-villes dégradés du périurbain sont les lieux où les relations de voisinage sont le plus marquées par la mixité des relations.  

Principale nuisance, le bruit !

L’enquête quantitative a également étudié le voisinage comme ressource en observant les échanges de services et d’informations. À la question "est-il important d’avoir des relations avec ses voisins ?", les trois quarts des enquêtés répondent par l’affirmative, ce qui conduit d’emblée à relativiser l’idée répandue de crise du voisinage. D’autant que les relations de voisinage se superposent aux relations familiales (20% des enquêtés dans les grands ensembles et dans les quartiers bourgeois) et amicales (33% en moyenne). Cependant, qu’il s’agisse d’accès à l’emploi, de soutien financier ou scolaire, le voisinage n’apparaît pas comme une ressource importante. "Mais en dehors de ces domaines, la proportion des habitants qui rendent des services est bien plus élevée (59%)", souligne Loïc Bonneval, sociologue à l’université Lyon 2, Centre Max Weber. Ces services portent sur le prêt d’ingrédients et d’objets, la réception de colis, l’arrosage des plantes, la garde des clés, des animaux domestiques ou des enfants, le bricolage, l’aide aux démarches administratives (surtout pour les ménages modestes), etc. Mais 31% des enquêtés sont exclus de ces échanges de services, particulièrement dans les grands ensembles. L’échange d’informations prend aussi une part importante. Par exemple, 40% des personnes interrogées échangent des renseignements sur les écoles, collèges et lycées, 64% sur les commerces du quartier et 23% sur des opportunités d’emploi.

Le voisinage est aussi appréhendé par l’enquête comme une source de conflits ou de gênes. Une personne sur quatre est entrée en conflit avec un ou plusieurs voisins depuis son installation dans le logement. Principale cause, le bruit, dans 56% des cas. Les autres motifs de conflits arrivent loin derrière : la saleté et les dégradations (16%), les remarques et comportements racistes, homophobes, sexistes ou intolérants (15%) et l’usage des parties communes (16%). En revanche, en ce qui concerne les gênes du voisinage, le taux d’habitants concernés grimpe à près de 9 sur 10. Si le bruit arrive toujours en tête (66%), l’écart est moindre avec la saleté et les dégradations (45%), les odeurs (34%), les problèmes de stationnement (34%), l’usage des parties communes (30%) et les impolitesses (28%). Ces gênes sont davantage éprouvées dans les immeubles de grande taille.

Pas davantage de conflits dans le logement social

"Les conflits sont un peu plus fréquents dans les quartiers bourgeois et gentrifiés, mais les écarts avec les autres typologies de quartiers sont très faibles", explique Jean-Yves Authier, professeur de sociologie à Lyon 2, Centre Max Weber. L’étude de leur localisation nous apprend qu’ils sont plus fréquents en maison mitoyenne et moins fréquents dans les immeubles de grande taille. "Comme dans l’enquête Contacts de 1982, on constate davantage de conflits chez les propriétaires que chez les locataires et très peu de différences chez ces derniers, qu’ils soient dans des logements sociaux ou des locatifs privés." La fréquence des conflits est très corrélée à l’ancienneté de résidence et au nombre d’enfants. L’enquête révèle également que les conflits ne constituent pas un frein aux relations de voisinage : tout se passe comme si le conflit était un cas particulier de relation de voisinage, il s’oppose à l’indifférence. L’enquête attire l’attention sur les conduites d’évitement : elles concernent 27% des locataires Hlm contre 17% des locataires du privé.

Une conception élargie du métier de bailleur

La première étape de l’enquête qualitative auprès des bailleurs a porté sur leur vision des relations de voisinage et la place qu’ils leur donnent dans leurs actions. La seconde consistera à identifier et choisir les dispositifs qui feront l’objet d’un travail de recherche plus approfondi. Les premiers résultats proviennent d’entretiens effectués auprès de douze bailleurs sociaux. Leurs actions, très diversifiées, se heurtent au manque de moyens humains et financiers qui seraient nécessaires pour les généraliser. "Elles sont le plus souvent concentrées dans les quartiers de la politique de la ville", indique Hélène Steinmetz, sociologue, maître de conférences à l’université du Havre. "Les entretiens avec les bailleurs ont fait émerger sept registres d’actions qui visent à réguler et/ou à favoriser les relations de voisinage et la gestion locative." Parmi ces registres, figurent la sécurisation des résidences, des personnels et des locataires, des actions sur les usages au quotidien du quartier et du logement ou la régulation des troubles et des conflits interpersonnels. Ces interventions posent la question du rôle du bailleur. Laurence Faure, sociologue, maître de conférences à l’université de Lyon 2, Centre Max Weber, observe "le passage d’une conception restrictive du métier de bailleur (construction et gestion locative) à une conception extensive qui implique de s’attacher aux habitants et de comprendre quelles actions sociales il convient de mener." Ces transformations produisent quatre types de tensions chez les bailleurs, que l’on peut ainsi synthétiser : agir en complémentarité avec les partenaires (États, collectivités, travailleurs sociaux…), sur la base d’une clarification du rôle de chacun ; définir des projets en concertation avec des habitants pas toujours impliqués et prendre en compte leurs souhaits dans des procédures d’appel d’offres peu adaptées à cet exercice ; se charger de la question sociale considérée comme cruciale dans un contexte économique contraint, et enfin, communiquer pour justifier de l’efficacité des actions mises en œuvre afin de pérenniser les financements.

« On constate davantage de conflits chez les propriétaires que chez les locataires. »

En conclusion, Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels à l’USH, a rappelé que les résultats présentés à Lyon vont être affinés dans les mois qui viennent. "Des échanges entre les organismes participants et les chercheurs ainsi que l’enquête qualitative auprès des habitants permettront d’approfondir les analyses pour mieux comprendre les dynamiques de voisinage et finaliser la recherche."

(1) Cette recherche, qui s’appuie sur des enquêtes quantitatives et qualitatives, est financée par de nombreuses institutions, collectivités et organismes de logement social : le CGET, l’USH, les Fédérations des OPH, des ESH et Coop’Hlm ; les Associations régionales Hlm - AORIF, ARRA Hlm, ABC Hlm -, les organismes Hlm (Valophis Habitat, Paris Habitat, Polylogis, APES DSU, Habitat en Région, Grand Lyon Habitat, Alliade Habitat, Opac 38), la SEM Sacoviv, l’Institut CDC pour la recherche, la Métropole de Lyon, la Ville de Paris et le PUCA. 8  

Pour en savoir plus :  vidéo "Le voisinage, vecteur d'intégration sociale ? Premiers résultats"

Contact : Dominique Belargent, USH, dominique.belargent@union-habitat.org

 

Calendrier de la recherche sur le voisinage

Janvier-Juin 2019 :
• Analyse de dispositifs de voisinage des bailleurs révélés par l’enquête qualitative
• Échanges bailleurs chercheurs pour finaliser l’enquête quantitative auprès des habitants
• Début et fin de l’enquête qualitative auprès des habitants
• 25 mai : étude de la Fête des voisins

Juillet-Décembre 2019 :
• Analyses et finalisation des résultats des enquêtes qualitatives
• Fin d’année : séminaire sur les résultats et conclusions de la recherche

 Février-Mars 2020 :
• colloque à caractère scientifique et sociopolitique réunissant tous les publics intéressés par le sujet du voisinage.