L'Union sociale pour l'habitat
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Interview d'Isabelle Rueff, présidente de l'Institut Hlm de la RSE AH

Le conseil d’administration de l’Institut Hlm de la RSE a adopté en janvier la raison d’être du logement social. Il se réunira en juin, après la séquence électorale, pour définir un plan d’attaque afin de la faire vivre avec le nouvel exécutif et le nouveau Parlement, et la décliner dans les organismes Hlm et les Associations régionales. Rencontre avec sa présidente, Isabelle Rueff.

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Nous avions rencontré Isabelle Rueff à l’automne 2020, la directrice générale d’Alpes Isère Habitat venait d’être élue présidente de l’Institut Hlm de la RSE (voir AH 1133). “C’est le bon moment pour réfléchir de façon collective, avec toutes les parties prenantes, à la manière de faire valoir notre utilité”, nous avait-elle alors confié. Un an et demi après, l’Institut publie la raison d’être du logement social et sa présidente nous accorde un second entretien où elle exprime sa “fierté du travail accompli” en promettant que les choses n’en resteront pas là : “Maintenant nous allons le faire vivre”.

L’Institut de la RSE est parvenu à rédiger une raison d’être en 5 phrases (voir notre encadré) : quel a été le processus ?

L’IRSE a été accompagné par le cabinet Plein sens, un cabinet extérieur au monde du logement social, qui nous a ainsi donné des éléments de raison d’être d’autres entreprises, dans d’autres secteurs. Ce positionnement nous a été très utile car il nous a amenés à nous interroger, non seulement sur notre raison d’être, mais aussi pourquoi nous nous lancions dans la démarche. La réponse était évidente : nous voulions promouvoir le logement Hlm. Nous ne voulions pas d’un texte “tarte à la crème” rédigé à des fins promotionnelles. Nous n’étions pas une entreprise publicitaire, nous n’avions rien à vendre, juste à définir, et à dire pourquoi nous existons. Dire au monde ce qu’il serait si nous n’existions pas.

Nous avons commencé à travailler en septembre 2021, avec un groupe restreint issu du conseil d’administration de l’IRSE, en nous appuyant sur une expression prononcée par Emmanuelle Cosse lors du Congrès Hlm de Bordeaux : “Loger la France telle qu’elle est dans sa diversité”. Le cabinet a mené des interviews auprès des parties prenantes : locataires, villes, familles de l’USH, Associations régionales, organisations institutionnelles, partenaires sociaux... Leur vision sur notre utilité nous a aidés à abandonner nos réflexes défensifs.

 

“Nous ne voulions pas d’un texte “tarte à la crème” rédigé à des fins promotionnelles.”

 

Après plusieurs allers-retours et points d’étape au sein du CA, et une présentation devant un jury citoyen qui nous a permis de sortir du langage savant des professionnels, nous avons abouti à une dizaine de formulations de raisons d’être. Nous en avons sélectionné deux qui ont été soumis à la présidente de l’USH qui en a retenu une.

Il s’agit de la raison d’être de qui : de l’USH ? Du logement social ? Du Mouvement Hlm ?  

Nous avons eu très tôt ce débat et nous avons été très clairs : c’est la raison d’être du logement social.

Comment s’articule-t-elle avec les raisons d’être rédigées par les familles Hlm qui composent l’USH ?

Elles ne se contredisent pas. La Fédération des ESH, qui a été la première à engager la démarche, a mis l’accent sur la spécificité de sa famille, elle commence par le mot “Entreprendre”(1). Ce n’est pas ce qu’un OPH souhaite mettre en avant (même si un OPH est aussi une entreprise). Parallèlement à la présidence de l’Institut de la RSE, j’ai animé le groupe de travail RSE pour les OPH, qui a choisi de travailler plutôt sur des valeurs : l’humanité, la fidélité aux territoires, la non-lucrativité, l’innovation(2).

Toutes les familles Hlm sont représentées au sein de l’IRSE ; nous nous sommes assurés que tout le monde allait dans le même sens. Nous n’avons pas eu besoin de créer du consensus, nous n’avons pas cherché le plus petit dénominateur commun autour de nos raisons d’être et de nos raisons d’agir. Nous avons eu plus de débat sur la forme : faut-il aller vers une formulation politique ? Poétique ? Synthétique ? C’est finalement la formulation poétique - lyrique ! - qui a été retenue.

Cette raison d’être a-t-elle vocation à être reprise “clé en main” par les organismes Hlm et les Associations régionales ?

Pourquoi pas. Mais l’intérêt d’une raison d’être réside aussi dans son processus d’élaboration. Car reproduire, cela fait un étendard mais cela ne fait pas un ciment.

 

“L’intérêt d’une raison d’être réside aussi dans son processus d’élaboration.”

 

J’envisage d’engager Alpes Isère Habitat dans la démarche, en s’inspirant de la raison d’être de l’IRSE, en y piochant des éléments. Par exemple, la première phrase “Loger la France dans toute sa diversité” a un sens au niveau national ; pour notre OPH, nous pourrions nous interroger sur notre contribution à une politique nationale, comment nous l’appliquons et comment nous l’alimentons, au regard de notre travail sur les PLH avec les collectivités, nos idées sur l’adaptation locale des règles nationales… Nous avons créé une SAC avec deux organismes, un troisième va nous rejoindre : ce peut être le moment de nous interroger sur la raison d’être d’une société de coordination… et son articulation avec celles des organismes qui la composent.

La raison d’être du logement social peut-elle servir de rempart contre une tentative de remise une cause du “modèle Hlm” ?

Nous avons calé notre travail sur le calendrier de l’élection présidentielle car nous savions que nous aurions, à un moment, à défendre notre modèle. Mais nous avons surtout travaillé dans une position constructive [elle cite :] “Bien commun, le Mouvement Hlm construit l’avenir pour les générations futures” ; en s’inscrivant dans une dimension de long terme : nous sommes un Mouvement moteur “de la transition environnementale, qui façonne les villes et les territoires”.

Dire “Loger la France dans toute sa diversité”, c’est une façon de définir la vision généraliste du logement social, alors qu’on voit bien se développer une vision très résiduelle. Et cette vision généraliste ne nous dispense pas d’apporter une “attention particulière pour les plus fragiles”.

La raison d’être d’un organisme peut-elle être une carte à jouer dans les politiques de recrutement de nouveaux talents ?

Beaucoup d’entreprises travaillent aujourd’hui sur les “marques employeurs” pour attirer des compétences et des expertises. La raison d’être peut en faire partie. D’autant que, selon une étude commandée par l’IRSE sur les motivations des jeunes dans l’emploi(3), il apparaît que les nouvelles générations sont très attachées à trouver du sens dans leur choix de vie et de carrière.

Propos recueillis par Valérie Liquet

(1) “Entreprendre ensemble par l’habitat abordable, pour une société plus durable, solidaire et humaine”, voir AH 1148.
(2) Voir AH 1146.
(3) Auprès de l’Edhec NewGen Talent Center.

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