L'Union sociale pour l'habitat
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Interview d'Emmanuelle Cosse sur son déplacement dans l'océan indien AH

Une délégation de l’USH s’est rendue à Mayotte et à La Réunion durant la semaine du 28 mars. De retour en métropole, Emmanuelle Cosse nous livre sa lecture de ces deux territoires français de l’océan Indien et sa détermination à accompagner toutes les initiatives locales en faveur du logement abordable.

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Pourquoi être allée à Mayotte et à La Réunion?

Depuis mon élection à la présidence de l’USH, j’ai entrepris de rencontrer les organismes dans les territoires, notamment en organisant les déplacements “utiles ensemble”. Je suis allée aux Antilles et en Guyane à l’automne dernier mais, hélas, la reprise épidémique de cet hiver m’avait contrainte à reporter mon déplacement en océan indien. C’est une situation réparée.

Je suis convaincue qu’il faut porter un regard très différent sur la situation de La Réunion et celle de Mayotte. La “proximité” géographique ne doit pas nous tromper et nous faire globaliser les approches.

 

« Il faut porter un regard très différent sur la situation de La Réunion et celle de Mayotte »

 

Quels enseignements tirez-vous de vos rencontres à La Réunion?

À La Réunion, il y a plusieurs opérateurs de logement social installés depuis longtemps sur le territoire : 6 SEM qui comptent un parc de 78 000 logements sociaux et une ESH qui compte 27 000 logements et foyers. Des collectivités locales ont déployé des politiques de l’habitat, des stratégies d’aménagement. Je ne dis pas que tout est parfait, il y a des enjeux forts : mieux organiser la répartition territoriale du logement social et faire respecter la loi SRU, soutenir et développer les projets d’aménagement qui prennent en compte les enjeux climatiques. C’est le cas du quartier que j’ai découvert à La Possession avec une équipe municipale, un établissement public foncier et un bailleur, la Semader, très engagés. Je pense aussi à la nécessité de réussir le renouvellement urbain, de porter une attention particulière aux enjeux de proximité, de contribuer à la résorption de l’habitat insalubre, et surtout, de trouver des solutions pour répondre, comme dans beaucoup de territoires, à la rareté et à l’inflation du prix du foncier. Il y a des champs de travail importants à La Réunion mais les fondations existent et sont solides.

Et à Mayotte?

À Mayotte, nous devons comprendre qu’un retard terrible a été pris depuis la départementalisation. Les moyens n’ont pas été mis au bon moment, au bon niveau. J’ai rencontré des services de l’État mobilisés et passionnés mais insuffisamment soutenus par l’État central. Les élus sont en train de structurer des réflexions urbaines, de construire des stratégies d’aménagement. Des compétences locales exceptionnelles émergent. De son côté, le Mouvement Hlm est en plein essor. À côté de la SEM historique, la SIM, deux opérateurs se développent de manière complémentaire. C’est une très bonne chose. Mais pour agir et produire du logement vite et bien ils ont besoin que toute la chaîne se mette en mouvement : aménagement, assainissement, voirie pour le désenclavement, traitement de l’habitat insalubre. Les besoins sont immenses.

Quels sont ces nouveaux opérateurs ? Comment pensez-vous que l’USH peut les appuyer?

Il y a une ESH, AL’MA(1), portée par une représentation locale d’Action Logement extrêmement dynamique et impliquée, et une Coop Hlm, Hippocampe Habitat(2), qui est en train de se structurer et qui s’inscrit dans le projet territorial de la Communauté d'agglomération de Dembeni-Mamoudzou et de la Communauté de communes du sud de Mayotte.

Nous allons directement, et via les Fédérations, rester en lien étroit avec les équipes des organismes et surtout les aider à faire partager les spécificités locales auprès des partenaires nationaux. Il y a des enjeux de financement, pour tenir compte des ressources locales. Mais aussi des enjeux normatifs, pour garantir des constructions de qualité adaptées aux conditions locales climatiques, qui tiennent compte des matériaux locaux disponibles et surtout des modes de vie. Il faut trouver un chemin sans dogmatisme entre l’unité nationale et la prise en compte des spécificités qui ont du sens car elles sont ancrées dans les cultures locales. De ce point de vue, nous pouvons, à Mayotte, prendre exemple sur ce qui a réussi ou échoué dans d’autres territoires ultra-marins.

J’ai d’ailleurs demandé aux équipes de l’USH d’aller à Mayotte pour rencontrer les professionnels, comprendre les enjeux pour être à même d’être leurs relais au plus haut niveau de l’administration et auprès des financeurs. Il faut coconstruire, voir et écouter pour comprendre et être utiles à nos adhérents.

Propos recueillis par Valérie Liquet.

(1) Voir p. 23.
(2) Voir AH 1151.