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Du BIM à la stratégie numérique globale AH

La généralisation du BIM dans la construction, la rénovation et la gestion, dépend beaucoup de la capacité de tous les acteurs de l’acte de construire à adapter leurs pratiques professionnelles. Si les difficultés sont grandes, le potentiel en termes de qualité, coûts, délais et optimisation de la gestion du patrimoine mobilise largement.

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Les représentants de sept organismes Hlm (cf infra) et les chercheurs du Laboratoire PREFics de l’université Rennes 2 se sont réunis, le 2 juillet, à l’USH, afin de lancer la recherche Du BIM à la stratégie numérique globale qui porte sur l’intégration opérationnelle du BIM dans les pratiques des organismes. Ce séminaire avait pour objectifs d’affiner les thématiques du projet de recherche, de faire connaître l’état des connaissances scientifiques dans ce domaine et d’organiser la démarche jusqu’à sa conclusion fin 2020. En ouvrant les débats, Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels et de la recherche à l’USH, a rappelé que la coopération avec la recherche sur la maquette numérique est d’autant plus pertinente que sa mise en œuvre suscite autant d’interrogations qu’elle porte de promesses en matière de qualité, de maîtrise des coûts, de délais, de productivité. "Il est important que les chercheurs aident les organismes impliqués dans cette recherche à objectiver leurs interrogations à partir d’une observation approfondie et d’un recul critique sur les situations et les pratiques."

Une réponse aux problématiques des organismes

"L’intérêt de ce projet de recherche est de comprendre les problèmes posés par le BIM aux acteurs afin de contribuer à la recherche de solutions concrètes et opérationnelles", fait valoir Baptiste Sion, chargé d’études économiques à la direction des prêts de la Banque des territoires qui soutient cette recherche. "Notre but n’est pas seulement d’accompagner les bailleurs sur le plan financier, il consiste aussi à les soutenir dans les évolutions de fonds comme c’est le cas pour le BIM et la transformation numérique."

Parmi les sujets évoqués, figuraient les principales problématiques auxquelles sont confrontés les organismes Hlm dans la mise en œuvre du BIM : la difficulté des TPE-PME à s’approprier l’outil numérique dans la phase chantier ; l’appropriation, la maîtrise et le choix des outils numériques par les organismes ; les formations ; l’utilisation du BIM dans les dispositifs de concertation des habitants ; son intégration dans une stratégie numérique globale ou encore les avantages et les limites de la maquette numérique 3D par rapport à son homologue 2D, notamment pour vérifier les conformités. Mais c’est surtout le sujet du développement d’une "culture BIM" et de l’acculturation de tous les acteurs intervenant dans la chaîne de la construction et de la rénovation qui a retenu l’attention. Sans doute parce qu’il est au cœur de tous les autres sujets et le point de passage obligé pour que les solutions se mettent en place.

 

Focus

Au sein de l’USH, le BIM fait l’objet d’une action professionnelle pilotée par Cécile Sémery, responsable du département architecture et maîtrise d’œuvre à la Direction de la Maîtrise d’ouvrage et des Politiques patrimoniales ; elle prend notamment la forme de l’animation d’un réseau professionnel, de la création d’un portail bim.union-habitat.org, de journées professionnelles et de publications. L’USH, qui accompagne également le Plan transition numérique dans le bâtiment, est membre fondateur de l’Association pour le développement du numérique dans la construction et participe au plan BIM 2022, dont elle dirige certaines actions.

 

Une culture BIM fondée sur des pratiques partagées

Bruno Chaudet, maître de conférences à l’université Rennes 2, a défini cette culture "comme la capacité à se donner des règles socioprofessionnelles partagées qui se transmettent par imitation et imprégnation dans le cadre de processus rationnels et infra-rationnels." La culture sera appréhendée par la recherche pour sa capacité "à faire du lien" en s’appuyant notamment sur la notion de culture corporative développée dans les années 1980 par T. Peters et R. Waterman dans Le Prix de l’excellence. Les auteurs y envisagent le travail sur la culture comme le travail au succès d’une entreprise. Cette démarche suppose dans un premier temps d’identifier les pratiques, les processus et les organisations à partager. Jean-Luc Bouillon, directeur du laboratoire PREFics, alerte cependant sur le fait que l’installation d’une culture BIM établissant les modes d’interactions des parties prenantes ne résoudra pas toutes les difficultés ; "dans la phase chantier, l’activité du bâtiment comporte un haut degré d’incertitude et d’aléa qui obligent à des ajustements improvisés. Les acteurs sont ainsi soumis à une tension permanente entre appliquer les règles et l’impossibilité de le faire dans une situation qui ne s’y prête pas. Il s’agit alors d’en coproduire de nouvelles dans un contexte de complexité."

Un panel d’organismes très diversifiés

Les organismes Hlm participant à la recherche ont répondu à un appel à manifestation d’intérêt lancé début 2019. Le séminaire a aussi été l’occasion de faire le point sur l’état d’avancement de leurs démarches BIM. Malgré les différences dans la mise en place du BIM, leurs démarches comportent de nombreux points communs, et notamment la volonté d’en faire un outil créateur de valeur, particulièrement en termes de gestion. Dans ce but, tous ont élaboré un cahier des charges BIM et le perfectionnent progressivement. Certains en sont à leur quatrième version, enrichie des retours d’expériences de leurs équipes et des maîtres d’œuvre. Des formations sont mises en place, des outils de travail collaboratif sont installés.

Ainsi, Vendée Logement ESH (8000 logements) du groupe coopératif la Compagnie du Logement s’est engagée en 2017 dans la démarche. L’entreprise produit beaucoup de maisons individuelles. Son directeur général, Damien Martineau explique que "l’objectif de l’entreprise est d’obtenir un dossier des ouvrages exécutés (DOE) numérique permettant d’assurer une gestion et une maintenance du patrimoine plus efficientes." Cette année, l’entreprise lance sa deuxième opération en BIM sur 25 logements avec l’appui d’une AMO et la participation de son service gestion locative.

Habitat 76 (34000 logements) fait figure de pionnier. L’OPH s’est engagé dans la démarche en 2010. Au 1er avril 2019, 18 opérations étaient concernées par le BIM dont 4 réceptionnées, pour un total de plus de 1000 logements. Son BIM manager, Frank Eudelin Nya Nkamtse, a notamment mis en place un kit de règles pour vérifier automatiquement les conformités ainsi que des éléments de classification utiles à l’intégration de la maquette numérique dans le processus de gestion.

Lille Métropole Habitat (33000 logements) a engagé sa démarche BIM en 2016. Sa chargée de mission stratégie patrimoniale, Guillemette Lescure, révèle que l’organisme travaille beaucoup sur le cahier des charges pour aider les PME à se positionner sur la chaîne de construction ou de réhabilitation afin qu’elles sachent de quelles compétences et équipements elles ont besoin.

Néotoa (19000 logements), s’est engagé depuis deux ans dans cette démarche avec l’appui d’une AMO. "Parallèlement nous avons lancé un appel d’offres sur la numérisation de notre patrimoine", explique le chargé de mission de l’OPH d’Ille-et-Vilaine, Samuel Petit.

Pour Laurence Baggio, directrice du patrimoine et de l’innovation de Domofrance (30000 logements), "Notre projet d’entreprise (2019-2023) place la digitalisation au cœur de nos priorités d’actions, et la démarche BIM, depuis la conception jusqu’à la gestion en est une composante clé."

Grand Lyon Habitat (26000 logements) s’est engagé dans la numérisation en se dotant, dès 2011, d’une base de données de son patrimoine. "La question du BIM construction s’est posée en 2017 et nous avons lancé les premières opérations pilotes en 2018", rappelle la chargée de projet numérique patrimoine, Claire Schuehmacher. Et de préciser que cinq opérations BIM sont en cours, en neuf et en rénovation.

Immobilière 3F (250000 logements) travaille actuellement sur 60 opérations BIM en construction et en rénovation et bénéficie de retours d’expériences importants. Sa cheffe de projet BIM, Pauline Sabatier, explique que "sur chaque opération, on essaie de s’adapter au niveau de maturité des acteurs et des maîtres d’œuvre afin qu’ils s’approprient plus aisément les procédures BIM."

La diversité des situations des organismes va fournir à l’équipe de recherche des terrains d’enquête assez représentatifs de ceux que le Mouvement Hlm peut offrir aujourd’hui. Un séminaire intermédiaire est programmé le 12 mars 2020 et les résultats définitifs seront présentés en octobre 2020.

Pour en savoir plus : vidéo sur la recherche "Du BIM à la stratégie numérique globale" (2019-2020)

Contacts : dominique.belargent@union-habitat.org et cecile.semery@union-habitat.org, USH.

 

L’installation d’une culture BIM établissant les modes d’interactions des parties prenantes ne résoudra pas toutes les difficultés.

 

Les cinq axes de la recherche

Identifiés à partir des résultats d’une précédente recherche sur le BIM (voir Repères n°34 de mai 2017 et Actes n°15 de juillet 2017, Collection Cahiers, USH), les cinq axes sont interdé-pendants et visent à mettre en lumière des solutions opérationnelles pour les organismes engagés dans la démarche de transformation numérique de leurs métiers.
Axe 1 : comment développer une culture BIM dans tous les métiers, de la construction à la réhabilitation ?
Axe 2 : quels sont les apports et les limites de la lecture du projet avec la maquette numérique ?
Axe 3 : comment les pratiques BIM se développent-elles ou pas sur les chantiers ?
Axe 4 : comment les locataires sont-ils et peuvent-ils être intégrés à la démarche BIM ?
Axe 5 : dans quelle mesure le BIM s’inscrit-il dans une stratégie numérique globale au sein des organismes Hlm ?