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Interview de Francis Stephan, Fédération des ESH : "En vérité, la RSE c'est le quotidien des gens" AH

La Fédération des ESH a lancé, en 2019, une réflexion sur la “raison d’être” des ESH, pour réaffirmer la pertinence du modèle et questionner les priorités. Elle sera présentée à l’AG du 24 juin. La commission RSE y travaille depuis deux ans. Rencontre avec son président à l’occasion de la publication du guide méthodologique sur un outil de la RSE : la déclaration de performance extra-financière (DPEF).

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'“Notre ambition est de pousser les logiques de progrès”.

© P. Robin/Domofrance

 

Francis Stephan a plusieurs casquettes dans le secteur Hlm. Directeur général de Domofrance (groupe Action Logement), il est élu au Conseil fédéral de la Fédération des ESH et membre de son bureau. Il y préside notamment la commission fédérale RSE (Responsabilité sociale des entreprises) et est administrateur de l’Institut de la RSE de l’USH. Il siège au comité exécutif de l’USH.

A.H. Le guide Rendre compte de sa performance extra-financière, publié en mars par la Fédération des ESH est très technique. Comment parler de la DPEF, et de la RSE en général, avec simplicité ?

Francis Stephan - Ce guide est un document pédagogique avec des éléments de méthode et des illustrations pour maîtriser les enjeux liés au reporting extra-financier d’une ESH. Il est utilisé en support d’ateliers que la Fédération organise avec son partenaire Del&Coop.

La DPEF est a priori un terme rébarbatif et réservé à des initiés. Tout l’enjeu est d’en faire un outil grand public de la RSE, car en vérité la RSE c’est le quotidien des gens. Par exemple, cette année, Domofrance dépasse pour la première fois le seuil des 200 000 heures d’insertion. C’est un chiffre purement comptable, mais quand on dit qu’il représente plus de 158 emplois équivalent temps plein, cela parle au territoire, au décideur, au monde associatif.

La DPEF a cette vertu de traduire l’ensemble des activités d’un organisme exercées durant une année, et l’impact de ses actions quotidiennes sur son environnement sociétal, pour en apprécier sa performance.

Quels sont les champs couverts par la DPEF ?

Le premier est le champ environnemental : la gestion de l’énergie, la gestion de l’eau, la baisse des charges pour nos clients, l’impact de notre activité en termes de gaz à effet de serre et de bilan carbone... Sur ces sujets, l’État nous guide : on avait la RT 2012, on va avoir la RE 2020… De nombreux bailleurs font le choix d’aller encore plus loin. Domofrance est notamment labellisé ISO 50 001 et B Corp(1).

Le champ social rejoint la question RH : l’égalité homme-femme, le handicap dans l’emploi, l’alternance, la qualité de vie au travail…

Autre champ, celui de la gouvernance avec les enjeux de déontologie, de conflit d’intérêt et de transparence. Sur la question des achats et de la relation aux fournisseurs, il faut professionnaliser les habitudes et les pratiques.

Sur tous ces sujets, notre ambition est de pousser les logiques de progrès, acculturer les entreprises et les dirigeants pour qu’ils s’en saisissent et n’attendent pas la réglementation.

La DPEF, et plus largement la démarche RSE, sont-elles pertinentes pour toutes les ESH, quelle que soit leur taille ?

J’en suis convaincu. D’un point de vue réglementaire, la DPEF s’adresse à de gros organismes(2) mais ceux de taille plus modeste n’ont pas à traiter de tous les champs. Par exemple, quand l’obligation réglementaire est de loger 5% de personnes relevant du Dalo, un organisme peut se fixer 10%.

Notre Fédération a été en pointe sur ces sujets, via le Fonds d’innovation sociale.

La RSE est-elle utile pour envisager le “monde d’après” ?

Le monde Hlm est en proie au doute car notre écosystème évolue très vite. Pour autant, nous avons quelques fondamentaux et un fil rouge : notre utilité sociale. C’est notre capacité, dans une société de marché, à réguler ses défauts lorsqu’il n’apporte pas de réponse au logement des publics modestes. Ce fondamental du métier Hlm depuis la guerre, je pense, restera. La démarche RSE permet en outre d’intégrer les mouvements sociologiques de notre société et d’être en phase avec ses attentes.

Où est le pilote RSE dans une ESH ?

La RSE ne peut pas se gérer en silos. Le pilote doit avoir une fonction transversale, savoir se repérer dans les arcanes de l’entreprise et lui-même être bien repéré. À Domofrance, c’est le responsable qualité et marketing. Parfois, il se situe au niveau du secrétariat général, de la communication…

Quand on présente à des patrons notre bilan RSE avec nos engagements en matière de soutien à l’économie locale et de création de valeur… ils voient une entreprise moderne et non plus une entreprise poussiéreuse qui gère des barres peuplées de “cassos”.

Les jeunes diplômés ne disent jamais “mon rêve est de bosser chez un bailleur social”. Mais quand ils préparent leurs entretiens d’embauche en lisant les engagements RSE d’un organisme, ça leur parle.

Propos recueillis par Valérie Liquet

(1) Voir notre article p.19.
(2) L’effet seuil, qui est en cours d’évolution, est aujourd’hui de 500 salariés et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.