L'Union sociale pour l'habitat
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Habitat modulaire, construire autrement AH

Le marché de la construction modulaire a le vent en poupe. Avec 1,6  milliard de chiffre d’affaires en 2019, l’essentiel de l’offre concerne les maisons individuelles, suivi d’assez loin par l’habitat collectif, le marché global représentant environ 10 % des ventes annuelles de logements neufs.

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Aujourd’hui porté par près de 2 000 TPE et PME, majoritairement familiales et spécialisées par filière (ossature bois, containers…), le marché de l’habitat modulaire intéresse de plus en plus de grands groupes, comme Eiffage, notamment sur le segment de la maison container. En parallèle, la profession se structure, avec la transformation, en janvier dernier, de l’Association des constructions industrialisées et modulaires (ACIM) en syndicat professionnel dédié à la valorisation de la construction modulaire, qui réunit une quarantaine d’acteurs du secteur représentant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires.

De nombreux atouts

Le concept bénéficie d’atouts par rapport à la construction traditionnelle : des chantiers plus rapides (moins de douze mois) qui apportent des réponses aux tensions sur le marché du logement dans certaines zones urbaines ; un prix attractif (de -10 à -30%, selon l’intégration ou pas des lots techniques et des finitions, les équipements choisis et le design) ; une modélisation du projet en BIM et la construction de modules de plus en plus connectés ; la flexibilité et la personnalisation de l’offre "qui permettront une plus grande réactivité aux cycles sociétaux et technologiques" d’après une étude des Échos(1) ; une réduction des risques d’accidents liés à la co-activité sur les chantiers et un besoin de formation moindre de la main d’œuvre du fait de la préfabrication en usine.

L’habitat modulaire s’inscrit également dans des tendances sociétales : recherche de lien avec la nature et d’un habitat plus écologique et économe, réutilisation de matériaux et mode de vie plus frugal, évolutivité possible du logement en fonction de la structure familiale.

Autant d’atouts qui favorisent la croissance du modulaire. D’autant que la loi ÉLAN est venue donner un coup de pouce à la construction préfabriquée, en l’intégrant au contrat de construction de maison individuelle et en facilitant le financement des entreprises.

Des perspectives prometteuses

Et les perspectives restent positives. Selon une autre étude réalisée par Xerfi Reasearch(2), le marché augmentera de 4% par an en moyenne d’ici 2022. À horizon 2030, il pourrait représenter 3 milliards d’euros, selon l’étude des Échos, soit 25% des constructions de nouveaux logements.

Pour Éric Aurenche, président de l’ACIM, "la solution pour l’habitat modulaire viendra des entreprises qui construiront pour louer, sur le modèle anglais du “build to rent”, qui s’adapte bien à la construction industrialisée modulaire, car la conception du bâtiment est figée en usine".

Avec le renchérissement du coût de la construction du fait de la crise sanitaire, l’habitat modulaire, moins cher, devrait tirer son épingle du jeu… à condition que les industriels aient une capacité d’investissement suffisante après la crise. Le débat actuel sur l’arrêt de l’artificialisation des sols devrait, lui aussi, donner des ailes à la construction modulaire, à l’instar de la RE 2020. "Nous avons fait les premiers calculs. Le bilan carbone de la filière sèche (bois et métal), est deux fois meilleur que le traditionnel en béton, souligne Eric Aurenche. Quant à la partie énergie, nous sommes capables d’isoler des modules de façon aussi efficace qu’un bâtiment traditionnel". Dans son étude, Xerfi ajoute que "la pénurie de main-d’œuvre dans le bâtiment peut conduire de plus en plus de clients à se tourner vers le hors-site (préfabriqué ou modulaire) en raison des délais de construction beaucoup plus rapides".

La construction modulaire souffre toujours d’un déficit d’image, en particulier auprès des architectes, réticents à produire des bâtiments standardisés. Pour convaincre, la filière met en avant l’esthétique, le design, la qualité et le recours à des matériaux nobles et économes en énergie. En parallèle, l’ACMI et le CSTB planchent depuis un an et demi sur un référentiel de certification avec plusieurs niveaux, axé sur les atouts qualité, rapidité et recyclage, qui devrait être prêt courant 2021. Une reconnaissance institutionnelle qui permettra ensuite aux bureaux de contrôle et assureurs de s’engouffrer dans la brèche.

Restent quelques inconnues, en particulier la capacité des acteurs à atteindre une taille critique leur permettant d’être compétitifs. Eric Aurenche le constate : "L’écosystème industriel français n’est pas bâti pour faire 3 000 logements du jour au lendemain. Les constructeurs industrialisés modulaires sont encore de grands artisans. Le développement se fera par des entreprises ouvertes à de nouveau modèles de conception et de réalisation".

(1) Habitat modulaire : d’un marché de niche à un marché de masse, Les Échos Études, décembre 2019.
(2) Le marché des constructions modulaires, Xerfi Research, octobre 2019.

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DEUX PROGRAMMES SOCIAUX

Depuis une dizaine d’années, des organismes Hlm(1) se lancent dans l’aventure du modulaire, aussi bien pour le secteur du locatif que pour celui de l’accession. Deux bailleurs ont récemment mis en œuvre ce mode constructif : l’un avec un projet en structure bois, l’autre provenant de containers.

Dix-huit maisons construites hors site... pour commencer

À Saint-Hilaire-de-Clisson (44), Podeliha a lancé un test grandeur nature d’un process d’industrialisation avec l’opération du Clos de la Vergnaie. Depuis quelques années, l’ESH mène en effet une réflexion globale sur les process d’industrialisation de la construction du logement pour répondre à des problématiques liées aux coûts de construction, aux délais et à la qualité du bâti. "Ce sont des critères essentiels à la fois pour des logements que nous proposons à la location, mais aussi pour des logements en accession à la propriété", explique Pierre Grange, directeur du Développement et du Patrimoine de la société.

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Le système de fabrication est vertueux sur le plan de la RSE car le site de production est transformé en centre de formation et d’insertion qui ouvre des horizons à une main d’œuvre locale. © Douillard Construction

Sur des modèles standardisés, les modules, réalisés en structure bois, sont construits en dehors du chantier, puis assemblés in situ. Une maison, suivant sa typologie, peut contenir deux, trois ou quatre modules préfabriqués, composés d’ossature bois et de matériaux traditionnels. Leur structure de base étant formée par des cadres rectangulaires, assemblés selon la technique des charpentes industrielles, les montants verticaux reprennent intégralement les charges et ne reposent pas sur une lisse basse (première pièce de bois posée sur la maçonnerie). Ce procédé innovant de l’assemblage et du montage permet de livrer sur le terrain des modules presque achevés. Ce système de fabrication présente plusieurs autres avantages : une empreinte écologique maîtrisée (matériaux biosourcés, temps de transports réduit, maîtrise du cycle des déchets...), un ensemble avec des performances thermiques RT 2012 – 20%.

Le programme des 18 mai­sons du Clos de la Vergnaie, commencé en septembre 2019, sera livré, avec un peu de retard dû à la crise sanitaire, après l’été 2020, soit des délais de construction réduits de 30 à 50%. Une réflexion sur cette thématique de l’industrialisation est aussi en cours avec d’autres fournisseurs, capables de proposer des procédés de construction différents, "la question du coût et de la qualité du logement est tout à fait centrale dans notre développement. Nos objectifs de production de logements sur tout le territoire des Pays de la Loire sont ambitieux : 1 000 logements/an (en location et en accession à la propriété), et nous envisageons, à terme, de produire une centaine de logements par an selon des process industriels", conclut Pierre Grange.

(1) Liste non exhaustive : Aquitanis, Brest Métropole Habitat, Caen Habitat, Est Métropole Habitat, Maine-et-Loire Habitat, Vendée Logement…

 

Des containers maritimes devenus des maisons

Espacil Habitat vient d’expérimenter, à  Mélesse (35), à une dizaine de kilomètres de Rennes, la construction de six maisons modulaires locatives provenant de containers maritimes "dernier voyage". Ce programme s’inscrit dans le PLH de la Communauté de communes du Val d’Ille-Aubigné, qui prévoit une production de logements soutenue pour répondre à la diversité des besoins en logements sur le territoire. Construite par l’entreprise B3 Ecodesign, la résidence Le Clos de la Piquetière a été réalisée en plusieurs étapes : assemblage en usine des containers, transport sur grue grand tonnage, puis pose et finitions sur site.

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Livraison sur site des containers assemblés en usine. © Espacil Habitat

Ce concept permet de promouvoir le réemploi et de diminuer les temps de construction tout en garantissant la qualité des logements. La résidence, composée de deux maisons de type 2, de trois maisons de type 3 et d’une maison de type 4, est certifiée NF Habitat et répond aux exigences de la RT2012 -20%. L’ensemble asymétrique et moderne des maisons joue sur des volumes rectangulaires, grâce notamment au décalage de hauteur entre le rez-de-chaussée et le 1er étage. Les travaux ont été réalisés en dix mois pour un coût total de 665 340 euros.