L'Union sociale pour l'habitat
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Et si de nouvelles relations entre locataires et organismes Hlm émergeaient ? AH

En octobre dernier, le séminaire consacré à la recherche sur les pratiques collaboratives dans l’habitat social a permis de faire le point sur ses avancées, un an après son lancement(1). Il en ressort une grande diversité d’initiatives et peut-être, hypothèse à valider, l’émergence de nouvelles formes de relations entre bailleurs et locataires parallè-lement aux formes plus traditionnelles.

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En ouverture du séminaire, Claire Carriou, maître de conférences à l’université Paris Nanterre, a rappelé le chemin parcouru : "Après une année d’échanges avec les neuf organismes Hlm engagés dans cette recherche(2), le premier constat qui saute aux yeux est l’extraordinaire diversité des pratiques collaboratives. Au-delà des différences patentes, ces pratiques partagent deux intentions : d’une part l’implication du locataire dans la conception et/ou la gestion de l’habitat, d’autre part une dimension collective fondée sur le lien social, le partage d’espaces, l’échange de services, mais aussi sur la volonté de favoriser les relations entre organismes Hlm et locataires."

La multiplicité des pratiques, qui peuvent selon le moment et le contexte embrasser des registres différents de collaboration, a conduit l’équipe de recherche à compléter la problématique étudiée jusqu’à présent : les relations entre habitants et entre habitants et organismes feront l’objet d’un questionnement approfondi, l’accent sera mis sur les pratiques relevant du "faire ensemble" et non plus limitées au seul "faire". "Nous allons aussi étudier l’hypothèse selon laquelle la période actuelle de crise des relations entre bailleurs et locataires serait propice à une reconfiguration de leurs relations", explique Sabrina Bresson, maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine.

Essoufflement des dispositifs traditionnels

Comme le souligne Antonio Delfini, post-doctorant à l’université de Lille, l’hypothèse d’une recomposition des relations organismes Hlm-locataires demande à être vérifiée dans une perspective historique. Aujourd’hui, les formes instituées de collaboration donnent des signes d’essoufflement au point que l’on peut parler de crise, soutiennent les chercheurs.

Aujourd’hui, les formes instituées de collaboration donnent des signes d’essoufflement.

 

Cathy Herbert, directrice générale de Côte d’Azur Habitat, le constate sur son territoire : "Les membres des amicales vieillissent, la relève est rare et les revendications deviennent plus personnelles. On observe aussi un essoufflement autour du dispositif du "locataire référent", pénalisé par un individualisme omniprésent se développant au détriment de l’action collective." Les militants sont très sollicités et se retrouvent présents partout.

Le déclin des formes traditionnelles serait-il alors le prélude à l’émergence de nouvelles relations ? Chez nombre d’habitants, il existe un besoin de maintenir des liens solides motivé notamment par le vieillissement, la paupérisation, et plus généralement, le besoin de considération sociale. Le logement apparaît comme une dimension clé de la sécurisation des habitants et dans les quartiers populaires où le travail salarié a reculé, l’habitat est devenu le lieu où se reconfigurent les activités sociales.

Apprendre des conflits

Du côté des organismes Hlm, les conditions propices à l’émergence de nouvelles relations ne se cantonnent pas au besoin d’entretenir des échanges avec leurs locataires pour faciliter la gestion. Elles se fondent également sur la nécessité de relever des enjeux sociodémographiques, environnementaux et de jouer un rôle social plus marqué dans un contexte de retrait de l’État. D’ailleurs, des dispositifs ont été structurés par les organismes Hlm : de longue date comme les "correspondants d’entrée" d’Habitat du Nord, ou plus récemment, le "comité des usagers" de Lille Métropole Habitat. Catherine Gimel, chargée d'études qualité à LMH, a piloté le comité des usagers. Elle constate que "ces réunions sont surtout fréquentées par des personnes qui ont le temps d’y assister, personnes âgées notamment. Elles font ressortir certaines attentes sans qu’il soit possible de déterminer précisément leur représentativité. Pour ce faire, nous avons complété ce travail par une consultation par mail avec un taux de retour de 50% qui a permis de mieux identifier les besoins." Une des solutions consiste à multiplier les canaux de prise d’informations.

 

Dans les quartiers populaires où le travail salarié a reculé, l’habitat est devenu le lieu où se reconfigurent les activités sociales.

 

Quant aux correspondants d’entrée, Habitat du Nord s’emploie à maintenir leur implication en les valorisant comme les interlocuteurs privilégiés de l’organisme. Slimane Tir, le directeur de la Politique de la ville et des relations clientèle, précise que l’organisme tente d’éviter une approche trop utilitariste des relations bailleur locataires. "En schématisant, côté bailleur on rechercherait l’optimisation des coûts, côté locataire, on s’engagerait pour des raisons très personnelles." À cela s’ajoute, selon Cathy Herbert, "un niveau très élevé d’exigence des locataires et le besoin de réponses positives et immédiates. Or celles-ci demandent un temps de préparation et ne peuvent être toujours favorables, ce qui est souvent compris par le locataire référent mais pas par ceux qu’il est censé représenter." D’où une démotivation des interlocuteurs des organismes mais aussi la création de situations conflictuelles. C’est sur ce dernier point qu’est intervenu Dominique Belargent, responsable des partenariats institutionnels et de la recherche de l’USH : "Pour mieux comprendre comment se tissent les relations entre bailleurs et locataires, l’histoire de leur conflictualité est un thème sur lequel la recherche en cours pourrait davantage insister. Les conflits des années 1970, structurés par la culture du syndicalisme ouvrier des associations de locataires, ne sont plus les conflits des années 2000. Tout se passe comme si une conflictualité fondée sur des intérêts partagés entre habitants s’était atomisée en conflictualité individuelle ou dégradée en défiance vis-à-vis des institutions."

Les freins aux pratiques collaboratives

Le séminaire s’est prolongé par trois ateliers qui ont réuni représentants des organismes et chercheurs pour identifier les freins aux pratiques collaboratives. Outre les questions déjà évoquées ci-dessus, ont été pointés des sujets tels que les moyens humains et financiers, le portage stratégique des pratiques collaboratives par la chaîne hiérarchique chez les bailleurs ou l’organisation de la transversalité pour assurer la prise en charge de pratiques qui exigent l’intervention de plusieurs services.

Après la première phase d’enquêtes exploratoires, la recherche va se poursuivre par une phase plus qualitative jusqu’en septembre 2020. Elle comportera plusieurs études de cas représentatives des pratiques collaboratives et des relations organismes Hlm-locataires autour des initiatives de jardins partagés, du dispositif Chers voisins, de différentes formes de "locataire référent" et des associations du type amicale des locataires. Un séminaire entre chercheurs permettra d’agréger à la recherche en cours d’autres études qui l’enrichiront. À partir de l’automne 2020, la troisième phase consistera à analyser les données pour une restitution des résultats fin 2021.

(1) Le séminaire du 9 octobre 2019 a fait l’objet d’une vidéo présentée sur le site Internet de l’Union sociale pour l’habitat.
(2) Clésence, Le Logis Familial, Côte d’Azur Habitat, Emmaüs Habitat, Lille Métropole Habitat, Habitat du Nord, Valophis Habitat, Hauts-de-Seine Habitat, Famille & Provence.

Contact : dominique.belargent@union-habitat.org

Voir la vidéo présentant les premiers résultats de la recherche https://www.union-habitat.org/actualites/pratiques-collaboratives-nouveau-cycle-de-relations-entre-habitants-et-organismes-hlm

 

 

 

Une typologie des pratiques collaboratives

Une caractérisation des pratiques collaboratives a été effectuée à partir des 77 fiches établies par les étudiants des universités engagées dans la recherche. Ce recensement révèle la très grande diversité des expériences qui impliquent souvent un troisième acteur jouant un rôle de tiers facilitateur entre bailleurs et locataires. Les pratiques observées portent sur les espaces partagés, l’amélioration du cadre de vie, les problèmes du quotidien ou la concertation sur des thèmes spécifiques. Sur la base de ces observations, trois grandes tendances se dégagent sur les manières de faire ensemble et la nature des relations. Elles se fondent sur l’idée de participer à une activité d’intérêt commun ; de collaborer en vue d’atteindre un objectif en réunissant les compétences de chacun ; de coopérer pour partager un savoir commun. Les frontières de cette typologie restent perméables, les pratiques collaboratives pouvant relever de deux ou trois de ces tendances, mais elle permet d’en marquer la caractéristique dominante. Ces manières de faire se construisent selon trois modalités d’organisation : les regroupements spontanés, associatifs (type amicale de locataires) et institutionnalisés, ces derniers étant mis en œuvre par les organismes Hlm eux-mêmes. Là aussi, l’hybridation est constatée, certaines actions à caractère plus spontané sont justement insufflées par des associations de locataires. Cette typologie sera mise à l’épreuve des expériences de terrain qui feront l’objet d’études de cas durant la deuxième phase de la recherche.