L'Union sociale pour l'habitat
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Impact sur les locataires : "une situation explosive" pour la Fédération des OPH AH

“La situation reste très difficile, pour ne pas dire explosive, pour les locataires, en dépit des mesures annoncées par le gouvernement le 14  septembre”, a réagi Marcel Rogemont lors d’une conférence de presse sur la flambée des prix de l’énergie.

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La Fédération des OPH a souhaité attirer l’attention des journalistes sur “un sujet non abordé” par le gouvernement : l’électricité achetée par les bailleurs sociaux aux tarifs non réglementés pour les résidences collectives chauffées à l’électricité, l’éclairage des parties communes, les ascenseurs et les VMC. Alors que le prix du gaz était “historiquement bas en 2020”, a rappelé la DG de Caen la mer Habitat, Valérie Mespoulhès, “la marche est d’autant plus haute : pour un T3, on est passé de 30 e quittancé par mois à 81€ en 2022, avec le bouclier tarifaire”. Si celui-ci devait s’arrêter, “il faudrait doubler ce montant à environ 180€”.

Guillaume Couturier, DG d’Habitats de Haute-Alsace, Office qui possède 10 000 logements chauffés au gaz dont la moitié collectivement, constate une “explosion stratosphérique des coûts” alors qu’il a relancé une consultation pour alimenter ses chaufferies collectives. Le bouclier tarifaire a permis de contenir l’augmentation de la provision de charges à 105€ par mois au lieu de 145€, mais l’OPH observe des écarts “de 20 à 300€ selon la situation des locataires”. Pour Seine-Saint-Denis Habitat, dont 49% des locataires ont un revenu inférieur à 800€, alors que 850 résidences sont chauffées collectivement à l’électricité, comment négocier le nouveau contrat avec un fournisseur, celui de l’Office se terminant le 31 décembre prochain ? Les simulations réalisées au 31 août témoignent d’augmentations de 500% pour le chauffage des parties communes (de 10€ par mois à 60€) et pour le chauffage des logements (de 75€ à 400€ pour un T3, 460€ avec les parties communes). Son DG Bertrand Prade hésite à passer un contrat pour 3 ans “à des prix exorbitants parce que dépendant des cours du marché” ou suivre le conseil du ministre Olivier Klein, diffusé la veille, sur LCI : “Ne pas prendre d’engagements au prix fort actuellement sur des durées trop longues qui seraient dangereuses pour les habitants”.

Créer MaPrimeRénov’ Hlm

“La vraie solution, c’est de revenir sur la libéralisation du prix des énergies”, estime Vincent Peronnaud, DG de l’Opac de l’Oise. “En faisant payer le bouclier tarifaire à l’État français, nous nous endettons à long terme pour payer des marges hallucinantes aux fournisseurs”, déplore-t-il. Tous demandent une visibilité rapide pour 2023 pour ajuster les provisions pour charges.

Reste la question de la sobriété. Caen la mer Habitat mettra en place auprès de ses locataires des actions de sensibilisation car “c’est là où on a la plus grosse source d’économie”, analyse sa DG, qui gère un parc peu énergivore, déjà équipé de régulateurs avec une température de 19°C. L’Opac de l’Oise formera aux écogestes 600 familles identifiées comme “sur-consommatrices d’eau chaude” et sensibilisera l’ensemble des locataires. Habitats de Haute-Alsace, qui vient de décider de maintenir ses immeubles à 19°C, “voire moins la nuit”, mène “une concertation étroite” avec les associations de locataires pour s’assurer que ses décisions soient validées par tous. Cet Office se prépare par ailleurs à “25 à 30% d’impayés”.

La Fédération a demandé à Olivier Klein un financement dédié à la seconde vie des bâtiments et la création de MaPrimeRénov’ Hlm. Elle a également formulé 8 propositions : l’extension du bouclier tarifaire aux immeubles avec une chaufferie électrique collective et pour l’achat d’électricité pour les parties communes ; la rétroactivité du bouclier tarifaire au 1er octobre 2022 en se basant sur le tarif réglementé de +15% ; le versement du chèque énergie aux OLS en direct pour les locataires bénéficiant d’un chauffage collectif ; la revalorisation du forfait charges des APL ; l’augmentation de la contribution des énergéticiens au financement des fonds de solidarité logement ; une réforme structurelle des marchés de l’énergie au niveau européen ; et la prise en compte des situations extrêmes (prix de la molécule très supérieur au plafond du bouclier tarifaire).

Le ministre du Logement avait assuré la veille sur LCI : “Le bouclier tarifaire s’appliquera sur le chauffage électrique collectif de la même manière qu’il s’applique sur le chauffage collectif au gaz et il prendra en compte la période passée et la période à venir”.