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Europe : troisième regard sur le mal-logement AH

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Ce troisième rapport sur le mal-logement en Europe en 2018, présenté le 21 mars par la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) au Parlement européen, est un appel aux États et à l’Europe à faire face à l’autre Europe : celle des laissés-pour-compte de la croissance retrouvée, parmi lesquels de plus en plus de jeunes, de femmes et d’enfants, des personnes ayant un parcours de migration et des travailleurs pauvres. Une Europe qui compte 24 millions de ménages dépassés par les coûts du logement, près de 37 millions de ménages habitant dans des logements surpeuplés et près de 34 millions d’entre eux qui vivent dans des conditions précaires.

Ce rapport révèle aussi, qu’entre 2010 et 2016, le coût du logement pour les ménages pauvres a augmenté dans trois-quarts des États membres de l’UE. Il montre aussi que 19 pays ont vu leurs inégalités se renforcer par rapport au coût du logement. En moyenne, un ménage sur dix a consacré plus de 40% de ses revenus disponibles au logement en 2016, contre quatre ménages pauvres sur dix.

Pour les co-auteurs du rapport, "une grande partie du problème est la confusion rencontrée par les décideurs politiques pour établir une distinction entre l’hébergement et le logement, considérant le premier comme une mise à l’abri, supposée temporaire, qui en réalité, pérennise la précarité et n’offre pas de protection des droits au logement, à la vie privée, à l’inclusion. Le logement pérenne est une condition indispensable au bien-être, au rétablissement et à l’insertion sociale, c’est un moyen, et non une fin, vers la protection de l’ensemble des droits sociaux et vers l’épanouissement d’un individu".

Et de fait, en Europe, un consensus se construit depuis des années sur une approche dirigée vers le logement, comme le montrent les diverses solutions mises en place pour le "Logement d’abord", notamment en Finlande, qui continue à voir son nombre de sans-domicile diminuer.

"Il s’agit de remettre le logement à sa bonne place, à savoir, un droit fondamental garanti par les traités internationaux et européens", martèlent les auteurs du rapport.

En plus d’être un appel continu à l’action, destiné aux autorités locales, nationales et européennes, ce rapport propose des orientations à adopter et des écueils à éviter(1) pour la mise en place de stratégies intégrées visant la réduction et l’élimination du sans-abrisme. Ainsi, la FEANTSA propose aux institutions européennes de fixer un objectif d’élimination du sans-abrisme en Europe d’ici 2030 ; de soutenir les personnes sans domicile dans tous les secteurs importants ; de procéder au suivi des progrès en matière de sans-abrisme et de mal-logement au niveau des États membres ; de défendre les droits des personnes sans domicile ; d’investir des fonds européens dans l’élimination du sans-abrisme.

C’est en mobilisant à la fois base légale, volonté politique et planification stratégique que l’élimination du sans-abrisme et la lutte contre le mal-logement cesseront d’être une utopie, pour devenir des impératifs de dignité humaine, gages de la crédibilité du projet social européen, concluent la FAP et la FEANTSA.

(1) Telles les politiques de lutte contre le sans-abrisme qui criminalisent les personnes à la rue, conduites au Pays-Bas.