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Dossier : le BIM prend ses marques AH

L’intégration du BIM dans les pratiques de construction, réhabilitation et d’entretien-maintenance est désormais une réalité et traduit une évolution des usages, comme en atteste le bilan final du Plan de transition numérique du bâtiment, publié à la mi-mars. Mais certains freins perdurent, que le nouveau Plan BIM 2022 a pour mission d’assouplir. L’USH et les bailleurs sociaux s’impliquent depuis de nombreuses années pour expérimenter et encourager le développement du BIM. Retour sur le chemin parcouru.

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2015-2018 : seules quatre années séparent ces deux dates, mais elles ont été le témoin d’une profonde évolution dans le secteur de la construction, qui a vu le BIM (Building Information Modeling) s’intégrer dans les pratiques. Cette évolution, le Plan de transition numérique du bâtiment (PTNB) l’a accompagnée, permettant le développement du BIM à travers 80 projets expérimentaux subventionnés, dans le cadre de neuf appels à projets.

Fin 2017, 35% des professionnels de la construction estimaient avoir une connaissance suffisante de la maquette numérique et du BIM, relève le bilan du PTNB(1). Plus de la moitié des répondants (51%) indiquaient avoir recours à des outils numériques et au BIM, en particulier dans leur projet de construction, avec un écart entre les entreprises de plus de 50 salariés, où ce taux atteint 71%, et celles de moins de 10, avec 13%.

Depuis, les chiffres ont encore progressé. Selon une étude récente(2), 66% des répondants utilisent le BIM. Les entreprises de 250 salariés et plus seraient même 85% à y avoir recours, majoritairement pour des projets neufs (95%) et de réhabilitation (77%), 66% des personnes interrogées utilisent le BIM pour des projets d’extension et, phénomène nouveau, 9% pour des projets de démantèlement et/ou de décontamination.

Des bénéfices reconnus par les professionnels

Les nombreux atouts du BIM sont bien perçus par ses utilisateurs. Il permet de repenser la manière de concevoir, de construire et d’exploiter les bâtiments, en améliorant la qualité, en réduisant les coûts et les délais, en facilitant le suivi du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie. Il transforme les méthodes de travail, qui deviennent davantage collaboratives et génèrent une plus forte valeur ajoutée. Autant de points positifs mis en avant par les professionnels(2), pour qui le BIM permet une plus grande efficacité de conception et de  construction (74%) et une meilleure communication entre les acteurs dans les processus de conception et de construction (68%). Fiabilité des informations dans les documents de construction (79%), réduction des erreurs (78%), capa-cité à proposer de nouveaux services (76%), rentabilité (53%) et retour sur investissement positif (plus de 30%) sont les principaux bénéfices associés au BIM.

"Le BIM transforme les méthodes de travail, qui deviennent davantage collaboratives et génèrent une plus forte valeur ajoutée."

Très investie dans le développement de ce nouveau processus, l’USH a lancé un Réseau BIM, ouvert aux organismes intéressés, pour partager les expériences. Pour objectiver l’impact du BIM sur les bailleurs sociaux, notamment sur leurs méthodes de travail, connaître leur retour sur investissement, déterminer leurs gains sur la conduite de projets, l’USH a lancé, en janvier 2019, une étude dont les résultats seront présentés au prochain Congrès Hlm, en septembre. Elle pourrait compléter l’enquête que va conduire le CSTB, qui porte le projet de création d’un Observatoire du BIM dans le cadre du Plan BIM 2022. L’USH travaille également à l’élaboration d’un guide de recommandations, à paraître à l’été, pour accompagner les organismes dans leur recours à la convention BIM.

Depuis plusieurs années, de nombreux bailleurs sociaux l’ont expérimenté d’abord en conception-réalisation, puis en réhabilitation et en phase de gestion, d’exploitation et de maintenance. Une étude réalisée par l’USH et la Caisse des dépôts, en 2016, a analysé les démarches engagées par les organismes pionniers. L’opération Atelier BIM Virtuel (ABV), lancée par le PTNB en 2016 et pilotée par l’USH, a également permis de mesurer l’impact du BIM, en reprenant rétroactivement en mode BIM de niveau 2, toutes les étapes de construction d’un bâtiment de 30 logements sociaux par l’OPH de la Communauté d’agglomération de La Rochelle, déjà réalisée en lots séparés en 2010(3). L’expérience a été élargie en septembre 2017 à d’autres aspects du BIM, sous le nom d’Atelier BIM virtuel Plus (ABV+), intégrant notamment l’analyse du cycle de vie et l’approche du projet en coût global.

Usage accru des plateformes collaboratives

Cette démarche a été réalisée en utilisant les outils présents sur la plateforme collaborative Kroqi, qui réunit tous les intervenants d’un projet. Lancée en mars 2018 par Julien Denormandie, alors secrétaire d’État à la Cohésion des territoires, Kroqi compte aujourd’hui 25 000 utilisateurs inscrits pour plus de 6 000 projets créés. Facile d’accès, gratuite, elle est utilisée par de nombreux bailleurs sociaux, tels Habitat 76, le groupe 3F, Clairsienne, Valophis, l’OPH de la Communauté d’agglomération de La Rochelle, Ekidom, Le Foyer Rémois, Lille Métropole Habitat, etc. "Nous y ouvrons un nouvel espace pour tout projet en BIM, témoigne Guillemette Lescure, chef de projet BIM chez LMH. Cela nous permet de disposer des maquettes groupées en un seul endroit sans les soucis liés aux envois par courriel".

Kroqi poursuit son évolution pour répondre à toutes les typologies d’acteurs, en particulier les TPE et PME. Sous l’égide du Plan BIM 2022, lancé en novembre 2018 pour prendre le relais du PTNB, l’ergonomie sera bientôt améliorée et les services disponibles élargis aux différents métiers et à l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. Pour Eddie Alix, chef de projet innovation dans la filière de la construction à la DHUP, "la plateforme collaborative Kroqi est une vraie réussite ! La priorité est désormais de poursuivre son développement à travers l’accès à des services métiers fiables et pertinents, proposés par des tiers, et la mise en place d’un modèle économique gagnant/gagnant pour l’ensemble des parties prenantes". Kroqi est l’une des huit actions du Plan BIM 2022. Portée par le CSTB, elle représente la moitié de l’investissement de 10 millions d’euros prévu pour le Plan.

Des freins humains, financiers et juridiques

Si le BIM fait désormais partie intégrante du paysage de la construction, plusieurs freins entravent encore sa généralisation. Le frein humain est encore très marqué, en lien avec l’évolution significative des pratiques et les nouvelles méthodes de travail que le BIM génère. Pour y répondre, l’offre de formation se développe fortement, y compris dans les cursus universitaires. La montée en compétences des équipes est d’ailleurs l’un des axes du Plan BIM 2022. Au-delà de la nécessaire appropriation des nouveaux outils et logiciels, les équipes doivent opérer une véritable révolution culturelle pour s’approprier à la fois la technique et les nouvelles méthodes de travail. "Les freins se desserrent au fur et mesure de la montée en compétence des acteurs, ajoute Eddie Alix. La formation et l’application de méthodes nouvelles de conduite de projet, notamment au sein de la maîtrise d’ouvrage, sont très certainement des leviers de progrès. Une chose est sûre, la transition numérique est en cours et c’est une opportunité de plus pour favoriser les échanges constructifs entre les professionnels aguerris et les jeunes professionnels "digital native" ".

Ce frein génère des coûts liés à l’acquisition de compétences et de matériel, un investissement qu’une étude réalisée par Sia Partners(4) estime à 110 millions d’euros d’ici trois ans, à la fois pour équiper les acteurs et pour l’accompagnement de la transformation des méthodes de travail.

Autre frein, le manque de standardisation des technologies et d’interopérabilité des logiciels. La création d’un écosystème ouvert et accessible à tous les acteurs (Open BIM) apparaît comme un autre levier important pour permettre la généralisation du BIM. Plus de 200 logiciels sont aujourd’hui compatibles avec le standard IFC (Industry Foundation Classes), qui est le plus connu et le plus utilisé.

Le dernier frein relève de questions juridiques, en raison de l’émergence de nouveaux processus et pratiques collaboratives. La responsabilité juridique des intervenants, la protection de la propriété intellectuelle et la sécurisation des données imposent d’adopter un cadre précis autour d’un projet.

Et demain ?

Certains projets lancés par le PTNB se poursuivent sous l’égide du Plan BIM 2022 et permettront d’apporter de nouvelles réponses et solutions aux maîtres d’ouvrage, tels le DCE numérique (dossier de consultation des entreprises), la valorisation de l’exploitation d’une maquette numérique en support à l’expérimentation E+C-, les travaux sur la numérisation des règles.

Si la loi de Finances 2018 a porté un coup à certains investissements prévus pour recourir au BIM, le contexte actuel de regroupement des organismes Hlm, impulsé par la loi ÉLAN, pourrait bien, lui, faciliter son développement. Pour François Garot, directeur du Patrimoine à l’Ophis, "la création d’une société de coordination entre plusieurs organismes pourrait être un accélérateur, l’occasion de mettre à plat des pratiques et de les harmoniser, en y intégrant le BIM. Si la gestion patrimoniale fait partie des éléments mutualisés, cela sous-entend qu’il y aura un inventaire partagé". Dans ce cas, le coût de la numérisation du patrimoine serait lui aussi mutualisé...

Pour aller plus loin : www.bim.union-habitat.org et site du PTNB www.batiment-numerique.fr.

Contact : Cécile Semery, responsable du département architecture et maîtrise d’ouvrage, Direction de la maîtrise d’ouvrage et des politiques patrimoniales, USH – cecile.semery@union-habitat.org

(1) Baromètre PTNB, 3e enquête quantitative réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 360 personnes, fin 2017.
(2) Étude Autodesk / Cahiers techniques du bâtiment, réalisée par Infopro Digital Études du 28 août au 27 septembre 2018 auprès de 261 répondants (dont 40% d’architectes, 39% de bureaux d’études, 4% de maîtres d’ouvrage).
(3) L’ensemble des livrables sont disponibles sur le Centre de ressources de l’USH, rubrique innovation-prospective, dossier BIM, accessible depuis www.union-habitat.org
(4) Étude Sia Partners, Energy Lab, novembre 2018.

Appel à projets : du BIM aux stratégies numériques globales

Un nouvel appel à projets dans le cadre d’une recherche-action sur le BIM vient d’être lancé par l’USH, le laboratoire PREFics de l’Université de Rennes 2 et la Banque des territoires. Il fait suite à une première recherche conduite en 2016-2017 qui avait permis d’explorer le déploiement du BIM en maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre. L’intégration effective du BIM dans les pratiques des organismes Hlm se pose désormais, comme ensemble d’outils et de méthodes, et plus en tant qu’expérimentation. Cinq axes de recherche sont définis, auxquels les organismes intéressés peuvent répondre :

  • comment développer une "culture BIM" dans tous les métiers de la construction et de la réhabilitation?
  • Quels sont les apports et les limites de la lecture du projet avec la maquette numérique?
  • Comment les pratiques BIM se développent-elles ou pas au niveau du chantier?
  • Comment les locataires sont-ils intégrés à la démarche BIM?
  • Dans quelle mesure le BIM s’inscrit-il dans une stratégie numérique globale au sein des organismes Hlm?

La participation est ouverte jusqu’au 15 avril 2019. Six projets seront retenus et accompagnés par un ou deux chercheurs. Cette recherche sera lancée, au plus tard, en septembre 2019.

Contact : Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels, direction de la communication. dominique.belargent@union- habitat.org  

 

Trois questions à...

Yves Laffoucrière, président du Plan BIM 2022

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© S. Duverneuil

Le plan BIM 2022 s’inscrit-il dans la trajectoire tracée par le Plan de transition numérique du bâtiment ?

Le PTNB et son président, Bertrand Delcambre, ont permis d’assurer un fort développement du BIM en France, par la sensibilisation, puis en lançant les expérimentations. Nous allons désormais accélérer cette transition numérique et basculer dans une phase dans laquelle tous les acteurs qui souhaitent utiliser le BIM vont pouvoir être embarqués dans une démarche plus structurée qui permettra à leurs projets de réunir davantage de qualité, une meilleure maîtrise des coûts et des délais. Il va y avoir une convergence de huit actions. ADN Construction portera sept de ces actions et le CSTB portera, quant à lui, l’action Kroqi. Au cours des trois ans que dure le Plan, nous irons à la fois vers les acteurs et nous ferons remonter régulièrement les bonnes démarches.

Deux comités de pilotage du Plan BIM 2022 ont déjà eu lieu. Quelles sont les priorités d’actions retenues ?

Une première action va concerner les maîtres d’ouvrage à travers l’élaboration d’un cahier des charges pour leur permettre d’élaborer leur charte BIM de manière plus facile. ADN Construction porte cette action. La Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (MIQCP) avait déjà réalisé un excellent guide pour les maîtres d’ouvrage, mais il s’agit maintenant de donner des outils plus opérationnels. Cette action contient plusieurs volets et donnera lieu à des livrables à partir de 2020.

Deuxième priorité, nous allons mettre en place un observatoire, dont l’objectif est de mesurer le niveau de développement du BIM chez les opérateurs, notamment les suites données aux engagements pris par les acteurs de la filière dans la charte BIM 2022, signée lors du Mondial du Bâtiment 2017. Nous nous appuierons également sur les retours d’expériences des appels à projets du PTNB. Les premiers résultats de cet observatoire devraient être connus début 2020.

Quel regard portez-vous sur le développement du BIM dans le secteur, en particulier chez les bailleurs sociaux ?

Le monde des propriétaires immobiliers est très démuni en matière de données solides et régulièrement mises à jour. Les maîtres d’ouvrage s’équipent depuis dix ans, mais ce ne sont que des briques partielles. Grâce au BIM, l’idée est de pouvoir avoir des connaissances précises et à jour de l’état des composants des bâtiments sous forme de données numériques. Une fois qu’ils auront ces données, les acteurs de terrain - en particulier les bailleurs sociaux - pourront mieux piloter l’exploitation de leur parc immobilier, que ce soit en matière de maintenance, de grosses réparations ou d’entretien courant, puisque les coûts en phase d’exploitation-maintenance sur la durée de vie d’un bâtiment sont largement supérieurs aux coûts de la construction. C’est là tout l’enjeu pour eux. Ils pourront également améliorer leurs relations aux clients et aux demandeurs de logements en leur donnant des données beaucoup plus complètes.