L'Union sociale pour l'habitat
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Entretien avec Jean-Louis Dumont AH

L’USH est notre maison commune

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L’examen de la clause de revoyure a été annoncé par Julien Denormandie lors du Congrès de Marseille, en octobre dernier. Où en est-on aujourd’hui ?

Je rappelle que l’objectif du gouvernement est d’obtenir une baisse des APL de 1,5 milliard d’euros. Cela se traduit, pour les organismes Hlm, par une RLS dont le montant est supérieur et qui grève lourdement leurs ressources d’exploitation. Pour nous, et toutes Fédérations confondues, cette trajectoire est intenable. Nous l’avons rappelé au ministre délégué au Logement et à la Ville, Julien Denormandie, lors d’une rencontre organisée le 18 décembre dernier. Je crois que nous sommes entendus.

Mais l’important est d’éclairer ce qui se passe après 2020. Il nous faut expliquer, surtout du côté de Bercy, que l’horizon ne s’arrête pas en 2022 et que les effets de la politique budgétaire se feront ressentir encore dans dix ou vingt ans. On ne peut pas se limiter à une vision technocratique et court-termiste, sans réelle vision de l’avenir souhaité. C’est un défi culturel qui est posé à nos interlocuteurs : rompre avec un pilotage par l’économie budgétaire, pour penser la plus-value en termes de cohésion sociale, de pouvoir d’achat, de qualité de vie au bénéfice de nos locataires et de tous ceux qui accéderont à un logement social sous plafond de ressource.

Sur le papier, ou sur un tableau Excel, les organismes peuvent toujours trouver leur équilibre économique ; il leur suffit de ne plus investir ou de ne plus entretenir le parc, de vendre massivement les logements les mieux situés. Mais ceci est-il une réponse à la hauteur de la France à la question du logement des ménages aux ressources modestes dans leur diversité ? En tous les cas, pour ce qui relève de notre analyse et de notre sens des responsabilités, la réponse est claire : non. Si l’on veut continuer à construire des logements sociaux pour répondre à la demande, si l’on veut continuer de développer l’accession sociale à la propriété, si l’on veut maintenir un parc de qualité, il faut s’en donner les moyens. Et ces moyens ne représentent pas un coût, mais un investissement économique, social et humain nécessaire à la France de 2019, comme à la France de 2029 ou de 2039. Les acteurs du logement social sont les dépositaires de cette capacité à anticiper l’évolution des besoins de la société, et nous n’entendons pas y renoncer.

 

"L’important est d’éclairer ce qui se passe après 2020 (...). Les effets de la politique budgétaire se feront ressentir encore dans dix ou vingt ans."

 

Justement, l’année 2019 est une année particulière pour le Mouvement, avec deux anniversaires : le 80e Congrès Hlm, et les 90 ans du Mouvement Hlm.

Oui, nous organiserons cette année le 80e Congrès de l’USH. Il aura lieu à Paris, pour la première fois depuis trente ans, autour d’un thème que le Comité exécutif a approuvé à l’unanimité et sans réserve : "Les Hlm, un modèle français". Au moment où ce modèle est mis en cause dans ses fondamentaux, il n’est sans doute pas inutile d’attirer l’attention sur le regard que portent d’autres pays sur ce fameux modèle français, si critiqué par une partie de la haute administration française, mais paradoxalement, si envié par beaucoup de pays, européens ou non. Et il n’est pas non plus inutile de rappeler que nous pouvons être fiers, collectivement et au-delà de nos différences, de ce que le logement social permet pour des millions de familles aux revenus modestes.

D’ailleurs, notons que 2019 s’ouvre sur une relance très forte des nouvelles opérations de renouvellement urbain, du lancement d’une nouvelle vague de logements Hlm accompagnés… Nous faisons encore une fois la démonstration que nous sommes des producteurs d’un immobilier destiné aux populations qui en ont besoin, les plus fragiles, les jeunes, les travailleurs et les retraités… Et cela fait longtemps, puisque nous fêterons également les 90 ans, non pas du logement social, mais du Mouvement Hlm, qu’incarne l’USH. L’Union sociale pour l’habitat, nous aimons la critiquer. Il m’est moi-même arrivé, lorsque je n’en étais pas encore le président, d’avoir quelques pensées, voire quelques propos un peu critiques à son sujet. Trop parisienne, trop technocratique, trop politique, trop éloignée du terrain… Soit, et nous devons être attentifs à atténuer ces défauts. Mais l’USH, c’est surtout notre maison commune. Elle permet à chaque organisme, quelle que soit sa taille, sa famille, son implantation territoriale, son histoire particulière, de faire partie d’un collectif organisé, écouté. De bénéficier d’une expertise de haut niveau dans le maquis réglementaire, d’être en réseau…

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas la faire évoluer. Je souhaite, et Marianne Louis, directrice générale de l’USH, partage cette ambition, que l’USH, ses services, soient toujours au plus près des organismes. Cela passe par une meilleure formalisation de l’écoute de leurs besoins qui évoluent, un service rendu plus lisible et plus accessible, une plus grande réactivité aux demandes qui émanent des salariés des organismes et pour lesquels l’USH doit être une ressource évidente.

Quel regard portez-vous, en tant que président de l’USH, sur la crise des "gilets jaunes", qui fait l’actualité depuis plusieurs semaines ?

Nous ne sommes pas uniquement un syndicat professionnel, nous sommes aussi un acteur social, politique, ouvert à la société, et au service de la société. En d’autres termes, nous sommes un corps intermédiaire et nous revendiquons. À ce titre, nous sommes fondés à porter une appréciation sur la situation que connaît notre pays depuis maintenant plusieurs semaines.

En premier lieu, et sans aucune ambiguïté, les violences sont condamnables, et il est temps que les modes d’expression, les mots utilisés de part et d’autre, permettent de retrouver la voie de l’apaisement et des valeurs républicaines.

Plus globalement, et si on prend un peu de recul quant au fond des choses, je retiendrai que la source du conflit trouve son origine dans la question du pouvoir d’achat, et nul ne peut ignorer le poids du logement dans le budget d’un ménage. Ce poids a littéralement explosé en quelques décennies. Or, le modèle Hlm, si souvent critiqué, qu’on accusait il n’y a pas si longtemps, avec des mots très durs, d’être inefficace, voire obsolète, en laissant même entendre qu’il était quasiment responsable des quatre millions de personnes mal-logées en France, est au contraire une réponse très concrète à ce problème qu’est le pouvoir d’achat des ménages disposant de revenus modestes. Cela a été dit et illustré lors du Congrès de Marseille, ce gain de pouvoir d’achat, pour les ménages logés en Hlm, s’élève à 15 milliards d’euros. Voilà qui est très concret. Alors quand je lis, dans certains rapports, qu’il s’agit d’un avantage pour ces ménages, et que cet avantage est présenté comme une forme de rente, je me dis que certains technocrates, à Bercy surtout, devraient un peu plus se confronter à la réalité de la précarité, et ne pas confondre rentes et aides sociales. Ne pas jeter de l’huile sur le feu des divisions de la société mais plutôt contribuer, comme nous le faisons, à sa cohésion.

 

"Le modèle Hlm est une réponse très concrète à ce problème qu’est le pouvoir d’achat des ménages."