L'Union sociale pour l'habitat
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Il nous faut un dialogue apaisé AH

Le logement social est-il un enjeu majeur pour le gouvernement et le président de la République, demande Jean-Louis Dumont, qui appelle les pouvoirs publics à tirer sans délai les leçons des premiers effets des décisions budgétaires de 2018, à rouvrir très directement les discussions pour trouver une alternative crédible et acceptable et dessiner un nouvel horizon pour le logement social.

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La situation actuelle est grave et c’est à vous et à travers vous au gouvernement dans son entier que je souhaite m’adresser. Notre Congrès Hlm est un succès. Nous avons eu de nombreux échanges, des débats riches, animés, des réflexions collectives sur notre métier, sur nos métiers mais, finalement, une question demeure. Une question à laquelle le Mouvement Hlm ne peut apporter seul la réponse : le logement social, le logement des familles modestes, partout en France, est-il un enjeu majeur pour le gouvernement et monsieur le Président de la République ? Car, en y réfléchissant bien, si vous répondez à cette question, toutes les autres trouveront leurs réponses. Cela ne sera pas sans échanges vifs, sans débat, mais notre horizon sera dessiné, notre feuille de route redéfinie. Je mesure la responsabilité que je vous fais porter en vous adressant cette question.
Vous êtes présent aujourd’hui parmi nous. Je veux croire que si vous êtes à Marseille c’est pour que nous puissions nous dire les choses les yeux dans les yeux et retrouver le sens d’un futur collectif et républicain. Ce que je vais vous dire aujourd’hui à ma façon, chaque dirigeant d’organisme Hlm présent dans la salle aimerait vous le dire. Monsieur le Ministre, le Mouvement Hlm est au travail mais il est inquiet. Et en disant cela je reste mesuré. Jamais les menaces qui planent sur nous n’ont été aussi fortes. Nous n’avons pas pour habitude de faire un métier simple. Confrontés à la paupérisation des locataires, au premier rang, avec quelques services publics locaux, du délitement du vivre-ensemble dans certains quartiers, sollicités pour répondre à des besoins de plus en plus divers, appelés légitimement à nous moderniser, à développer la mobilité, à encourager les parcours résidentiels, quand les coûts de construction augmentent, que l’accès au foncier dans certains territoires devient de plus en complexe…
Je pourrais continuer cette énumération de questions qui font le quotidien des organismes. Mais depuis la loi de Finances 2018, une chose a changé. Non seulement l’État a transféré, ponctionné 1,7 milliard sur les organismes Hlm, mais il l’a fait en grande partie d’une manière qu’aucun acteur économique ne peut absorber : par une réduction administrée de son chiffre d’affaires. La loi de Finances 2018 et la trajectoire budgétaire annoncée pour 2019 peuvent à elles seules, en une poignée d’années, réduire à néant une partie de ce que le Mouvement Hlm a mis un siècle à construire : une offre efficace de logement, de qualité, pour apporter une solution de logement abordable, durable. Bien sûr je ne prétends pas ici que le modèle Hlm soit parfait. D’abord, nous le savons, l’offre est insuffisante. Parfois, sous l’effet des évolutions démographiques, elle n’est plus parfaitement adaptée. Bien sûr, il nous faut participer à la relance de la rénovation urbaine, de façon volontaire, mais l’on peut retourner la question dans tous les sens, prétexter la pression de l’Europe, la crise des finances publiques, le résultat est là. Si nous ne trouvons pas une issue collective à cette crise, notre pays risque de se priver d’un levier national, de leviers locaux, au service d’une mission d’intérêt général pour le bien de la République.

La loi de Finances 2018 et la trajectoire budgétaire annoncée pour 2019 peuvent réduire à néant une partie de ce que nous avons mis un siècle à construire.

Croyez-en notre expérience, personne, je dis bien personne, ne reprendra le flambeau après nous. Bien évidemment, vous trouverez des âmes "bienveillantes" prêtes à reprendre, tout ou partie, le patrimoine Hlm tout en se désengageant de l’obligation, du devoir, que nous avons fait nôtre de loger et d’accompagner ceux de nos concitoyens les plus modestes. Les élus locaux présents dans la salle cet après-midi et ceux avec qui nous collaborons le savent bien : nous sommes leurs partenaires, des outils indispensables et uniques au service de la cohésion territoriale et un rempart contre les fractures qui menacent notre pays, un des derniers remparts parfois. Et tout cela pourquoi ? Quelques économies budgétaires? Hier, l’OFCE nous rappelait que le coût de la dépense en APL des locataires Hlm pour l’État était inférieur largement aux gains de pouvoir d’achat procuré aux familles. Notre pays va-t-il si bien? Sommes-nous si sûrs d’éradiquer la pauvreté que nous pouvons prendre un tel risque. Et que dire de l’emploi? Vous me trouvez peut-être alarmiste mais les chiffres sont là : une programmation de logements locatifs sociaux en baisse de 20% entre la fin de l’année 2016 et la fin de l’année 2018 ; une accession sociale sécurisée à la propriété en recul de 20% sur les deux premiers trimestres de cette année. Et derrière ces chiffres il y a aussi une réalité : des dizaines de milliers d’emplois détruits et des rentrées fiscales en moins pour l’État. Nous sommes, vous êtes peut-être aux prémices d’un cercle descendant dont on ne sait où il s’arrêtera. Si loin du "choc de l’offre" auquel nous aspirions à vos côtés.
Monsieur le Ministre, comme je l’ai fait avec les présidents de Fédération il y a quelques semaines, en votre présence, devant le Premier ministre, je vous le demande, êtes-vous prêt à rouvrir très rapidement les discussions pour trouver une alternative crédible et acceptable à la trajectoire budgétaire prévue de doublement de la RLS? Un an a passé depuis votre venue au Congrès de Strasbourg. Vous avez eu l’occasion, depuis, de vous rendre à de très nombreuses reprises sur le terrain. Vous partagez la réalité du métier qui est le nôtre. Nous avons découvert en vous un interlocuteur à l’écoute et conscient du rôle que nous jouons au service de l’intérêt général. Nous avons, même dans cette période difficile, décidé de répondre aux grands défis qui sont les nôtres, parce que ce sont ceux des locataires d’aujourd’hui et de demain. En premier lieu celui du financement du renouvellement urbain. Nous y prenons notre part aux côtés d’Action Logement. Et notre passage à Marseille nous a permis de mesurer à quel point ce défi est de taille et doit mobiliser nos énergies ! Celui ensuite de la transition énergétique : plus qu’un défi il s’agit d’une urgence. Nous sommes déjà à l’avant-garde et nous voulons continuer de l’être. Nous sommes également engagés dans le Plan Logement d’abord qui nous tient particulièrement à cœur. Le logement de nos concitoyens les plus fragiles est plus qu’un défi, il est un devoir républicain. Pensez-vous que les "bonnes âmes" dont j’ai parlé seront à vos côtés pour relever ces défis une fois qu’elles auront obtenu ce qu’elles veulent ? C’est un pari risqué. Vaut-il la peine d’être tenté?

Si nous ne trouvons pas une issue collective à cette crise, notre pays risque de se priver d’un levier national, de leviers locaux.

Nos missions sont essentielles. Ceux qui me connaissent le savent, je suis un dirigeant Hlm viscéralement attaché à son territoire. Je continue aujourd’hui encore à participer aux commissions d’attributions et aux conseils d’administration de l’office de mon département après avoir présidé une ESH et une coopérative Hlm. Nous sommes nombreux à être dans cette situation. Cela me permet au quotidien de mesurer l’énergie que mettent les dirigeants Hlm et leurs équipes à trouver des solutions là où certains pensent qu’il n’y en a plus. Ces métiers sont uniques et comme tout ce qui est unique, ils sont précieux. Ils sont le quotidien de dizaines de milliers de professionnels salariés des organismes Hlm qui attendent aujourd’hui des réponses, mais plus que cela une reconnaissance. La fragilisation des organismes Hlm dans leur financement peut semer le doute et l’inquiétude. Monsieur le Ministre nous avons pris notre part dans les discussions autour du projet de loi ÉLAN. L’évolution du tissu des organismes Hlm est engagée. Et les organismes mèneront ce chantier en responsabilité. Nous n’oublions pas que ce sont, derrière des mots, des enjeux stratégiques, mais également des hommes et des femmes, salariés, qui s’interrogent sur leur avenir. Ce sont des collectivités locales qui construisent avec leurs interlocuteurs locaux, grands ou petits, ESH, Coop, OPH, SACICAP et Associations régionales des politiques du logement adaptées.
Refermer le chapitre de loi de Finances 2018 et ouvrir des perspectives positives, c’est une manière de réaffirmer ce rôle essentiel et redonner à nos équipes l’énergie et les moyens dont ils ont besoin pour agir et changer la donne. L’État doit être une boussole et un moteur des politiques du logement. Des solutions existent. Les discussions que nous avons eues lors de ce Congrès en sont la preuve. J’ai vu de l’espoir, de l’intelligence collective, de la coopération, des innovations passionnantes, au milieu de la grisaille (et je ne parle pas que du temps). J’ai vu une nouvelle génération de dirigeants relever les manches. Non, une bonne dépense n’est pas une dépense annulée. Une bonne dépense est un investissement pour l’avenir, et faire le choix du logement social, c’est faire le choix de l’avenir. Mais pour cela, il nous faut maintenant un dialogue apaisé.
Monsieur le Ministre, mon propos s’est voulu bref. Il est donc peut être abrupt, vous m’en excuserez. Nous avons appris à nous connaître. Vous connaissez ma passion, je crois à votre écoute, et après l’année écoulée, même si ces mots peuvent paraître étranges, je suis impatient que nous puissions enfin, collectivement, objectivement, mesurer les conséquences de la RLS et des prélèvements opérés par la loi de Finances 2018. Impatient que nous dessinions un nouvel horizon pour le logement social au service de la République et de ses enfants.
En notre nom à tous, sur ce chemin, je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour le 80e Congrès de l’Union sociale pour l’habitat, un congrès anniversaire, celui des 90 ans du Mouvement Hlm, qui se tiendra à Paris du 24 au 26 septembre 2019.